Monday, January 14, 2013

2012 en chiffres

Voici quelques chiffres personnels concernant l'année 2012. Il ne s'agit pas d'un aperçu complet de ce que j'ai fait ou vécu en 2012, mais plus d'une excuse pour aborder un certains nombre de sujets de manière succincte, sans trop les développer.

En 2012, j'ai acheté 10 albums (dont 2 au format FLAC)
Si je ne devais en conserver qu'un, ce serait peut-être The Cherry Thing, de Neneh Cherry and The Thing, excellent album, mêlant pop/rock (un peu) et (free) jazz (beaucoup). Cela fait 5 ans que j'achète relativement peu de musique : 4 albums en 2011, 5 en 2010, 7 en 2009, 5 en 2008, contre 19 en 2007 ; il y a une dizaine d'années, j'achetais jusqu'à 50-100 disques par année (!). En 2013, j'ai bien l'intention, autant que possible, de ne plus acheter que de la musique en ligne, en lossless - i.e. de ne plus acheter de CDs. Et pas forcément d'acheter plus de musique, mais de ré-écouter celle que j'ai déjà. Bref, replacer la musique "pure", l'émotion, au centre de l'expérience musicale, plutôt que l'objet physique et commercial.
2012 a été pour moi la 10ème année passée dans le même appartement (dans la région lausannoise)
Un appartement bien situé, certes, proche de mon travail et des transports publics, pas trop cher, mais être locataire, sur l'Arc lémanique, c'est être en position de faiblesse par rapport aux gérances et aux propriétaires - à ce propos, faites-vous partie de l'ASLOCA ? En 2013, nous allons sérieusement commencer à réfléchir à l'achat d'un terrain et/ou d'une maison. Reste à savoir où exactement. Nous avons quelques pistes. Nous verrons bien où elles nous mènent.
En 2012, j'ai écrit 11 articles sur mon blog
C'est nettement mieux qu'en 2011 (2 articles), 2010 (4 articles), 2009 (2 articles) et aussi bien qu'en 2008 (11 articles également). En 2013, je n'ai toujours pas de ligne directrice pour mon blog, de "thème" - développement Scala, musique, philosophie ou autre. J'ai toujours pensé que ce serait un frein à l'écriture - j'ai en tête quelques exemples de personnes qui ne se permettent d'écrire que sur un seul sujet et dont le blog est malheureusement à l'abandon depuis bientôt plus de deux ans, alors qu'elles ont certainement beaucoup de choses intéressantes à exprimer. A vrai dire, jusqu'à présent, mon but a toujours été en premier lieu de mettre de l'ordre dans mes idées (résumer un livre, etc.) ou de m'exprimer sur un sujet qui me tient à coeur. L'utilité est toujours passée au second plan. Je devrais peut-être réfléchir à faire un effort sur ce point.
En 2012, j'ai passé 5 semaines au chômage
Contre ma volonté, pour changer. Voir plus loin.
En 2012, j'ai vu 21 concerts (dont 12 au Montreux Jazz Festival)
Contre 8 en 2011, 15 en 2010, 19 en 2009, 11 en 2008 et 10 en 2007. Je dois avouer que ma présence au Montreux Jazz Festival était essentiellement due à des raisons professionnelles. Mention spéciale pour Yaron Herman (que j'ai vu en solo au Château de Chillon et en quartet à l'EPFL), Janelle Monáe (vue pour la première fois ; Prince s'était lui-même rendu à Montreux en 2010 pour voir son concert - quelle énergie !), Neneh Cherry and The Thing (encore !) et Marcus Miller (que j'ai déjà vu de nombreuses fois, mais qui a su se renouveler, avec de jeunes musiciens dynamiques).
En 2012, j'ai vu 3 expositions (en trichant un peu)
J'aime bien les musées, en général. J'aime bien la peinture, en particulier. Même si je n'y connais pas grand-chose. Il faudra que j'y remédie.
En 2012, j'ai demandé et obtenu 1 faillite
Une expérience que je ne souhaite à personne, mais très instructive. Voir également plus loin.
En 2012, j'ai vu 21 films (dont 12 au cinéma)
Contre 32 en 2011, 32 en 2010, 49 en 2009, 60 en 2008 (dont 16 courts-métrages) et 48 en 2007 (dont 19 courts-métrages). Moins de films que les années précédentes, donc, et encore moins de films vus au cinéma. Malgré notre nouveau téléviseur, je garde toujours une sympathie pour les salles de cinéma et les cinémathèques. J'espère que 2013 sera l'occasion de  voir un peu plus de films et, en particulier, un peu plus de classiques. Quant à 2012, je retiendrai surtout Metropolis (pour les anciens films) et Moonrise Kingdom (pour ce qui est des nouveaux films).
En 2012, j'ai été "attaqué" pour 1 million de francs suisses (environ 830'000 euros)
A partager entre 5 à 10 ex-collègues - je ne me souviens plus des détails. Je ne cite ce nombre que pour l'anecdote, car, bien évidemment, personne n'aura à payer quoi que ce soit. Cela dit, j'avais déjà appris à ne pas trop me laisser impressionner par les avocats dans le passé. Heureusement, cet épisode, comme le chômage et la faillite, ont été vécus avec des ex-collègues très solidaires. Toute cette aventure demeurera essentiellement un bon souvenir. Très instructif, comme je l'ai déjà dit.
En 2012, j'ai lu 6 livres
Contre 6 en 2011, 6 en 2010, 10 en 2009, 6 en 2008 et 3 en 2007. Oui, je ne lis malheureusement pas beaucoup. J'aimerais lire beaucoup plus - 20 livres ou plus par année serait un minimum. Pour ma défense, je lis beaucoup d'articles en lignes et les livres que je lis ne sont pas forcément très faciles - philosophie, essais, livres techniques, etc. En 2012, j'ai lu de très bons livres. Difficile de les départager. Je citerai donc Bad Science de Ben Goldacre, You Are Not So Smart de David McRaneyThe Moral Landscape de Sam Harris et L'Etranger d'Albert Camus. En 2013, je vais lire en tout cas le dernier livre de Ray Kurzweil, que j'ai commencé il y a quelques semaines. Il faudra également que je pense à lire des livres plus "légers".
En 2012, j'ai reçu (resp. envoyé) 16215 (resp. 3879) emails
Contre 18102 (resp. 4359) en 2011. Cela représente environ 55 emails envoyés ou reçus par jour. On peut régulièrement lire des articles sensationnalistes sur la mort du mail, mais c'est un outil que j'utilise encore énormément, de toute évidence. Avec le temps, c'est aussi un outil que j'utilise différemment. Je reçois désormais beaucoup moins de mails personnels, avec l'apparition de Facebook, Twitter, des messageries instantanées sur smartphone, etc. et donc proportionnellement plus de mails automatiques - rappels, notifications, etc. C'est un outil également assez central dans ma mise en oeuvre de Getting Things Done - possibilité dans Gmail d'associer des URL uniques à un email, etc.
En 2012, j'ai écouté 4209 morceaux de musique (selon Last.fm)
Pas de grosse révolution. Les musiciens que j'écoute le plus sont toujours les mêmes. J'ai tout de même découvert quelques "vieux" musiciens très intéressants : Rodrigo y Gabriela (vus à Montreux) et, surtout, Living Color (après avoir vu Vernon Reid à Montreux, également). Je ne m'intéresse pas beaucoup à l'actualité musicale. Je n'ai donc pas peur de découvrir des musiciens avec un certain retard. Voire beaucoup de retard. J'ai découvert Led Zeppelin en 2004, après tout !
En 2012, j'ai vendu, donné ou recyclé 12 objets
Contre 26 en 2011. Il s'agit essentiellement d'appareils électroniques (disques durs, iPhone, iPod, etc.), que j'ai revendus sur Ricardo. Mon but pour 2012 était de me débarrasser d'un objet par mois. J'y suis parvenu de justesse, ce qui me fait dire qu'il est important de se fixer des buts tangibles. C'est une forme de motivation très concrète. J'espère continuer sur cette lancée en 2013 - i.e. 12 objets ou plus.
En 2012, j'ai vu 6 pièces de théâtre
Contre 12 en 2011, 4 en 2010, 7 en 2009, 12 en 2008 et 11 en 2007. Une petite perte de vitesse, donc. J'aimerais bien voir à nouveau quelques pièces un peu plus expérimentales dans les petites salles lausannoises (2.21 et autres). Ce sont les pièces qui, en général, sont les plus propices aux anecdotes... En 2012, mention spéciale pour un classique, "La fausse suivante (ou le fourbe puni)" de Pierre de Marivaux, jouée à la salle de répétition du Théâtre de Vidy.
En 2012, j'ai fait 5683 photos
Contre 4280 en 2011, 3256 en 2010, 3218 en 2009, 10956 en 2008 et 10066 en 2007. Cela fait maintenant deux ou trois ans que je n'ai plus d'appareil photo personnel et que j'utilise surtout celui de mon épouse. Depuis que j'ai un iPhone 5, je l'utilise aussi de plus en plus pour prendre des photos. En situation optimale (bonne lumière), les résultats sont tout à fait corrects. Et, comme on dit, le meilleur appareil photo est souvent celui que l'on a sous la main, ce qui donne aux smartphones un avantage certain par rapport aux reflex.
En 2012, j'ai eu 4 rhumes
Contre 6 en 2011, 3 en 2010, 4 en 2009, 1 en 2008 et 6 en 2007. Je souffre de rhumes à répétition depuis que je suis enfant. Probablement à cause d'une cloison nasale fortement déviée. Après une septoplastie en 1996, j'ai tout essayé : lavages quotidiens à l'eau salée, lavage régulier des mains, supplémentation en vitamines et sels minéraux, phytothérapie, etc. Sans succès. Je suis de près les promesses d'avancées dans la recherche pour un vaccin contre le rhume, sans me faire trop d'illusions.
En 2012, j'ai découvert et regardé régulièrement 2 "vieilles" séries
Bref (que j'ai découvert avec un peu de retard) et Arrested Development (une série nettement plus ancienne, datant de 2003). En plus de ces deux séries, je continue à regarder CommunityHow I Met Your MotherThe Big Bang Theory et The Office (version américaine). J'ai toujours eu un faible pour les séries comiques...
En 2012, j'ai acheté 1 smartphone
A savoir, l'iPhone 5. J'en suis très satisfait. Mon dernier smartphone datait de 2009 et j'avais eu auparavant 2 téléphones mobiles, un Nokia (en 2002), puis un Sony Ericsson. Je suis également passé à un abonnement "illimité". Idéal pour streamer ma musique, des émissions de radio ou des podcasts sans avoir à me soucier des conséquences financières.
En 2012, j'ai acheté 1 téléviseur
Un LG 47LW659S de 47 pouces. Mon téléviseur précédent, acheté en 2003, pesait 60 kg et a été revendu fin 2011 pour 1 franc suisse symbolique - à la seule condition que l'acheteur vienne le chercher chez nous. C'est donc notre premier téléviseur HD. On ne pourra pas dire que nous avons été particulièrement pressés dans ce domaine, puisque les premiers téléviseurs HD grand public sont arrivés en Europe autour de 2005. J'ai eu l'occasion en 2012 de tester un téléviseur 4K, diffusant des vidéos filmées en 4K. A faible distance, la qualité de l'image est saisissante, mais je ne suis pas certain, à nouveau, que je me presserai pour passer à cette technologie. J'apprécierais, en attendant, que plus de contenu soit déjà disponible en HD.
En 2012, j'ai eu 2 travails
Comme en 2011, mais la démarche avait alors été un peu plus volontaire (voir plus haut). Aucun regret, toutefois. En 2012, comme en 2011, j'ai gagné au change.
En 2012, j'ai publié 831 tweets
Contre 726 en 2011, 525 en 2010 et 728 en 2009. Je ne sais toujours pas à quoi sert Twitter. Une sorte de journal de bord public ? Un moyen de partager des articles intéressants ? De garder le contact avec des personnes que l'on connaît ? De discuter avec des inconnus ? En tout cas, ce que j'apprécie, par rapport à Facebook, c'est le côté public et concis de Twitter.
En 2012, j'ai réussi à faire passer ma vitamine D3 (25-OH) de 88 nmol/L à 132 nmol/L
Après une carence découverte en 2010 (45.7 nmol/L), c'est une très bonne nouvelle. Je serais curieux de connaître la proportion de la population qui souffre d'une carence en vitamine D3. Quelques chiffres rapidement trouvés sur Google indiquent un ordre de grandeur de plusieurs dizaines de pourcents. Et la vitamine D3 semble étrangement ne pas faire partie des analyses faites par défaut lors d'une analyse de sang.
En 2012, cela a fait 10 ans que j'ai acheté ma voiture
Une Volkswagen Golf Mk4, qui s'approche bientôt des 220'000 km. Cela n'étonnera pas les gens qui me connaissent : je n'aime pas les voitures, l'entretien et les coûts qu'elles impliquent et j'attends impatiemment l'arrivée des voitures complètement automatiques (i.e. sans conducteur).
En 2012, j'ai fait 3 voyages à l’étranger
Dont un voyage "pré-nuptial" en Polynésie Française. Contre 6 voyages en 2011 et 5 voyages en 2010. En 2013, nous allons retourner en Californie (famille) et aller pour la première fois à Fuerteventura (détente). Nous aimerions bien retourner à Berlin, une ville que nous affectionnons tout particulièrement. Pour la troisième ou quatrième année consécutive, notre excuse pour voyager sera à nouveau qu'il faut en profiter avant d'avoir des enfants. :)
Quelques "résolutions" en vrac pour 2013 :
  • Me remettre à la méditation (c'est déjà commencé). J'ai ressorti à l'occasion le livre La méditation pour les nuls, que j'avais acheté en 2005 ! On ne rit pas. Je suis parfaitement sérieux.
  • Lire plus de livres. Ça ne devrait pas être difficile.
  • Faire plus de sport. En particulier au "grand air".
  • Regarder plus de films "classiques" (voir IMDb Top 250) et retourner à la cinémathèque.
  • Boire plus de thé. J'aime le thé, mais j'ai souvent tendance à privilégier le café.
  • Pas forcément boire moins de café, mais boire du café de meilleure qualité. J'éprouve une certaine lassitude par rapport aux cafés Nespresso, par exemple.
  • Continuer à diminuer le nombre de mes possessions physiques, via la vente et le recyclage d'anciens objets, mais aussi via l'archivage sur mon système de stockage de vieux supports informatiques - CD-Rs, DVD-Rs, etc., ainsi qu'en cessant définitivement d'acheter des CDs, des DVDs, des livres en papier, etc.
  • Améliorer le rapport signal/bruit des informations que je lis. Il est difficile d'avoir une vue globale, succincte et personnalisée de ce qui se passe dans le monde. J'essaie d'affiner en permanence les flux auxquels je suis abonné, les personnes que je suis sur Twitter, etc. L'exercice n'est pas aisé.
  • Et, surtout, continuer à apprendre.

Thursday, November 29, 2012

Miles Davis' "Tutu" 2002 remix (DVD-Audio)

Warner Bros. Records released a DVD-Audio of Miles Davis' Tutu in 2002. It includes three versions of the album:
  1. Advanced Resolution Surround (96 kHz/24-bit)
  2. Advanced Resolution Stereo (96 kHz/24-bit)
  3. DVD-Video Compatible Dolby Digital (48 kHz, AC-3)
The new surround / 5.1 remix was done by Bill Schnee. As far as I remember, the stereo mix was downmixed from the same remix, so all three versions on the DVD-Audio contain the same mistakes / imperfections / improvements.

What follows is a comparison of the original 1986 mix and the 2002 remix that I posted on the Miles Davis Mailing List on November 2, 2002. What I did was "simply" downmix both the CD and DVD-Audio versions to mono tracks, synchronize / align them, and assemble them into stereo audio files, with the 1986 mix in the left channel and the 2002 remix in the right channel (or vice versa, I don't remember). Then I simply listened to the album with a pair of headphones and the differences between the two mixes stood out naturally.

Legend
  • (+) = missing on the CD (i.e. 1986 mix)
  • (-) = missing on the DVD-Audio (i.e. 2002 remix)
  • (D) = other difference

1. Tutu (5:16)
  • (+) Three notes (trumpet) are missing at 2:01 on the CD

2. Tomaas (5:36)
  • (D) The synth intro (0:00-0:05) is much louder on the DVD-Audio (no fade in)
  • (-) A lot of trumpet overdubs are missing on the DVD-Audio (0:10-0:41, 3:03-3:30), but the main line is the same
  • (+) One note (trumpet) is missing at 2:32 on the CD
  • (+) Another instrument (synth?) is present between 3:32 and 3:50 on the DVD-Audio or is very hard to hear on the CD
  • (+) Several notes (trumpet) are missing between 3:49 and 3:59 on the CD

3. Portia (6:19)
  • (D) The synth intro is louder on the DVD-Audio (again, no fade in)

4. Splatch (4:45)
  • (D) The bass lines at the end (4:14-) are different; the DVD-Audio version sounds slightly longer (less fade out)

5. Backyard Ritual (4:50)
  • (+) One note (trumpet) is missing at 1:38 on the CD

6. Perfect Way (4:34)
  • (-) Some reverberation (on the trumpet) is missing between 2:04-2:14 on the DVD-Audio

7. Don't Lose Your Mind (5:49)
  • (-) On the DVD-Audio, the trumpet does not sound like on the CD at all (some effect is missing)
  • (+) Electric violin overdubs on the DVD-Audio (0:29-0:35, 1:04-1:16, 4:57-4:59, and 5:15-end)
  • (D) Totally different synth sound at 2:33
  • (-) Reverberation on drums completely missing at 2:39 on the DVD-Audio

8. Full Nelson (5:07)
  • (-) Synth missing at 1:14 and 2:34 on the DVD-Audio
  • (-) Reverberation on guitar completely missing at 3:31 and 4:14
  • (D) A lot of differences (guitar, voice samples, synth, etc.) between 4:18 and the end of the track, but the trumpet and bass lines are the same; most of the voice samples are missing on the DVD-Audio

Sunday, September 30, 2012

Journée du blasphème

Aujourd'hui, le 30 septembre, c'est la Journée du Blasphème. C'est d'abord l'occasion de rappeler qu'en 2012, la religion, tout comme la politique, ne devrait pas pouvoir échapper à la critique, que, comme l'explique bien Richard Dawkins, aucune croyance, quelle qu'elle soit, ne mérite a priori le respect et que, par conséquent, aucune loi ne devrait protéger explicitement les religions de la critique.

J'en profite également pour faire part d'une découverte récente, à savoir qu'à mon plus grand étonnement, la Suisse dispose d'une loi sur le blasphème, l'article 261 du code pénal suisse :
"Celui qui, publiquement et de façon vile, aura offensé ou bafoué les convictions d’autrui en matière de croyance, en particulier de croyance en Dieu (...) sera puni d’une peine pécuniaire de 180 jours-amende au plus."
Curieusement anachronique. Je serais très intéressé de savoir si cette partie de l'article a récemment été appliquée. J'en serais très surpris.

Et comme je ne me sens aujourd'hui pas trop d'humeur à blasphémer, je conclurai simplement avec un lien sur la chanson "Always Look On The Bright Side Of Life" (extrait du film Monty Python's Life of Brian).

Mise à jour (3 octobre 2012). Une bonne nouvelle : "Diffamation des religions : échec de l’Egypte à l’ONU". Le sujet risque néanmoins de refaire son apparition en 2013.

Nous ne sommes pas si intelligents

Je viens récemment de terminer la lecture de You are not so smart, de David McRaney. C'est un livre que je ne peux que recommander, tout comme je recommandais il y a quelques mois Bad Science, de Ben Goldacre.

L'idée principale de You are not so smart n'est pas nouvelle : nous nous berçons constamment d'illusions ; ou, pour être un plus précis, notre cerveau ne nous renvoie pas une image fidèle de la réalité. En quarante-huit chapitres, McRaney passe en revue autant de biais cognitifs, d'erreurs logiques et d'idées reçues, avec juste ce qu'il faut de légèreté pour ne jamais perdre son lecteur.

Ces raccourcis que se permet de prendre notre cerveau permettent d'expliquer certaines des erreurs de jugement que nous décelons chez les autres personnes, mais il ne faut jamais oublier qu'ils déforment également nos propres raisonnements. Un bon sceptique est un sceptique qui met tout en doute, y compris son propre schéma de pensée. Et c'est en ayant une vue d'ensemble de toutes les manières dont on peut se tromper qu'on peut... moins se tromper ! Car la prise de conscience que nous percevons très souvent la réalité de manière fortement filtrée, altérée, ne doit pas entraîner une forme de frilosité intellectuelle. Au contraire, chaque chapitre de "You are not so smart", bien compris, peut devenir un outil pour mieux comprendre le monde qui nous entoure ou mieux argumenter dans un débat, ce qui est très précieux.

Une partie des chapitres sont disponibles gratuitement sur le blog de McRaney.

Voir également mes notes en anglais (résumé de chaque chapitre, liens sur Wikipedia, etc.).

You are not so smart

I've just finished reading You are not so smart, by David McRaney. Like Bad Science, by Ben Goldacre, it is a must read. Basically, the point of the book is that we're all self-deluded. It lists and explains forty-eight misconceptions (cognitive biases, psychological phenomena, etc.) or, to put it another way, "lies we tell ourselves everyday".

What follows is a summary of the book, including the introduction to each chapter ("misconception" and "truth" parts - note that these are actual excerpts from the book, not something I wrote myself), links to Wikipedia and, if available, to youarenotsosmart.com.

1. Priming
THE MISCONCEPTION: You know when you are being influenced and how it is affecting your behavior.
THE TRUTH: You are unaware of the constant nudging you receive from ideas formed in your unconscious mind.

THE MISCONCEPTION: You know when you are lying to yourself.
THE TRUTH: You are often ignorant of your motivations and create fictional narratives to explain your decisions, emotions, and history without realizing it.

THE MISCONCEPTION: Your opinions are the result of years of rational, objective analysis.
THE TRUTH: Your opinions are the result of years of paying attention to information that confirmed what you believed, while ignoring information that challenged your preconceived notions.

THE MISCONCEPTION: After you learn something new, you remember how you were once ignorant or wrong.
THE TRUTH: You often look back on the things you’ve just learned and assume you knew them or believed them all along.

THE MISCONCEPTION: You take randomness into account when determining cause and effect.
THE TRUTH: You tend to ignore random chance when the results seem meaningful or when you want a random event to have a meaningful cause.

THE MISCONCEPTION: You procrastinate because you are lazy and can’t manage your time well.
THE TRUTH: Procrastination is fueled by weakness in the face of impulse and a failure to think about thinking.

THE MISCONCEPTION: Your fight-or-flight instincts kick in and you panic when disaster strikes.
THE TRUTH: You often become abnormally calm and pretend everything is normal in a crisis.

THE MISCONCEPTION: You know why you like the things you like and feel the way you feel.
THE TRUTH: The origin of certain emotional states is unavailable to you, and when pressed to explain them, you will just make something up.

THE MISCONCEPTION: With the advent of mass media, you understand how the world works based on statistics and facts culled from many examples.
THE TRUTH: You are far more likely to believe something is commonplace if you can find just one example of it, and you are far less likely to believe in something you’ve never seen or heard of before.

THE MISCONCEPTION: When someone is hurt, people rush to their aid.
THE TRUTH: The more people who witness a person in distress, the less likely it is that any one person will help.

THE MISCONCEPTION: You can predict how well you would perform in any situation.
THE TRUTH: You are generally pretty bad at estimating your competence and the difficulty of complex tasks.

12. Apophenia
THE MISCONCEPTION: Some coincidences are so miraculous, they must have meaning.
THE TRUTH: Coincidences are a routine part of life, even the seemingly miraculous ones. Any meaning applied to them comes from your mind.

THE MISCONCEPTION: You prefer the things you own over the things you don’t because you made rational choices when you bought them.
THE TRUTH: You prefer the things you own because you rationalize your past choices to protect your sense of self.

THE MISCONCEPTION: You are more concerned with the validity of information than the person delivering it.
THE TRUTH: The status and credentials of an individual greatly influence your perception of that individual’s message.

THE MISCONCEPTION: When you can’t explain something, you focus on what you can prove.
THE TRUTH: When you are unsure of something, you are more likely to accept strange explanations.

THE MISCONCEPTION: When you argue, you try to stick to the facts.
THE TRUTH: In any argument, anger will tempt you to reframe your opponent’s position.

THE MISCONCEPTION: If you can’t trust someone, you should ignore that person’s claims.
THE TRUTH: What someone says and why they say it should be judged separately.

THE MISCONCEPTION: People who are losing at the game of life must have done something to deserve it.
THE TRUTH: The beneficiaries of good fortune often do nothing to earn it, and bad people often get away with their actions without consequences.

THE MISCONCEPTION: We could create a system with no regulations where everyone would contribute to the good of society, everyone would benefit, and everyone would be happy.
THE TRUTH: Without some form of regulation, slackers and cheaters will crash economic systems because people don’t want to feel like suckers.

THE MISCONCEPTION: You choose to accept or refuse an offer based on logic.
THE TRUTH: When it comes to making a deal, you base your decision on your status.

THE MISCONCEPTION: You are skeptical of generalities.
THE TRUTH: You are prone to believing vague statements and predictions are true, especially if they are positive and address you personally.

THE MISCONCEPTION: You are too smart to join a cult.
THE TRUTH: Cults are populated by people just like you.

THE MISCONCEPTION: Problems are easier to solve when a group of people get together to discuss solutions.
THE TRUTH: The desire to reach consensus and avoid confrontation hinders progress.

THE MISCONCEPTION: Men who have sex with RealDolls are insane, and women who marry eighty-year-old billionaires are gold diggers.
THE TRUTH: The RealDoll and rich old sugar daddies are both supernormal releasers.

THE MISCONCEPTION: You calculate what is risky or rewarding and always choose to maximize gains while minimizing losses.
THE TRUTH: You depend on emotions to tell you if something is good or bad, greatly overestimate rewards, and tend to stick to your first impressions.

THE MISCONCEPTION: There is a Rolodex in your mind with the names and faces of everyone you’ve ever known.
THE TRUTH: You can maintain relationships and keep up with only around 150 people at once.

THE MISCONCEPTION: Both consumerism and capitalism are sustained by corporations and advertising.
THE TRUTH: Both consumerism and capitalism are driven by competition among consumers for status.

THE MISCONCEPTION: You evaluate yourself based on past successes and defeats.
THE TRUTH: You excuse your failures and see yourself as more successful, more intelligent, and more skilled than you are.

29. The Spotlight Effect (psychologytoday.com)
THE MISCONCEPTION: When you are around others, you feel as if everyone is noticing every aspect of your appearance and behavior.
THE TRUTH: People devote little attention to you unless prompted to.

THE MISCONCEPTION: You believe your opinions and decisions are based on experience and facts, while those who disagree with you are falling for the lies and propaganda of sources you don’t trust.
THE TRUTH: Everyone believes the people they disagree with are gullible, and everyone thinks they are far less susceptible to persuasion than they truly are.

THE MISCONCEPTION: Venting your anger is an effective way to reduce stress and prevent lashing out at friends and family.
THE TRUTH: Venting increases aggressive behavior over time.

THE MISCONCEPTION: Memories are played back like recordings.
THE TRUTH: Memories are constructed anew each time from whatever information is currently available, which makes them highly permeable to influences from the present.

THE MISCONCEPTION: You are a strong individual who doesn’t conform unless forced to.
THE TRUTH: It takes little more than an authority figure or social pressure to get you to obey, because conformity is a survival instinct.

THE MISCONCEPTION: If you stop engaging in a bad habit, the habit will gradually diminish until it disappears from your life.
THE TRUTH: Any time you quit something cold turkey, your brain will make a last-ditch effort to return you to your habit.

THE MISCONCEPTION: When you are joined by others in a task, you work harder and become more accomplished.
THE TRUTH: Once part of a group, you tend to put in less effort because you know your work will be pooled together with others’.

THE MISCONCEPTION: When your emotions run high, people can look at you and tell what you are thinking and feeling.
THE TRUTH: Your subjective experience is not observable, and you overestimate how much you telegraph your inner thoughts and emotions.

THE MISCONCEPTION: If you are in a bad situation, you will do whatever you can do to escape it.
THE TRUTH: If you feel like you aren’t in control of your destiny, you will give up and accept whatever situation you are in.

THE MISCONCEPTION: Your opinions of people and events are based on objective evaluation.
THE TRUTH: You translate your physical world into words, and then believe those words.

THE MISCONCEPTION: You rationally analyze all factors before making a choice or determining value.
THE TRUTH: Your first perception lingers in your mind, affecting later perceptions and decisions.

THE MISCONCEPTION: You see everything going on before your eyes, taking in all the information like a camera.
THE TRUTH: You are aware only of a small amount of the total information your eyes take in, and even less is processed by your conscious mind and remembered.

THE MISCONCEPTION: In all you do, you strive for success.
THE TRUTH: You often create conditions for failure ahead of time to protect your ego.

THE MISCONCEPTION: Predictions about your future are subject to forces beyond your control.
THE TRUTH: Just believing a future event will happen can cause it to happen if the event depends on human behavior.

THE MISCONCEPTION: You are one person, and your happiness is based on being content with your life.
THE TRUTH: You are multiple selves, and happiness is based on satisfying all of them.

44. Consistency Bias (spring.org.uk)
THE MISCONCEPTION: You know how your opinions have changed over time.
THE TRUTH: Unless you consciously keep tabs on your progress, you assume the way you feel now is the way you have always felt.

THE MISCONCEPTION: Knowing a person’s history makes it easier to determine what sort of person they are.
THE TRUTH: You jump to conclusions based on how representative a person seems to be of a preconceived character type. Your

THE MISCONCEPTION: Wine is a complicated elixir, full of subtle flavors only an expert can truly distinguish, and experienced tasters are impervious to deception.
THE TRUTH: Wine experts and consumers can be fooled by altering their expectations.

THE MISCONCEPTION: You know how much control you have over your surroundings.
THE TRUTH: You often believe you have control over outcomes that are either random or are too complex to predict.

THE MISCONCEPTION: Other people’s behavior is the reflection of their personality.
THE TRUTH: Other people’s behavior is more the result of the situation than their disposition.

Militer pour plus de raison

Il est difficile, face à certains évènements, tels que les manifestations violentes et les meurtres déclenchés par la diffusion de Innocence of Muslims, de ne pas se sentir complètement impuissant. Je suis conscient qu'il s'agit de la réaction d'une minorité extrémiste, manipulée, mais c'est l'occasion pour les religieux dits modérés, y compris dans les pays occidentaux, de remettre la question de la législation antiblasphème sur le tapis, en particulier, et de promouvoir une certaine limitation de la liberté d'expression, plus généralement. Extrémisme ou modération, une chose est certaine : ce n'est pas le monde dans lequel j'ai envie de voir mes enfants grandir.

Je suis convaincu que l'humanité progressera, ira vers plus de paix, plus de bonheur pour le plus grand nombre, en s'efforçant de faire appel à la raison, à la science, à l'art et à la philosophie, pas en tolérant les superstitions sous toutes leurs formes (religions y compris) et l'affaiblissement des libertés acquises péniblement au fil des siècles.

C'est ma position depuis maintenant des années. Cependant, cette prise de conscience, seule, ne me suffit pas. Comme Daniel Miessler ("Be as least worthy of a Wikipedia entry."), je n'ai pas l'intention de traverser ma vie en me contentant du minimum (naître, perpétuer l'espèce, mourir). Je suis bien déterminé à avoir une influence positive, n'importe laquelle, sur le monde dans lequel je vis. Ou, tout du moins, sur mon entourage, car il serait illusoire de penser que je puisse changer l'opinion de lointaines foules enragées.

De toute évidence, lorsque j'aurai des enfants, je m'efforcerai de cultiver leur curiosité. Je leur apprendrai que la science est le meilleur outil que nous avons à disposition pour comprendre la réalité qui nous entoure. J'essaierai de leur transmettre un goût pour l'art et la philosophie. Je leur transmettrai mes valeurs morales. Je ferai en sorte qu'à leur tour, ils aient envie d'avoir un impact positif sur leurs contemporains. Tout du moins, c'est ce que je compte faire. Naïvement, je le sais.

En attendant, j'essaie d'avoir une influence, aussi faible soit-elle, sur ma famille, mes amis et mes collègues, simplement en discutant, de vive voix, sur Twitter, Facebook ou mon blog. Si j'arrive à convaincre ne serait-ce qu'une seule personne de se passer de viande, que la religion est inutile, voire néfaste, ou que l'homéopathie n'est qu'un attrape-nigaud, par exemple, je considérerai ma mission comme accomplie. Jusqu'à présent, force est de constater que ce but apparemment peu ambitieux est pourtant difficile à atteindre.

Parfois, je crains tout de même de passer pour un "rabat-joie", pour une personne qui passe son temps à critiquer négativement les croyances des gens, qui met toujours tout en question. On me taxera peut-être d'immodestie, mais je pense que je peux aussi être un exemple positif pour les autres. En étant végétarien (depuis 1997), je suis la preuve vivante qu'il est possible de se passer complètement de chaire animale. Sans beaucoup d'efforts, soit dit en passant. En célébrant un "grand" mariage civil, en présence de nos familles et de nos amis, ma femme et moi avons montré qu'il était possible de faire une belle cérémonie de mariage, en faisant complètement abstraction de la religion, ce qui est encore loin d'être une évidence, en tout cas dans la région d'où nous sommes originaires.

Au final, j'aime penser que je pratique une sorte de "militantisme pacifique". Certes, j'ai encore bien des progrès à réaliser, en particulier lorsque je débats oralement de questions sensibles ou qui me tiennent à coeur (politique, religion, morale, etc.), mais j'ai la ferme intention de m'améliorer. Et de changer le monde, à ma manière, comme chacun de nous a le pouvoir de le faire : avec un peu plus de raison.

Mise à jour (3 octobre 2012). Une bonne nouvelle : "Diffamation des religions : échec de l’Egypte à l’ONU". Le sujet risque néanmoins de refaire son apparition en 2013.

Tuesday, April 10, 2012

Bad Science: some excerpts


About science, religion, and alternative medicine (I agree that alternative medicine is a form of "religion"):
"Just as the Big Bang theory is far more interesting than the creation story in Genesis, so the story that science can tell us about the natural world is far more interesting than any fable about magic pills concocted by an alternative therapist."
About the placebo effect (it's not a full definition, but it's an elegant way to put it):
"The placebo is not about the mechanics of a sugar pill, it is about the cultural meaning of an intervention, which includes, amongst other things, your expectations, and the expectations of the people tending to you and measuring you."
About publication bias (an example of Ben Goldacre's sense of humor):
"Not only has publication bias been demonstrated in many fields of medicine, but a paper has even found evidence of publication bias in studies of publication bias. Here is the funnel plot for that paper. This is what passes for humour in the world of evidence-based medicine."
About intuition (as a software engineer, I would say that intuitions are "heuristics" that are subject to cognitive biases):
"Intuitions are valuable for all kinds of things, especially in the social domain: deciding if your girlfriend is cheating on you, perhaps, or whether a business partner is trustworthy. But for mathematical issues, or assessing causal relationships, intuitions are often completely wrong, because they rely on shortcuts which have arisen as handy ways to solve complex cognitive problems rapidly, but at a cost of inaccuracies, misfires and oversensitivity."
About criticizing both "big pharma" and alternative medicine:
"Just because big pharma can behave badly, that does not mean that sugar pills work better than placebo, nor does it mean that MMR causes autism."

Monday, April 9, 2012

Bad Science : lutter contre la "mauvaise" science

Je viens de terminer la lecture de Bad Science de Ben Goldacre. Je ne peux que vivement recommander ce livre - dont il n'existe malheureusement pas de traduction française. Si le temps vous manque, vous pouvez regarder la présentation TED "Battling bad science", qui dure moins de quinze minutes.

En résumé, Ben Goldacre est un médecin britannique, passionné par son métier et par la science en général. Sa capacité de vulgarisation et son humour rendent la lecture de son livre passionnante. De nombreux sujets liés à la santé sont abordés : la détoxication, les produits de beauté, l'homéopathie, l'effet placebo, les nutritionistes, les compléments alimentaires, les antioxidants, la médecine fondée sur les faits (evidence-based medicine), les (bons et mauvais) essais cliniques, les biais cognitifs ("Pourquoi les gens intelligents ont des croyances stupides"), la statistique et bien d'autres encore. Le but de son livre est d'éduquer, mais aussi de dénoncer la manière dont la science est représentée, de manière erronée, dans les médias grand public. Goldacre ne mâche pas ses mots. Sa passion est évidente. Il n'hésite pas à attaquer vigoureusement quelques personnes en particulier (Gillian McKeith, Patrick Holford et Andrew Wakefield, entre autres). Evidemment, la médecine alternative en prend pour son grade, mais la médecine conventionnelle aussi. L'industrie pharmaceutique, notamment, n'échappe pas aux critiques de Goldacre, à qui on ne peut donc pas reprocher de ne pas balayer devant sa porte.

Un passage, dans le dernier chapitre, a tout particulièrement retenu mon attention (traduction approximative par mes soins) :
"(...) mais il y a aussi eu une accélération de la complexité [de la science], récemment. Il y a cinquante ans, vous pouviez expliquer le fonctionnement d'une radio AM sur le dos d'une serviette en papier, en utilisant uniquement des connaissances scientifiques scolaires, et vous pouviez construire un récepteur à cristal quasiment identique à la radio de votre voiture dans une salle de classe. Lorsque vos parents étaient jeunes, ils pouvaient réparer leur voiture et comprendre la science qui se cachait derrière la plupart des technologies qu'ils rencontraient dans la vie courante, mais ça n'est désormais plus le cas. De nos jours, même un geek aurait de la peine à expliquer comment son téléphone mobile fonctionne, parce que la technologie est devenue plus difficile à comprendre et, donc, à expliquer (...)"
Le message de Goldacre dépasse donc le domaine de la santé. C'est bien toute la science qui est devenue complexe et le besoin de la vulgariser se fait de plus en plus cruellement ressentir. En tant que scientifique, c'est un sujet qui me travaille depuis des années. Parce que de nombreux domaines m'intéressent et que je n'ai pas le temps de les étudier en détail, mais aussi parce que je pense, comme Goldacre, que la société en général pourrait profiter d'une meilleure compréhension de la science.

Je me joins donc à lui dans son appel au "réveil" de tous les scientifiques de ce monde : il est de notre devoir de vulgariser cette science que nous aimons, de l'expliquer aux gens autour de nous, de la rendre accessible, par quelque moyen que ce soit. Aucun effort n'est inutile. Chaque pas dans la bonne direction compte.

Monday, March 12, 2012

Driverless cars and speech recognition that "work"

"If you're still not convinced that driver-less cars are almost there: http://ping.fm/PAnrz ("The fact that you’re still driving is a bug")"
To which @avernet replied (noting that "almost" is ambiguous):
"@obruchez Almost here, like voice recognition that works?"
My reply (pinpointing another ambiguity):
"@avernet Define "work" and I'll answer. :) But, more seriously, I think that average voice recognition is way harder than average driving."
A definition of "work" is given:
"@obruchez Let's define "work", very informally, as "you and I use it on a regular basis, and are happy with it"."
I was then asked to predict when speech recognition and driverless cars will be "good enough":
"@obruchez With that, in which year would you predict speech recognition and self-driving car will "work"? #longbets"
This is me thinking out loud:
"@avernet This is tricky. I really feel there's a way bigger gap between "working" speech recognition and "really good" speech recognition..."
"@avernet ...than between "working" self-driving cars and "really good" self-driving cars. Let me think about it."
Finally, here's my prediction:
"@avernet I asked my Magic 8-Ball and here's what I got: speech recognition that "works" -> 2018 and self-driving cars that "work" -> 2024."
"@obruchez I'd say speech recognition I'd use is just around the corner, but it's been 15 years I say that, so you might be right with 2018."
"@avernet My reasoning exactly ("just around the corner" for years). Plus speech recognition in French is lagging (and that's what I'd need)."
"@obruchez It might be longer for self-driving car. For legal reasons manufacturers won't risk it until they are *much* better than humans."
"@avernet I agree. But we have "working" prototypes right *now*. And humans are really *bad* at driving (>30000 deaths per year in the US!)."
And here's the reason for this blog post (a tweet by @ebruchez):
"@obruchez @avernet We should be tracking those predictions."
So, see you in 2018 for a debate about the meaning of "regular basis" and "happy", and about the reasons why long-term bets are difficult (for more serious examples, see "How My Predictions Are Faring" by Ray Kurzweil). ;-)

Update (August 28, 2012). See the post "Self-driving cars in 2019, report says" on kurzweilai.net. I think I'm being a bit too pessimistic with my prediction (2024).

Update (September 27, 2012). And yet another optimistic article: "Self-driving cars a reality for 'ordinary people' within 5 years, says Google's Sergey Brin" (within 5 years = by 2017, i.e. seven years before 2024 - my prediction).

Update (January 3, 2014). Another more conservative article: "Fully self-driving cars expected by 2030, says forecast" ("Self-driving cars (SDC) that include driver control are expected to hit highways around the globe before 2025 and self-driving “only” cars (only the car drives) are anticipated around 2030").

Saturday, March 10, 2012

City Disc et le prix unique du livre

Il y a quelques jours, il a été annoncé que City Disc, la dernière chaîne de magasins de disques suisse, va bientôt disparaître. Orange Suisse, propriétaire de la chaîne, va apparemment transformer les enseignes actuelles en points de vente Orange traditionnels, dès le 1er avril 2012. "La fin d'une époque", commente 20 Minutes.

C'est vrai que j'en ai passé du temps, dans les magasins de disques ! Mon premier achat musical date de 1993. Selon mes notes personnelles, j'ai acheté chez City Disc des classiques tels que Kind of Blue de Miles Davis, My Song de Keith Jarrett, Heavy Weather de Weather Report ou Sign 'O' The Times de Prince. Selon ces mêmes notes, j'ai acheté mon dernier disque dans un magasin "physique" (un brick-and-mortar store, en anglais) en 2005, chez MediaMarkt, une chaîne de distribution allemande spécialisée dans l'électronique et l'électroménager.

Pourtant, depuis, je n'ai pas cessé d'acheter de la musique. Certes, ces dernières années, mes achats musicaux ne sont plus aussi nombreux qu'il y a quinze ans, mais cela est surtout dû au fait que ma collection musicale commence à "suffire". Parmi les enregistrements que je considère comme des classiques, certains ont probablement déjà été écoutés des dizaines, voire des centaines de fois. Outre ce phénomène, il y a aussi celui des achats sur Internet, dans des magasins tels qu'Amazon ou Fnac, mais aussi directement sur les sites officiels des labels (ECM Records, par exemple), ceux des musiciens ou encore sur des sites de ventes aux enchères (donc via des particuliers). Ce ne sont pas les alternatives qui manquent.

J'ouvre ici une parenthèse pour préciser que, oui, en 2012, j'achète encore des CD sur Internet. Des morceaux de plastique et de papier, envoyés physiquement par la poste. Les gens qui me connaissent verront peut-être là un paradoxe, car je préfère, autant que possible, une alternative complètement "dématérialisée", pour mes médias (musique, vidéos, livres, documents, etc.). L'explication est simple : je ne supporte pas l'idée d'acheter ma musique au format MP3. Pourtant, je ne me considère par comme un audiophile. Je serais bien incapable de faire la différence entre un MP3 bien encodé et un fichier lossless (au format FLAC, par exemple, que j'utilise pour stocker toute ma collection musicale). Le format MP3 souffre toutefois de certains défauts :
  • bien que certaines solutions à ce problème existent, il ne s'agit pas d'un format gapless ;
  • selon le débit et l'encodeur utilisés, il y a toujours un risque que le résultat soit réellement mauvais (et que mêmes mes oreilles peu entraînées puissent faire la différence avec une source non-compressée) ;
  • en cas de réencodage dans un autre format (Vorbis ou AAC, par exemple), des artefacts de transcodage, bien réels, à nouveau, peuvent apparaître.
Certains magasins en ligne vendent de la musique dans des formats lossless, sans DRM et avec les livrets au format PDF, comme par exemple HDtracks, mais le choix est encore malheureusement restreint. J'espère vraiment que le CD meure complètement ces prochaines années et que les alternatives fleurissent. Et je referme ici la parenthèse.

Il y a un peu moins de cinq ans, je m'exprimais, non sans une certaine nostalgie, sur la disparition des petites salles de cinéma de Lausanne. Aujourd'hui, c'est quasiment sans nostalgie que j'assiste à la fermeture des magasins de disque et ce sera aussi sans nostalgie que j'assisterai à la fermeture des librairies. Difficile, ici, de ne pas mentionner la votation populaire sur le prix unique du livre du 11 mars 2012 en Suisse. Je cite le troisième argument listé sur le site oui-au-livre.ch : "[Le prix unique du livre] contribue au maintien de librairies partout en Suisse. (...) Sans une réglementation appropriée, les lecteurs des plus petites villes et des régions périphériques risquent fort de ne plus bénéficier d’une offre variée et de conseils personnalisés." Cela aurait pu être vrai il y a quelques années à peine (pour l'offre variée, en tout cas), mais il me semble que c'est un argument qui, en 2012, manque particulièrement de perspective. Le livre électronique suit la musique en ligne avec à peine 5-10 ans de retard. Dans quelques années, les "liseuses" seront moins chères, offriront une meilleure qualité graphique, une surface de lecture plus grande, etc. Le livre électronique se démocratise à une vitesse impressionnante. Il est quasiment certain qu'il aura le même succès dans quelques années que la musique en ligne aujourd'hui.

Evidemment, le livre en papier a encore de beaux jours devant lui. La question n'est pas là. Il y aura toujours un marché pour les vieux livres et les éditions plus luxueuses (je pense, par exemple, à la Pléiade). Tout comme il y a toujours un marché aujourd'hui pour les vinyles, neufs ou de collection. D'un certain point de vue, en passant à des formats dématérialisés, on pourrait dire qu'il y a un appauvrissement du rituel de l'écoute et de la lecture. Bien qu'étant né quasiment en même temps que le disque compact, je suis familier avec le "rituel du vinyle" : sortir le disque de sa pochette, le déposer sur le tourne-disque, regarder le bras se déplacer au-dessus des sillons, se lever à la moitié d'un album pour changer de face, etc. De même, pour un livre, je comprends qu'on puisse apprécier le toucher du papier, son odeur, feuilleter les pages, etc. Ecouter un morceau de musique sur son iPhone ou lire un livre sur son Kindle n'a peut-être pas le même charme. Pourtant, je n'ai jamais autant écouté de musique et autant lu que maintenant. C'est pour moi un retour à l'essentiel. A la musique. Au texte. La disparition de l'objet physique peut être déroutante, mais rien n'empêche de trouver d'autres rituels, si vraiment le besoin est là. Pour moi, ça n'est pas le plus important. Tout comme la musique et le musicien sont plus importants que le magasin de disques, le texte et l'écrivain sont plus importants que la librairie. Ne nous trompons pas de combat.