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Thursday, December 31, 2015

L'esprit de Noël

"Les athées peuvent-ils célébrer Noël ?", demandait Hemant Mehta sur son blog Friendly Atheist la semaine passée.

C'est une question intéressante à double titre. D'abord, elle laisse entendre que Noël serait une fête exclusivement chrétienne ou, tout du moins, religieuse, ce qui, on le sait depuis longtemps, n'est pas le cas.

Elle m'interpelle à titre individuel également, car bien qu'agnostique/athée et malgré mon penchant pour un certain militantisme, il ne m'est jamais venu à l'idée de boycotter Noël.

Richard Dawkins lui-même, biologiste, athée militant, auteurs de nombreux livres, admet qu'il apprécie particulièrement cette fête.

Il faut donc croire que, comme conclut Dawkins, "Noël appartient à qui le veut bien" ("Christmas belongs to anyone who wants it"). C'est une conclusion que je trouve élégante et que je partage.

Il y a quelques semaines, un de mes anciens collègues envoyait à huit autres de mes anciens collègues et à moi-même un email dans lequel il mentionnait, non sans une part d'humour, "la venue du Dieu créateur dans une mangeoire", faisant évidemment référence à la conception chrétienne de Noël.

Je l'ai interrogé, dans le plus grand respect de ses croyances et de sa démarche (entendez par là : sans l'attaquer et en prenant toutes les précautions qu'il est possible de prendre dans un email), sur les raisons de ce que je considérais être du prosélytisme de sa part.

Sa réponse m'a confirmé que certains chrétiens pratiquants ressentent le besoin de défendre Noël contre une certaine corruption morale et culturelle, contre ce qu'ils perçoivent comme étant des attaques contre cette fête, en particulier, mais aussi contre la religion, en général. Je peux comprendre son point de vue, mais, bien entendu, le fait que la religion soit en perte de vitesse me réjouit, alors que j'imagine que cela doit plutôt attrister mon ancien collègue.

(Je n'ai pas voulu poursuivre cette discussion par email, ayant déjà eu par le passé l'opportunité de débattre par écrit concernant la religion. Je pense que les échanges oraux, tels que ceux menés par Anthony Magnabosco, qui s'inspire du livre A Manual for Creating Atheists, peuvent être bien plus productifs, bien moins frustrants.)

Je rejoins volontiers mon ancien collègue sur un point : toute la surconsommation liée à la fête de Noël représente bien une certaine dégénérescence de nos sociétés. Cela fait longtemps que je répète aux personnes concernées que je ne désire recevoir aucun cadeau à Noël ou pour mon anniversaire, et qu'en offrir aux enfants, dans une certaine mesure, raisonnable, suffit largement.

Que représente donc la période de Noël pour moi ?
  • Le solstice d'hiver. Le jour le plus court de l'année dans l'hémisphère nord a lieu, généralement, le 21 ou 22 décembre. Ce jour a une signification particulière pour moi, car, depuis que je suis enfant, j'ai toujours eu un intérêt marqué pour l'astronomie, mais aussi, symboliquement, parce que c'est à partir de ce moment que les jours rallongent (passage de l'obscurité à la lumière, etc.).
  • La famille. Noël est l'occasion de passer plus de temps avec nos familles et, en particulier, avec celle de mon frère, qui, habitant aux Etats-Unis, profite souvent des fêtes de fin d'année pour venir en Suisse.
  • L'introspection. Je tiens à jour un journal personnel depuis 1993 et, depuis maintenant plus de dix ans, je rédige, pour moi, un résumé de l'année écoulée, suivant différentes thématiques (instants marquants, vie de couple, famille, relations, travail, voyages, activités culturelles, santé, etc.). Cela me permet, en quelque sorte, de savoir où j'en suis dans ma vie.
  • La planification. Grand amateur de Getting Things Done (GTD), je profite également de ce moment pour faire le point sur mes buts annuels et projets. Cela peut paraître rébarbatif, mais le fait de donner une direction à l'année à venir, de réfléchir à de nouveaux projets, etc. est une activité au contraire plutôt motivante, voire ludique.
Il n'y a donc pour moi rien de religieux dans les fêtes de fin d'année ("les fêtes", car il est difficile de dissocier totalement Noël et Nouvel An, de par leur proximité temporelle). J'irai même plus loin : Noël, c'est la fête religieuse la moins religieuse qui soit ; mais je ne crois pas qu'on puisse m'accuser de légèreté dans mon approche. J'aurais pu parler des décorations de Noël, du sapin, des repas copieux, des biscuits, etc. J'aime tout cela, mais Noël signifie autre chose à mes yeux : quelque chose de plus profond, de plus important.

Tuesday, October 21, 2014

Waking Up

J'ai récemment terminé de lire Waking Up: A Guide to Spirituality Without Religion de Sam Harris. En général, après la lecture d'un livre, je sais à quoi m'en tenir : je suis enthousiaste, déçu ou indifférent. Cette fois-ci, je suis plutôt perplexe.

Comme d'habitude, c'est très bien écrit et c'est l'une des qualités que j'apprécie chez Harris. On sent une réflexion importante derrière son écriture, mais cela ne se traduit pas par un style opaque ou complexe, ce qui rend la lecture de ses livres et de ses articles particulièrement agréable.

La première surprise à la lecture de ce livre est le nombre de sujets déjà abordés, parfois longuement, sur le blog de Harris : le "mystère" de la conscience, la méditation, les expériences de mort imminente (EMI), les drogues, etc. On a parfois plus l'impression de lire un recueil d'anciens articles que de véritablement lire un livre qui vient de sortir.

Au-delà de cet aspect redite et d'une certaine structure un peu décousue, il faut bien admettre que de nombreux sujets abordés dans cet ouvrage sont fascinants. Un chapitre entier est consacré à la conscience et à la difficulté qu'ont les scientifiques et les philosophes à la définir et à l'expliquer. Poussant le constat plus loin, Harris rejoint, partiellement du moins, Colin McGinn et Steven Pinker sur l'idée qu'il se pourrait que la conscience n'accepte pas d'explication "intuitive", qu'elle soit tout simplement incompréhensible, un point sur lequel je les rejoins également. Le passage sur les patients souffrant du syndrome de déconnexion interhémisphérique (split brain syndrome) est à la fois perturbant et éclairant.

Un des autres points forts du livre est la façon dont Harris parvient à séparer, systématiquement et avec un niveau de nuances au-dessus de beaucoup de ses pairs, le bon du mauvais dans les pratiques religieuses. Il le fait dès l'introduction, pour le bouddhisme, et y revient plus loin en parlant des gourous, dont ceux qu'il a été amené à rencontrer. C'est un questionnement récurrent chez les athées : quels éléments positifs les religions contiennent-elles et comment peut-on les vivre/pratiquer en dehors de toute religion (i.e. de manière laïque) ? C'est aussi et évidemment le thème général de ce livre (la spiritualité sans religion).

Enfin, pour revenir à quelque chose de plus frustrant, il faut souligner la manière dont Harris développe le thème de la méditation. Dans un chapitre entier, il passe en revue les différents types, enseignements et lieux de méditation, faisant appel régulièrement à des anecdotes. La conclusion, je crois, est que certains enseignements sont meilleurs que d'autres (le Dzogchen, en particulier), mais qu'il faut aller au Tibet ou en Inde pour trouver un gourou plus ou moins capable d'expliquer ce qu'il a appris durant des dizaines d'années de pratique de la méditation. Je caricature un peu, mais le moins qu'on puisse dire est qu'il s'agit d'un chapitre plus théorique et descriptif que pratique et pédagogique. Je médite depuis plus d'une année et demie (à l'aide de Headspace) et je n'ai rien trouvé directement dans cette partie du livre qui puisse vraiment m'aider à aller plus loin dans ma pratique.

Au final, Waking Up est un livre dont la lecture provoque plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Ce que nous appelons "identité", "moi", "je", etc. n'est pas un concept aussi clair qu'on pourrait le croire. La méditation, au-delà des méthodes relativement ludiques et faciles d'accès telles que Headspace, peut aussi être une pratique subtile nous permettant de constater cette réalité. Comment y parvenir ? C'est une des questions auxquelles je dois encore répondre. Idéalement sans aller au Tibet...

Sunday, September 30, 2012

Journée du blasphème

Aujourd'hui, le 30 septembre, c'est la Journée du Blasphème. C'est d'abord l'occasion de rappeler qu'en 2012, la religion, tout comme la politique, ne devrait pas pouvoir échapper à la critique, que, comme l'explique bien Richard Dawkins, aucune croyance, quelle qu'elle soit, ne mérite a priori le respect et que, par conséquent, aucune loi ne devrait protéger explicitement les religions de la critique.

J'en profite également pour faire part d'une découverte récente, à savoir qu'à mon plus grand étonnement, la Suisse dispose d'une loi sur le blasphème, l'article 261 du code pénal suisse :
"Celui qui, publiquement et de façon vile, aura offensé ou bafoué les convictions d’autrui en matière de croyance, en particulier de croyance en Dieu (...) sera puni d’une peine pécuniaire de 180 jours-amende au plus."
Curieusement anachronique. Je serais très intéressé de savoir si cette partie de l'article a récemment été appliquée. J'en serais très surpris.

Et comme je ne me sens aujourd'hui pas trop d'humeur à blasphémer, je conclurai simplement avec un lien sur la chanson "Always Look On The Bright Side Of Life" (extrait du film Monty Python's Life of Brian).

Mise à jour (3 octobre 2012). Une bonne nouvelle : "Diffamation des religions : échec de l’Egypte à l’ONU". Le sujet risque néanmoins de refaire son apparition en 2013.

Militer pour plus de raison

Il est difficile, face à certains évènements, tels que les manifestations violentes et les meurtres déclenchés par la diffusion de Innocence of Muslims, de ne pas se sentir complètement impuissant. Je suis conscient qu'il s'agit de la réaction d'une minorité extrémiste, manipulée, mais c'est l'occasion pour les religieux dits modérés, y compris dans les pays occidentaux, de remettre la question de la législation antiblasphème sur le tapis, en particulier, et de promouvoir une certaine limitation de la liberté d'expression, plus généralement. Extrémisme ou modération, une chose est certaine : ce n'est pas le monde dans lequel j'ai envie de voir mes enfants grandir.

Je suis convaincu que l'humanité progressera, ira vers plus de paix, plus de bonheur pour le plus grand nombre, en s'efforçant de faire appel à la raison, à la science, à l'art et à la philosophie, pas en tolérant les superstitions sous toutes leurs formes (religions y compris) et l'affaiblissement des libertés acquises péniblement au fil des siècles.

C'est ma position depuis maintenant des années. Cependant, cette prise de conscience, seule, ne me suffit pas. Comme Daniel Miessler ("Be as least worthy of a Wikipedia entry."), je n'ai pas l'intention de traverser ma vie en me contentant du minimum (naître, perpétuer l'espèce, mourir). Je suis bien déterminé à avoir une influence positive, n'importe laquelle, sur le monde dans lequel je vis. Ou, tout du moins, sur mon entourage, car il serait illusoire de penser que je puisse changer l'opinion de lointaines foules enragées.

De toute évidence, lorsque j'aurai des enfants, je m'efforcerai de cultiver leur curiosité. Je leur apprendrai que la science est le meilleur outil que nous avons à disposition pour comprendre la réalité qui nous entoure. J'essaierai de leur transmettre un goût pour l'art et la philosophie. Je leur transmettrai mes valeurs morales. Je ferai en sorte qu'à leur tour, ils aient envie d'avoir un impact positif sur leurs contemporains. Tout du moins, c'est ce que je compte faire. Naïvement, je le sais.

En attendant, j'essaie d'avoir une influence, aussi faible soit-elle, sur ma famille, mes amis et mes collègues, simplement en discutant, de vive voix, sur Twitter, Facebook ou mon blog. Si j'arrive à convaincre ne serait-ce qu'une seule personne de se passer de viande, que la religion est inutile, voire néfaste, ou que l'homéopathie n'est qu'un attrape-nigaud, par exemple, je considérerai ma mission comme accomplie. Jusqu'à présent, force est de constater que ce but apparemment peu ambitieux est pourtant difficile à atteindre.

Parfois, je crains tout de même de passer pour un "rabat-joie", pour une personne qui passe son temps à critiquer négativement les croyances des gens, qui met toujours tout en question. On me taxera peut-être d'immodestie, mais je pense que je peux aussi être un exemple positif pour les autres. En étant végétarien (depuis 1997), je suis la preuve vivante qu'il est possible de se passer complètement de chaire animale. Sans beaucoup d'efforts, soit dit en passant. En célébrant un "grand" mariage civil, en présence de nos familles et de nos amis, ma femme et moi avons montré qu'il était possible de faire une belle cérémonie de mariage, en faisant complètement abstraction de la religion, ce qui est encore loin d'être une évidence, en tout cas dans la région d'où nous sommes originaires.

Au final, j'aime penser que je pratique une sorte de "militantisme pacifique". Certes, j'ai encore bien des progrès à réaliser, en particulier lorsque je débats oralement de questions sensibles ou qui me tiennent à coeur (politique, religion, morale, etc.), mais j'ai la ferme intention de m'améliorer. Et de changer le monde, à ma manière, comme chacun de nous a le pouvoir de le faire : avec un peu plus de raison.

Mise à jour (3 octobre 2012). Une bonne nouvelle : "Diffamation des religions : échec de l’Egypte à l’ONU". Le sujet risque néanmoins de refaire son apparition en 2013.

Sunday, October 23, 2011

Les médecines alternatives, une nouvelle religion ?

L’expression “médecine alternative” (ou médecine “douce”, “complémentaire”, “parallèle”, etc.) regroupe en réalité de nombreuses pratiques, très différentes les unes des autres. Mon but n’est pas ici de discuter leurs mérites (ou, le plus souvent, absence de mérites) respectifs ou de présenter en détail ce qu’est l’effet placebo, mais de faire un parallèle avec la religion. Y compris dans ses dangers, car la médecine alternative tue régulièrement (exemples récents : Steve Jobs et un enfant italien de trois ans).

Pour faire court et en simplifiant à l’extrême, on peut dire que la plupart des gens se tournent vers la religion pour y trouver un réconfort, des réponses qu’ils ne trouvent pas ailleurs. La plupart de ces questions concernent le sens de la vie. D’où venons nous ? Où allons-nous ? Quel sens a notre existence ?

La science peut répondre à la question de notre origine et de notre destinée physique. Elle n’a par contre pas pour but de répondre à la question du sens de la vie. Ce qu’elle nous apprend, toutefois, est que le cerveau est un organe spécialisé dans le traitement de l’information : il interprète en permanence une multitude d’influx nerveux en provenance de nos sens (yeux, oreilles, etc.). Associer des noms à des visages, des notes de musique à des sons, des souvenirs à des odeurs, etc. Les exemples sont innombrables.

Consciemment ou, la plupart du temps, inconsciemment, notre cerveau extrait des idées, des concepts, du monde qui nous entoure et de nos souvenirs. On pourrait presque dire qu’il ne peut pas s’en empêcher. C’est un réflexe, qui, parfois, nous joue des tours : en regardant les nuages, on peut aisément y percevoir des objets, souvent incongrus. Autrement dit, notre cerveau voit également des choses qui n’existent pas (voir à ce sujet le concept de paréidolie). Parce qu’il est fait pour cela : donner du sens, que ce sens corresponde à la réalité ou non.

Ce mécanisme explique toute une série de phénomènes. Par exemple, pourquoi certaines personnes sont incapables d’accepter les coïncidences et y voient toujours un lien de cause à effet. Ou pourquoi certaines personnes voient des conspirations là où il n’y en a pas (participation du gouvernement américain dans les attentats du 11 septembre 2001 ou dans la dissimulation d’extra-terrestres, pour n’en citer que quelques-unes). De mon point de vue d’athée, ce même mécanisme explique également bien des pratiques et croyances religieuses (existence d’un ou plusieurs dieux, de l’âme, de la vie après la mort, etc.).

La question du sens de la vie semble donc devoir avoir une réponse, parce que nous avons l’habitude de donner un sens à tout ce que nous percevons, à tout ce que nous vivons, mais, en réalité, il se peut très bien qu’il s’agisse d’une question sans réponse. La vie peut très bien ne pas avoir de sens intrinsèque. On peut toutefois lui donner le sens que l’on souhaite. Cette position intellectuelle (qui est celle des existentialistes, entre autres) est inconfortable, voire déprimante, en tout cas à première vue, mais logiquement tout à fait acceptable.

Ainsi, certaines personnes “tournent le dos”, pour ainsi dire, à la science et à la philosophie, se tournent vers la religion, en quête de réponses, qui doivent exister, pensent-elles. On peut constater un comportement similaire chez les gens qui, déçus par la médecine conventionnelle, se tournent vers la médecine alternative, en quête de traitements pour leurs problèmes de santé. Un traitement efficace doit exister, après tout.

Loin de moi l’idée de vouloir prétendre que la médecine conventionnelle est parfaite. Elle ne l’est pas. Souvent, elle se concentre trop sur les symptômes et pas assez sur la véritable source de nos maladies. La chirurgie est encore, à bien des égards, de la boucherie. L’industrie pharmaceutique devrait probablement être mieux régulée. Les médecins n’ont pas assez de temps à consacrer à leur patient. J’irai même jusqu’à dire que la médecine conventionnelle a à apprendre de la médecine alternative. Cependant, je reste convaincu que c’est en se servant de la raison et en essayant de comprendre le corps humain que la médecine vaincra les maladies, pas en se soumettant à la superstition.

Si la médecine conventionnelle ne peut aider quelqu’un, ne peut lui proposer un traitement, cela ne signifie pas forcément que la médecine alternative le pourra. Il y a dans l’homéopathie, l’acupuncture et bien d’autres de ces pratiques douteuses une facilité que l’on retrouve également dans les réponses toutes faites de la religion : “Vous voulez un traitement ? En voici un !” Peu importe qu’il s’agisse de gouttes d’eau ou de pilules sucrées. Il y a une demande, donc il y a une offre. L’industrie des “médicaments” homéopathiques et autres traitements phytothérapiques n’a rien à envier à l’industrie pharmaceutique : elle amasse également des milliards.

Comme je l’ai déjà dit, je ne compte pas expliquer ici comment entrent en jeux l’effet placebo ou les mécanismes d’auto-guérison du corps humain, souvent sous-estimés, comment ils donnent l’impression, tout à fait illusoire, dans la plupart des cas, que la médecine alternative pourrait être efficace. J’aimerais juste insister sur le fait qu’il y a des alternatives - certes, plus difficiles à mettre en oeuvre - à la “médecine superstition”.

Pour ne citer que quelques pistes, combien de gens font réellement des efforts pour manger mieux, faire plus de sport, réduire leur stress, dormir plus ou arrêter de fumer ? Autrement dit, prendre leur santé au sérieux, de manière responsable ? Certainement pas assez. Cela paraît évident, mais, avant de guérir, il faudrait d’abord penser à prévenir, lorsqu’on sait comment le faire. Toutes ces approches n’ont pourtant rien à voir avec la médecine alternative. Elles ont, au contraire, été validées par des études scientifiques. On peut mettre en évidence les effets positifs de la méditation, par exemple, et les effets néfastes de la fumée sont connus depuis longtemps.

En guise de conclusion, je dirais que ce retour aux “sources”, cet attrait renouvelé pour la médecine alternative, a quelque chose de profondément malsain. Bien entendu, il ne faut pas “jeter le bébé avec l’eau du bain”, comme diraient les anglophones. La médecine conventionnelle a encore beaucoup de choses à apprendre, y compris des médecines alternatives (l’écoute du patient, le conseil, etc.), mais il faut savoir reconnaître ses côtés positifs et, surtout, prendre ses responsabilités, accepter que notre santé de dépend pas uniquement de la médecine, mais aussi des choix de vie que nous faisons.

Sunday, November 8, 2009

Non, l'athéisme n'est pas une religion

Récemment, l'émission Le Grand 8 de La Première (Radio Suisse Romande) a diffusé un débat à propos d'une campagne, lancée le mercredi 28 octobre 2009 en Suisse par l'Association Suisse des Libres Penseurs (ASLP), dont le slogan principal est : "Dieu n'existe probablement pas, cesse de t'en faire, profite de la vie". Les invités étaient Eric Jaffrain ("spécialiste en marketing non marchand, a réalisé des campagnes de communication pour les églises") et Pierre Weiss ("vice-président du Parti libéral-radical suisse, sociologue"). Aucun membre de l'ASLP ou athée n'était présent, ce qui est bien regrettable, car ce "débat", à mon sens, ne volait pas très haut.

Il me semble qu'un certain amalgame a été fait entre les appellations "libre penseur" et "athée". J'utiliserai donc par la suite de préférence le terme "athée". Je ne crois pas que cela trahisse l'esprit du débat du Grand 8. Je précise également que je ne suis que très peu familier avec l'ASLP. Voici quelques idées qui ont été évoquées (par M. Jaffrain et M. Weiss) et auxquelles j'aimerais réagir :
  1. L'athéisme est une religion comme les autres. Il suffit de revenir aux définitions de la religion et de l'athéisme pour réaliser qu'il s'agit d'une idée absurde. Le fait qu'une association (l'ASLP, en l'occurence) regroupe des personnes ayant une vision plus ou moins commune de la spiritualité ou, de manière générale, des dogmes, ne suffit pas à en faire une religion. Ou même une secte. Le fait d'avoir affaire à une organisation hiérarchisée (l'ASLP, pas l'athéisme, bien entendu) n'est pas non plus un critère suffisant. Il s'agissait peut-être pour M. Jaffrain d'une manière de ramener un concept étranger et "menaçant" (l'athéisme) à quelque chose de connu. Au final, c'est une preuve d'ignorance ou, tout du moins, de malhonnêteté intellectuelle.
  2. La science n'est rien sans une dimension spirituelle. C'est une idée très courante et un peu naïve, que dénonce en particulier Richard Dawkins, selon laquelle la religion (qui répondrait au "pourquoi") est nécessaire pour éclairer la science (qui répondrait au "comment"). Soit, la science n'est pas habilitée à répondre au "pourquoi", mais la religion ne l'est en réalité pas beaucoup plus. On a souvent tendance à oublier le rôle de la philosophie, qui est parfaitement à même de proposer sinon des réponses, en tout cas des pistes de réflexion autour de cette question du "pourquoi".
  3. L'athéisme ne propose pas de vision à long terme. Je paraphrase et je simplifie, car il était plus question du slogan ("Profite de la vie") que de l'athéisme en général, mais j'ai eu l'impression que tout était mis dans un même sac. L'athéisme répondrait à un besoin contemporain d'hédonisme, de pragmatisme, d'individualisme, etc., alors que la religion permettrait une vision de fond, une vision à long terme. A nouveau, c'est une représentation dualiste et simpliste des choses. La religion n'a pas l'apanage de la "réflexion sur le long terme", loin s'en faut. Je me répète, mais la philosophie, l'éthique et, oui, même la politique ont là un rôle à jouer. Beaucoup plus que la religion.
  4. Cette campagne est un défi pour les croyants. Elle cherche à susciter une réflexion (le terme "probablement", par exemple, est important), mais, présenter les choses ainsi, en parlant de défi, c'est un peu inviter les croyants à s'attacher, coûte que coûte, à leurs croyances. Cela me rappelle la façon dont certains créationistes considèrent les fossiles : un défi lancé par Dieu aux croyants, au lieu d'éléments indiquant que la théorie de l'évolution est valide.
  5. Être athée, c'est nier ses racines spirituelles et historiques. On peut changer de point de vue, de manière de voir le monde, sans "nier ses racines". Je peux être végétarien, par exemple, et accepter que l'homme ait évolué pour devenir omnivore. Les valeurs que partagent la plupart des Suisses (et les "pays occidentaux" en général) ont une origine judéo-chrétienne, mais ces valeurs ne sont pas intrinsèquement liées à la religion, qui n'en a été que le vecteur. Ce dernier point n'est pas une fatalité. L'éthique, par exemple, peut exister indépendamment de la religion (heureusement, on peut être athée et ne pas être automatiquement un criminel assoiffé de sang !). Tout comme la politique peut (et devrait) faire abstraction des questions religieuses (point sur lequel M. Weiss ne semblait pas convaincu).
  6. Avec cette campagne, les athées cherchent à élargir leur part de marché. Ce n'est pas faux, mais c'est une manière plutôt péjorative de présenter les choses. L'athéisme n'est pas une entreprise commerciale. C'est un courant de pensée. Une attitude par rapport à la vie. Comme cela a été mentionné plus haut, cette campagne répond à des campagnes similaires d'associations chrétiennes. Il est presque normal qu'elle utilise les mêmes "armes" (affiches, slogans, etc.).
  7. Les villes ne devraient pas refuser cette campagne, car les croyants ont suffisamment la foi. A nouveau, je paraphrase. Il est positif que M. Jaffrain et M. Weiss soient plutôt "pour" cette campagne de l'ASLP, mais ils devraient l'être pour de bonnes raisons, pas parce que "37% des Suisses prient tous les jours", alors que seuls 11% se déclarent "sans appartenance religieuse". La liberté d'expression ne devrait pas être limitée aux seuls cas où elle ne menace pas le courant de pensée dominant.
Au final, je dirais que l'athéisme mérite mieux que ce genre de "discussions de café du commerce". Je ne suis pas forcément non plus convaincu par le slogan de l'ASLP. Pourquoi avoir choisi la piste de l'hédonisme ? L'athéisme est bien plus que cela. Il est lié à des valeurs humanistes, à la raison, etc. J'apprécie particulièrement les slogans qui ont vu le jour ces derniers mois aux Etats-Unis, qui s'adressent avant tout aux athées et aux agnostiques. "Vous ne croyez pas en Dieu ? Vous n'êtes pas seuls.", par exemple. Une idée pour une prochaine campagne en Suisse ?

Mise à jour (28 novembre 2009). Le blog Friendly Atheist propose une compilation de slogans datant de 2008 et 2009. J'espère que des campagnes similaires atteindront l'Europe (et la Suisse en particulier) un jour.