Saturday, May 28, 2022

Un mois sans alcool et caféine

Durant quatre semaines, au mois de février 2022, je me suis complètement abstenu de consommer de l'alcool et de la caféine.

Cela faisait longtemps que j'y pensais, autant pour l'alcool que pour la caféine. J'ai finalement décidé de combiner deux expériences en une, ce qui m'a permis de voir ce que pouvait être ma vie sans la moindre substance psychotrope. C'est une manière de présenter les choses peut-être un peu sensationnaliste, mais, en même temps, l'alcool et la caféine agissent effectivement sur le système nerveux central et je suis régulièrement étonné de constater à quel point la plupart des gens avec qui j'ai pu en discuter consomment ces substances, même à dose modérée, comme si elles étaient parfaitement anodines.

Or, ça n'est pas le cas. Pour l'alcool, cela fait des années maintenant qu'il est plus ou moins clair dans mon esprit qu'il n'y a pas le moindre effet bénéfique sur la santé. Au contraire, durant longtemps, on a pensé qu'une consommation modérée d'alcool pouvait être meilleure pour la santé qu'une abstinence totale, mais il se trouve que cette conclusion est probablement erronée et que les études qui pouvaient le laisser penser étaient mal conçues. Par exemple, certaines d'entre elles ne distinguaient pas du tout les sujets qui n'ont jamais bu la moindre goutte d'alcool de leur vie et ceux qui sont devenus abstinents suite à des problèmes de santé (dépendance ou autre).

Je ne suis pas un grand consommateur d'alcool. Il m'arrive régulièrement de ne pas en boire durant des semaines. Mais il y a aussi des périodes (fêtes, repas, etc.) où je réalise que je dépasse facilement mes limites personnelles qui, à mon âge et à mon poids actuels, se situent à peu près à deux verres de vin, je dirais. Autrement dit, comparé au reste de la population, il serait excessif de dire que je fais des abus, mais un troisième, voire quatrième verre de vin sur plusieurs heures, me rappelle assez vite les inconvénients de l'alcool : somnolence en pleine journée, sommeil perturbé, etc. Parfois, je sens que je peux même devenir un peu plus agressif si l'on me lance sur des sujets sensibles.

Pour la caféine, le problème est tout autre. Au contraire de l'alcool, je suis de plus en plus convaincu que le café est bon, voire excellent, pour la santé. Je tiens d'ailleurs à jour un "journal de santé" dans lequel je note quotidiennement un certain nombre d'informations, dont ma consommation de caféine. Je crois que je l'ai toujours su intuitivement, mais j'ai réalisé en début d'année, en le vérifiant formellement : je consomme de la caféine tous les jours, presque sans exception. Les jours où je n'en consomme pas, c'est parce que je suis malade. Je crois donc pouvoir dire sans trop exagérer qu'avant février 2022, j'ai dû consommer de la caféine quotidiennement ou presque depuis une vingtaine d'années en tout cas.

Et je réalise du coup que je ne me souviens plus lorsque j'ai commencé à boire du café. Durant mes études universitaires ? Probablement. Ce qui est certain, c'est que cette boisson fait complètement partie de ma vie et je voulais voir quelle emprise elle avait sur moi. 

Une motivation secondaire pour mon expérience a été le concept d'inconfort volontaire du stoïcisme (que je pratique aussi sous forme de douche froide, etc.). L'idée est de régulièrement se priver de quelque chose que l'on apprécie pour mieux résister aux aléas naturels de la vie.

Durant quatre semaines, je n'ai donc consommé ni café, ni thé, ni vin, ni bière. J'ai évité également les boissons ou nourritures pouvant contenir de la caféine, comme le kombucha ou le chocolat. Concernant ce dernier point, je dois avouer que, sur la fin, j'ai fait quelques (petites) exceptions...

Durant les premières semaines, je me suis aussi astreint à ne consommer ni café décaféiné ni bière sans alcool, pour mieux comprendre comment ces boissons interviennent dans ma vie en tant que rituels.

En dehors de cela, j'ai essayé de vivre comme auparavant, de faire la même quantité de sport, de dormir aux mêmes heures, etc.

La première semaine a été la plus difficile. J'ai été victime des symptômes de sevrage de la caféine les plus courants : maux de tête, fatigue, anxiété et symptômes dépressifs. Les maux de tête n'ont duré que deux jours. La fatigue a duré plus longtemps. Il m'est arrivé d'avoir envie de faire une sieste en début d'après-midi, ce qui ne m'arrive à peu près jamais sans avoir bu d'alcool. Les symptômes mentaux (anxiété et dépression) ont duré à peu près toute la première semaine. La deuxième semaine a été ensuite nettement plus facile à vivre.

Je ne vais pas m'étendre sur les explications biologiques de ces effets apparemment spectaculaires. Je préciserai juste que les symptômes ci-dessus ne sont pas juste "psychologiques". On n'a pas affaire à un simple effet nocebo. Pour ce qui est des maux de tête, cela est dû à l'effet vasoconstricteur de la caféine. Suite à un arrêt abrupt et complet, il y a donc une phase de rééquilibrage qui doit s'opérer et qui entraînent ces effets relativement intenses. Même chose pour les symptômes anxieux et dépressifs, comme la caféine a un effet sur certains neurotransmetteurs tels que la dopamine. J'imagine aisément que l'équilibre subtil entre tous les neurotransmetteurs étant perturbé, le corps met un moment à retrouver ses marques.

Je mentionnais plus haut l'idée du rituel et j'ai pu m'apercevoir à l'occasion de certains repas de famille à quel point l'alcool et la caféine faisaient partie de nos habitudes : vin blanc à l'apéritif, vin rouge durant le repas et café avec le dessert. C'est surtout le fait de voir les gens autour de moi boire du vin et du café qui a rendu l'exercice un peu plus difficile.

J'ai réalisé que j'étais aussi très attaché au rituel du café au quotidien. Avant de réintroduire le café décaféiné à la troisième semaine, j'ai consommé à la place des tisanes et de la chicorée. Question goût, ça n'est pas complètement mauvais, mais cela ne fait pas illusion. Ce qui ne fait pas non plus illusion, c'est le café décaféiné, que je consomme en général assez peu : le goût est différent, bien entendu, mais il est clair que mon corps est conditionné et "attend" un effet différent, une stimulation, qui n'arrive jamais. Quand on y prête vraiment attention, c'est assez déroutant.

Du côté des effets positifs, je me suis aperçu que je ne ressentais aucunement l'envie de somnoler, voire de faire une sieste, suite à nos repas familiaux. Boire du vin, c'est agréable, mais cela a aussi des conséquences dont on se passerait bien.

A la troisième semaine, je me suis également remis aux bières sans alcool (les bonnes, pas les industrielles) et je crois que je peux définitivement affirmer quelque chose que j'avais déjà remarqué l'année passée : je suis fan. Il y a de plus en plus de choix en matière de bières sans alcool et les meilleures, sans être aussi intéressantes que les bières avec alcool, permettent de passer un très bon moment.

Comme je l'ai écrit précédemment, mon premier café caféiné après quatre semaines d'interruption a eu un effet absolument spectaculaire sur mon bien-être, mon énergie et ma motivation. Il ne pouvait absolument pas s'agir d'un effet placebo. De ce point de vue, il me paraît évident que la caféine n'est pas une substance à prendre à la légère.

Malheureusement, cet effet intense a rapidement laissé la place à un effet beaucoup plus subtil. Difficile de ne pas se dire alors que, dès que l'on consomme du café, il devient obligatoire d'en consommer régulièrement, ne serait-ce que pour éviter les effets désagréables du sevrage. Par exemple, après son abstinence de trois mois, Michael Pollan a essayé de consommer du café uniquement une fois par semaine, au début, mais il a rapidement laissé tomber, tellement ce rythme était difficile à tenir.

Il m'est d'ailleurs arrivé de parler de mon expérience avec des gens qui me disent pouvoir s'arrêter de consommer du café sans aucun problème. Cela me laisse un peu dubitatif. Parviennent-elles réellement à s'abstenir durant plusieurs jours (voire plus) ou pensent-elles juste l'avoir déjà fait ? Sommes-nous inégaux face à la caféine ?

Ce qui est certain est que j'ai la variante AC du SNP rs762551 dans mon génome, ce qui signifie que je métabolise la caféine moyennement lentement. Si je comprends bien, seule une minorité de la population (une personne sur quatre ou cinq ?) possède la variante AA et métabolise la caféine rapidement. Ces personnes sont-elles moins sensibles aux effets perceptibles de la caféine ?

Si je reviens à mon ressenti personnel, il est clair pour moi que mon bien-être subjectif a été clairement réduit durant mes quatre semaines d'abstinence. Si j'en crois mon journal de santé, mon anxiété et mon humeur ont tous les deux chuté de 0.1 à 0.2 point (sur une échelle sans unité allant de 0 à 4) durant ma période d'abstinence. Autrement dit, elles étaient toutes les deux supérieures avant et après.

Durant la même période, la qualité subjective de mon sommeil et la fatigue ressentie durant la journée ont chuté de 0.2 à 0.4 point.

Paradoxalement, si mon Apple Watch a mesuré une chute de la durée de mon sommeil de 12 minutes par nuit, elle a aussi continué à constater une baisse après la fin de la période d'abstinence. Sur ce point, sachant que le tracking du sommeil est particulièrement approximatif sur l'Apple Watch, je préfère m'en référer à mon ressenti subjectif durant la journée, à défaut de mieux.

Anecdotiquement, mes acouphènes ont été légèrement pires (0.1 point), mais j'imagine qu'il y a un lien avec la fatigue.

Mon rythme cardiaque au repos (resting heart rate) est resté à peu près stable avant (59.1 BPM), pendant (59.7 BPM) et après (58.0 BPM).

Ma variabilité de la fréquence cardiaque (heart rate variability) varie elle-même beaucoup d'une semaine à l'autre, donc je ne suis pas sûr que les valeurs observées me disent quoi que ce soit. Il y a toutefois eu une augmentation (un changement bénéfique, donc) entre avant (61.6 ms), pendant (82.5 ms) et après (53.8 ms). Selon les quelques études que j'ai pu trouver, la caféine ne devrait toutefois pas influencer négativement (donc faire baisser) la variabilité de la fréquence cardiaque. C'est un point qu'il vaudrait peut-être la peine de suivre d'un peu plus près.

Mon poids n'a pas changé, à quelques centaines de grammes près.

Mon nombre de calories actives (calories dépensées en mouvement, activité physique, etc.) est resté stable avant et pendant, mais a chuté d'environ 20 kcal après. Je ne sais pas à quel point cela est significatif.

Quant au taux d'oxygène dans le sang, VO2 max et rythme respiratoire, je ne pense pas que l'Apple Watch mesure ces valeurs suffisamment précisément pour que cela vaille la peine de les examiner.

Dans tous les cas, il ne s'agit d'un test que sur une seule personne (N=1), sans groupe de contrôle et sans placebo. Les conclusions que je tire de mon expérience sont relativement limitées.

Toutefois, et cela rejoint les conclusions de Michael Pollan, je conclus tout de même que je préfère vivre en consommant régulièrement de la caféine, pour le bien-être qu'elle me procure. Si l'on ajoute à la balance que le thé vert et le café sont globalement bons pour la santé, je ne vois du coup pas l'intérêt de s'en priver, à part pour des raisons éthiques et écologiques (ce qui n'est certes pas négligeable).

Ce que j'ai changé depuis quelques semaines, c'est que je ne consomme plus de caféine dès midi, à l'exception des quelques milligrammes contenus dans les cafés décaféinés. Auparavant, j'arrêtais d'en consommer vers 15h, sans toujours respecter strictement cette limite (thé vers 17h, par exemple). Sur ce point, c'est essentiellement Matthew Walker (auteur du livre Why We Sleep) qui m'a fait changer d'avis. Ce changement me semble  pour l'instant sain et parfaitement supportable.

Du côté de l'alcool, l'expérience m'a un peu moins apporté. Je savais déjà que j'étais capable de m'en passer durant des semaines, sans que je ressente de manque. Ce qui a changé, c'est que j'essaie désormais d'éviter un peu plus systématiquement une consommation tard dans la journée, à cause de l'impact négatif de l'alcool sur le sommeil (profond, en particulier). Je ne suis pas encore prêt à m'abstenir totalement : l'alcool, à dose modérée, a un certain rôle de "lubrifiant social".


Tuesday, March 8, 2022

Premier café après un mois

Hier matin, j'ai bu mon premier café depuis un mois. J'écrirai plus longuement sur mes semaines d'abstinence, mais je voulais me concentrer un peu plus sur cette journée d'hier, car l'expérience a largement dépassé mes attentes : je m'attendais à ressentir un effet notable, mais pas à ce point-là. 

Durant plusieurs heures, j'ai très clairement ressenti un niveau d'énergie, de motivation et de bien-être supérieur à la normale. Que ce soit durant mes activités physiques (sport du matin) ou intellectuelles (travail), j'avais l'impression d'être tiré vers l'avant ; j'avais naturellement envie d'enchaîner les choses, sans que ce soit un effort. Par rapport aux semaines précédentes, c'était comme si un voile s'était levé.

Le phénomène était à la fois subtil (je n'étais pas agité ou incapable de me contenir), mais trop évident pour qu'il s'agisse d'un effet placebo.

Sans vraiment que ce soit calculé, mon premier café s'est avéré être un lungo, qui contient plus de caféine qu'un espresso. Il se trouve que j'avais aussi décidé de très peu manger le matin, comme je faisais du sport, ce qui a potentiellement accéléré la métabolisation de la caféine. Ce sont deux éléments qui expliquent peut-être l'effet particulièrement important que j'ai ressenti hier.

Je ne m'attends pas à ce que mes cafés de ces prochains jours aient le même impact, mais je suis curieux de voir si je peux trouver un rythme un peu plus sain qu'auparavant et me permettant de maximiser l'effet psychoactif de la caféine sur la durée (i.e. de réduire l'accoutumance). Pour le moment, il me semble qu'un café 30-60 minutes après m'être levé et un second café en fin de matinée pourrait être un bon protocole. On est loin des 5-6 cafés quotidiens que je pouvais boire il y a 5-10 ans !

Mise à jour (9 mars 2022). J'étais passé à côté du fait que Michael Pollan avait publié un livre à propos de la caféine, de son histoire et de son impact sur l'humanité. Il parle avec Joe Rogan de son expérience sans café et de sa première tasse de café après trois mois d'abstinence, qu'il compare - et cela ne m'étonne pas trop - avec l'effet de la cocaïne.

Tuesday, February 22, 2022

Point méditation : 2022

Depuis mon dernier point en 2020,  j'ai continué à méditer de plus en plus régulièrement : 338 fois en 2020 et 364 fois en 2021. Oui, 364 fois, pas 365 fois. J'ai oublié de le faire un soir. J'avais probablement prévu de méditer juste avant d'aller dormir, puis ai oublié de le faire. Depuis, j'essaie d'éviter de méditer juste avant d'aller au lit. Le contexte n'est de toute façon pas optimal, la fatigue rendant la concentration plus difficile.

Même si je médite désormais tous les jours, mon but reste en réalité de méditer "plus ou moins tous les jours" : dailyish, comme l'explique Oliver Burkeman. C'est juste qu'en pratique, j'aime prendre le temps de m'arrêter de faire ce que je suis en train de faire, m'assoir et me concentrer sur ma respiration, mon corps ou une voix. Cela me fait du bien. Donc je me retrouve à le faire tous les jours, sans vraiment que ce soit un véritable effort. Il m'est également déjà arrivé en 2022 de méditer plusieurs fois un même jour.

Le but, ces dernières années, était d'intégrer un peu plus la méditation à ma vie de tous les jours. Avec un enfant en bas âge, c'est important. J'en suis donc arrivé à varier la durée de mes sessions, ainsi que leur contenu, plutôt que m'astreindre à une durée et une technique fixes. En moyenne, ces deux dernières années, je médite un peu moins de dix minutes par session.

Quant au contenu, il m'arrive très souvent de méditer juste avec un timer. Le reste du temps, j'utilise toujours l'application Waking Up de Sam Harris, mais en suivant des séries de sessions, plutôt que la méditation du jour de Sam : Effortless Mindfulness (Loch Kelly), Consolations et Contemplative Action (David Whyte), The Spectrum of Awareness (Diana Winston), The Stoic Path (William B. Irvine) et The Koan Way (Henry Shukman).

Certaines de ces sessions sont des méditations guidées au sens où on l'entend généralement. D'autres sont plus des sortes de cours (par exemple celui sur le stoïcisme) ou des essais à consonances poétiques (David Whyte). J'ai donc appris que la méditation n'était pas forcément ce à quoi on peut s'attendre : être pleinement conscient d'une personne qui parle est déjà un exercice de méditation, quoique l'on parlera peut-être plus de mindfulness dans ce cas.

Sam rapporte d'ailleurs que certaines personnes se plaignent qu'il parle trop durant ses sessions. Il explique donc régulièrement que c'est voulu. Méditer, c'est s'entraîner à être pleinement conscient quoi qu'il arrive. Idéalement, on essaiera d'être bien assis, dans un endroit calme, mais il devrait être aussi possible de le faire en étant mal installé (mon cours vipassana insistait bien sur ce point !), dans un endroit bruyant. Ou, en l'occurrence, en présence d'une personne qui parle en continu.

Enfin, quant à l'utilité de la méditation, ces deux dernières années ont coïncidé avec les 2 et 3 ans de mon fils, donc avec une période de crises assez violentes. Difficile de savoir comment j'aurais vécu cette période sans méditation, mais j'ai l'impression que s'entraîner quotidiennement à accepter ses émotions (positives ou négatives) aide à rester plus patient face à un être qui, lui, est complètement débordé par ses émotions négatives (colère, frustration, tristesse, etc.).

De ce point de vue, je considère la méditation comme un outil très utile pour apprendre à mieux se connaître et donc, au final, à mieux vivre.

Monday, June 14, 2021

Faire des Zoom en marchant

J'ai toujours cherché à intégrer l'exercice physique dans mon quotidien, avec plus ou moins de bonheur.

Il y a 15-20 ans, j'essayais d'aller au fitness régulièrement. Je pouvais me le permettre : célibataire, je pouvais quitter le travail le soir et passer plusieurs heures à m'entraîner. Une fois en couple, il m'a été un peu plus difficile de maintenir ce rythme.

Il y a une dizaine d'année, j'ai donc acheté un crosstrainer, me permettant de m'entraîner à la maison. C'est l'un des meilleurs achats de ma vie : je m'en sers encore régulièrement aujourd'hui.

Il y a quelques années, j'ai recommencé à faire des exercices de musculation : pompes, planches, puis squats et autres. Nouvel avantage : ces exercices ne nécessitent quasiment aucun matériel et peuvent donc être pratiqués n'importe où.

L'automne passé, je me suis mis à la course à pied. Il faut un peu de matériel (au moins des chaussures adaptées) et, à moins d'être très motivé, une météo favorable, mais, à nouveau, c'est un exercice assez spontané, surtout en ces temps de pandémie, avec le travail à domicile qui permet une plus grande souplesse quant à l'organisation des journées de travail.

En début d'année, j'ai acheté une Apple Watch. Durant plus de cinq ans, je n'ai jamais vu l'intérêt des smartwatches, car j'essayais de leur trouver une utilité en dehors, justement, du suivi de l'activité physique. Or, c'est là qu'elles excellent. Je n'ai jamais autant bougé depuis plusieurs mois. Et, surtout, je n'ai jamais autant marché, le soir, de nuit, parfois sous la neige ou sous la pluie. Le concept, relativement simple, des trois anneaux "Bouger" (Move), "M’entraîner" (Exercise) et "Me lever" (Stand) force à trouver des stratégies pour intégrer l'exercice physique au quotidien.

Je prends du coup conscience que, malgré tous mes efforts depuis vingt ans bientôt, j'ai toujours de la peine à bouger tout au long de mes journées et de mes semaines. J'ai encore trop tendance à voir le sport comme une activité à part, pour laquelle il faut se préparer, réserver du temps, etc. Je me rends compte maintenant que cela m'a mené à certains blocages psychologiques.

Il y a aussi eu une petite blessure au genou, l'automne passé, suite à laquelle j'ai fait neuf sessions de physiothérapie, qui m'ont vraiment beaucoup aidé : à regagner une certaine confiance en moi, tout d'abord, sans laquelle j'aurais plutôt eu tendance à rester immobile, et à me familiariser ensuite avec toute une série d'exercices pour entraîner et muscler mes jambes, exercices que je continue à pratiquer au quotidien, profitant de pauses que je fais durant le travail.

La pandémie et le travail à domicile ont d'ailleurs remis en question mon lien à mon activité professionnelle. Ne plus avoir à sortir de chez soi pour aller travailler, d'un côté, c'est moins bouger, moins marcher. D'un autre côté, c'est aussi plus de temps à disposition dans la journée.

Il y a quelques temps, j'ai commencé à réfléchir à comment je pouvais bouger plus spécifiquement dans le contexte de mon travail. Ma première idée a été celle d'un bureau surélevé et d'un tapis roulant, mais cela exige pas mal de matériel (et je ne suis pas sûr que les tapis roulants d'entrée de gamme soient de très bonne qualité).

Ma deuxième idée à été de me promener lors de certains Zoom, en particulier ceux qui n'exigent pas que j'aie accès à mon laptop. C'est ainsi que j'ai commencé à faire les points hebdomadaires avec mon équipe en marchant dehors, durant une heure ou plus. Nous faisons parfois des points plus spécifiques avec certaines personnes suite au Zoom principal. Il m'est donc arrivé de parcourir jusqu'à dix kilomètres en à peu près deux heures !

Pour mes meetings hebdomadaires, je prépare un document Google Docs avec les points que je vais aborder. Je peux ensuite facilement le consulter sur mon smartphone. C'est de toute façon quelque chose que je faisais déjà avant. Je capture certaines idées/tâches via mon processus GTD habituel : à l'heure actuelle, j'envoie simplement ces tâches dans mon inbox Omnifocus via l'app Note to Self. Il est rare que j'aie besoin de faire autre chose. S'il me manque une information, je peux la chercher et la donner un peu plus tard.

Le bilan est pour l'instant positif. Je n'ai pas de problème pour me concentrer. Au contraire, marcher semble stimuler l'activité intellectuelle, comme je m'en suis déjà souvent rendu compte lors de mes randonnées. Je me sens également bien mieux le reste de la journée.

Du côté des points négatifs, je dois souvent couper le son lorsque je ne parle pas pour ne pas gêner les autres avec mon éventuelle respiration un peu plus forte ou lorsque je passe dans des endroits plus bruyants. Lorsque je parle, je dois donc ralentir un peu mon rythme de marche. C'est tout un équilibre à acquérir. Rien de sorcier, toutefois. Pour des raisons pratiques, je coupe la caméra de mon côté. L'expérience est donc peut-être un peu moins conviviale, mais nous avons d'autres occasions de nous voir. Enfin, je me demande si l'expérience sera toujours aussi agréable lors du retour des grandes chaleurs.

Reste à voir si c'est une habitude qui durera, comme a duré celle du crosstrainer. L'avenir me le dira.

Wednesday, May 5, 2021

The Softy


Selon mes notes personnelles, j'ai consommé mon premier fromage végétal à base de noix de cajou fermentées en janvier 2016. Il s'agissait d'un produit importé d'Allemagne (Happy Cheeze).

Je me souviens avoir appris l'existence de ce type de fromages végétaux plusieurs années auparavant, probablement via un reportage/documentaire à propos d'une "fromagerie végétale" aux Etats-Unis. Je trouvais cela passionnant et avais hâte que ce type de produits arrivent en Europe.

Au final, je ne sais pas si les fromages végétaux spécifiquement fabriqués à partir de noix de cajou fermentées sont apparus d'abord aux Etats-Unis, en Europe ou ailleurs. Ce qui est certain, c'est que depuis mes premiers achats, l'offre a vraiment explosé.

Il y a quelques semaines, un cap symbolique a été franchi. Migros, l'une des plus grandes chaînes de distribution suisses, offre son propre fromage à base de noix de cajou : The Softy ("une alternative végane au camembert").

Cela peut paraître anodin, mais je commande la plupart de mes produits végans dans des magasins spécialisés. Alors, certes, ces magasins ont toujours une offre bien plus large et intéressante que les grands distributeurs, mais je suis vraiment content (et impressionné) d'assister à une telle démocratisation.

Thursday, December 17, 2020

La méditation rétrospective

J'écris un journal intime, sous une forme ou sous une autre, depuis 27 ans maintenant. Il y a deux ans, je me suis mis à relire, chaque jour, ce que j'y ai écrit il y a dix et vingt ans. C'est un exercice qui fait maintenant partie de mon rituel quotidien. Ce que je lis est parfois drôle (certains rêves absurdes que je décris en détails, par exemple). Souvent, c'est la routine du quotidien qui ressort. Enfin, d'autres fois, je me surprends à réaliser que j'ai totalement oublié certains épisodes entiers de mon existence.

J'ai toujours eu un certain intérêt pour le passé. Pour mon passé, en fait. J'ai des phases de forte nostalgie. Pas trop souvent, mais cela m'arrive encore de temps en temps et je tends à penser que cet attrait pour des choses qui se sont passées il y a longtemps n'est pas toujours sain. Je me dis par exemple que le temps que je passe à penser à moi-même, je ne le consacre pas aux autres. Ni à des activités plus créatives/constructives.

Il y a cependant une facette plus positive de cette pratique et je l'ai réalisé en lisant l'article "Retroactive Mindfulness" de Daniel Miessler, qui se demande : est-il possible d'être en état de pleine conscience (mindfulness, en anglais) par rapport au passé ?

Quand on parle de méditation, on pense souvent au moment présent, à la qualité de l'attention que l'on porte à ce qui se passe en nous et autour de nous. De même, dans le stoïcisme, il y a aussi cet accent sur la qualité de l'instant présent. Il s'agit d'apprendre à réagir le mieux possible face aux aléas de notre existence.

S'il y a dans le stoïcisme un regard naturel tourné vers le passé (apprendre de ses erreurs) ou vers des futurs potentiels (visualisation négative, etc.), cette attitude n'est pas aussi explicite dans la méditation. Je rejoins toutefois Daniel Miessler sur l'idée qu'il est possible de porter son attention sur le passé même dans un contexte méditatif :
"I wonder if we can replay our past as memories, and attempt to be mindful of both the stimuli and the sensations they caused. As observers. Not judges. Not victims. Not victors. Not someone enjoying fond or bitter memories. But as someone being present for the moment this time—as we weren’t the first time."
Et je réalise du coup que c'est un peu ce que je faisais ces deux dernières années, sans vraiment le réaliser, en relisant mon journal : contempler ce que j'ai déjà vécu, avec de la distance, mais aussi avec curiosité, une curiosité que je n'avais peut-être pas eue à l'époque. Dans un contexte psychothérapeutique, on parlerait peut-être d'une phase d'intégration des expériences (voire des traumas, dans certains cas).

Comme le propose Alain de Botton dans sa vidéo "How to Travel in your Mind", il est également possible de revivre des expériences passées (voyages, etc.) par la pensée rien que pour le plaisir. C'est un exercice relativement subtil, différent d'un simple accès de nostalgie, et que nous n'avons pas l'habitude de faire.

Ces approches sont à pratiquer avec modération, bien entendu, mais il me semble qu'il y a là quelque chose à creuser. La vie est courte. Pourquoi se contenter uniquement de ce qui se passe dans le présent ?

Saturday, June 27, 2020

A Guide to the Good Life: my notes

The following are my notes for the "A Guide to the Good Life: The Ancient Art of Stoic Joy" book.

Main points
  • tranquility ↔ virtue
  • art of living
  • contemplate bad things to: prevent them from happening, lessen their impact when they happen, prevent boredom
  • learn how to want the things we already have
  • negative visualizations : wife, job, theft, house burnt down, gone blind, death of other persons, own death
  • enjoy what we have without clinging to it = every time we do something could be the last time we do it
  • trichotomy of control : there are things over which we have complete control, things over which we have no control at all, and things over which we have some but not complete control
  • internal goals instead of external goals
  • we should periodically cause ourselves to experience discomfort that we could easily have avoided ⇒ voluntary discomfort (vaccine) ⇒ we might periodically allow ourselves to become thirsty or hungry
  • insults ⇒ respond with humor (including self-deprecating humor)
  • evolution favored goals to maximize our chances to reproduce, not to maximize our happiness ⇒ it favored social status, more of anything we already have, etc.
Among their recommendations were the following
  • "We should become self-aware: We should observe ourselves as we go about our daily business, and we should periodically reflect on how we responded to the day’s events. How did we respond to an insult? To the loss of a possession? To a stressful situation? Did we, in our responses, put Stoic psychological strategies to work?"
  • "We should use our reasoning ability to overcome negative emotions. We should also use our reasoning ability to master our desires, to the extent that it is possible to do so. In particular, we should use reason to convince ourselves that things such as fame and fortune aren’t worth having—not, at any rate, if what we seek is tranquility—and therefore aren’t worth pursuing. Likewise, we should use our reasoning ability to convince ourselves that even though certain activities are pleasurable, engaging in those activities will disrupt our tranquility, and the tranquility lost will outweigh the pleasure gained."
  • "If, despite not having pursued wealth, we find ourselves wealthy, we should enjoy our affluence; it was the Cynics, not the Stoics, who advocated asceticism. But although we should enjoy wealth, we should not cling to it; indeed, even as we enjoy it, we should contemplate its loss."
  • "We are social creatures; we will be miserable if we try to cut off contact with other people. Therefore, if what we seek is tranquility, we should form and maintain relations with others. In doing so, though, we should be careful about whom we befriend. We should also, to the extent possible, avoid people whose values are corrupt, for fear that their values will contaminate ours."
  • "Other people are invariably annoying, though, so if we maintain relations with them, they will periodically upset our tranquility—if we let them. The Stoics spent a considerable amount of time devising techniques for taking the pain out of our relationships with other people. In particular, they came up with techniques for dealing with the insults of others and preventing them from angering us."
  • "The Stoics pointed to two principal sources of human unhappiness—our insatiability and our tendency to worry about things beyond our control—and they developed techniques for removing these sources of unhappiness from our life."
  • "To conquer our insatiability, the Stoics advise us to engage in negative visualization. We should contemplate the impermanence of all things. We should imagine ourselves losing the things we most value, including possessions and loved ones. We should also imagine the loss of our own life. If we do this, we will come to appreciate the things we now have, and because we appreciate them, we will be less likely to form desires for other things. And besides simply imagining that things could be worse than they are, we should sometimes cause things to be worse than they would otherwise be; Seneca advises us to “practice poverty,” and Musonius advises us voluntarily to forgo opportunities for pleasure and comfort."
  • "To curb our tendency to worry about things beyond our control, the Stoics advise us to perform a kind of triage with respect to the elements of our life and sort them into those we have no control over, those we have complete control over, and those we have some but not complete control over. Having done this, we should not bother about things over which we have no control. Instead, we should spend some of our time dealing with things over which we have complete control, such as our goals and values, and spend most of our time dealing with things over which we have some but not complete control. If we do this, we will avoid experiencing much needless anxiety."
  • "When we spend time dealing with things over which we have some but not complete control, we should be careful to internalize our goals. My goal in playing tennis, for example, should be not to win the match but to play the best match possible."
  • We should be fatalistic with respect to the external world: We should realize that what has happened to us in the past and what is happening to us at this very moment are beyond our control, so it is foolish to get upset about these things.
Practice
  • "At spare moments in the day, make it a point to contemplate the loss of whatever you value in life."
  • "After mastering negative visualization, a novice Stoic should move on to become proficient in applying the trichotomy of control."
  • "As a Stoic novice, you will want, as part of becoming proficient in applying the trichotomy of control, to practice internalizing your goals."
  • "In your practice of Stoicism, you will also want, in conjunction with applying the trichotomy of control, to become a psychological fatalist about the past and the present—but not about the future."
  • "Self-deprecating humor has become my standard response to insults. When someone criticizes me, I reply that matters are even worse than he is suggesting."
  • "I have experimented with a program of voluntary discomfort. I have not attempted to go barefoot, as Musonius suggested, but I have tried less radical behavior, such as under-dressing for winter weather, not heating my car in the winter, and not air conditioning it in the summer."

Sunday, May 3, 2020

COVID-19 : le point après sept semaines de semi-confinement

Nous sommes en semi-confinement et, donc, en travail à domicile depuis le 16 marsLe passage du temps, c'est quelque chose d'étrange. Pour les heures, c'est naturel, surtout lorsqu'il fait beau, comme toutes ces dernières semaines : il est possible de savoir à peu près l'heure qu'il est rien qu'en regardant la position du soleil et la couleur du ciel. Pour ce qui est des jours de la semaine, on se rend vite compte que c'est une abstraction complète, une convention. Le fait d'être toujours chez soi, de pouvoir travailler lorsque cela nous arrange rend cela évident.

Notre sommeil, étonnamment, est devenu très réglé : nous allons au lit vers 23h. Je lis 20-30 minutes. Mon alarme est réglée sur 8h00. Je me lève souvent à cette heure-là. Parfois, mais peu souvent, notre fils nous réveille un peu avant. En temps normal, nous nous alignons toujours sur les horaires de ma femme, qui est enseignante. Nous nous levons donc parfois à 6h30, parfois à 7h, parfois à 7h30. Je préfère la régularité. C'est plus agréable.

Il y a un parallèle à faire avec ma retraite méditative de 2018 : le fait d'être dans un même lieu, de pouvoir se promener dehors mais sans jamais beaucoup s'éloigner, de se réveiller toujours à la même heure, de perdre la notion du temps (du jour de la semaine, surtout), etc.

Côté hygiène, j'ai maintenu la plupart des mes habitudes (douche quotidienne, rasage, crème de jour/nuit), tout en en diminuant certaines (déodorant ou parfum). J'ai finalement réussi à méditer régulièrement malgré une certaine augmentation de mon anxiété. Après quelques semaines, j'ai également réussi à retrouver un certain rythme avec le sport. Je note à ce sujet que le vélo elliptique que j'utilise encore actuellement a été acheté en avril 2010. Le moins qu'on puisse dire, c'est que cet achat a été utile ! Après quelques temps, j'ai aussi recommencé à écouter plus de podcasts. Mes nouveaux AirPods Pro y sont définitivement pour quelque chose. Très pratiques.

Nos achats alimentaires sont toujours un peu plus compliqués qu'avant le semi-confinement. Sur LeShop, il y a eu durant plusieurs semaines un délai de trois semaines pour pouvoir passer commande. Pas très facile de savoir ce dont on va avoir besoin dans 3-4 semaines ! Nous avons tout de même passé plusieurs commandes à une semaine d'intervalle, une fois que nous avons compris qu'il fallait attendre minuit pour avoir un nouveau créneau de livraison... Pour compléter nos courses forcément incomplètes, je suis retourné plusieurs fois dans un supermarché. C'est toujours désagréable. Et je vous jure que je ne veux pas m'acharner, mais le boucher que j'avais vu la première fois se mettre les doigts à la bouche pour séparer des feuilles plastifiées, je l'ai vu cette fois-ci tousser derrière son comptoir sans rien mettre devant sa bouche. Une vraie caricature de ce qu'il ne faut pas faire...

Globalement, je trouve que LeShop a assez mal géré la situation. Comparativement, un autre magasin en ligne que j'utilise beaucoup pour les produits végans, Fabulous, a été beaucoup plus efficace : face à l'augmentation des commandes, ils ont tout simplement empêché la création de nouveaux comptes pour favoriser les clients existants. Récompenser la fidélité : c'est une décision très appréciée de ma part.

En dehors de ces sorties pour les courses, le semi-confinement a mis en évidence à quel point je passe déjà une grande partie de mon temps chez moi ou au travail. Je suis casanier, pour dire les choses autrement. Malgré tout, certaines choses me manquent beaucoup : les week-ends en Valais, les dernières sorties à ski de la saison, les rencontres avec nos parents (donc les grands-parents de notre fils), les sorties au restaurant, avec les amis/collègues, etc. Je réalise toutefois que je devrais sortir plus. Être plus en contact avec la nature.

J'ai tenté plusieurs fois d'écrire un article sur le fait d'être père. C'est difficile. Plusieurs brouillons sont partis à la poubelle. Alors je vais le dire ici, en résumé et sans détour : j'aime mon fils plus que tout au monde, mais le fait de devoir le garder seul (sans ma femme) 2-3 jours par semaine, en plus de la garde commune le week-end, c'est trop. Ce serait le sujet d'un article entier : mon hypothèse est que les gens sont plus ou moins faits pour être sereins avec le fait d'être parents. Et je suis plutôt du côté des gens qui, au-delà d'une limite relativement basse (je suis toujours convaincu que c'était une excellente idée de travailler un jour de moins pour m'occuper de mon fils), trouvent cela ennuyeux et frustrant. C'est un sentiment ambigu : un enfant, c'est à la fois une chose fantastique et qui vous donne envie de tordre des cous, régulièrement. Il ne peut être réduit ni à l'un ni à l'autre.

J'ai d'ailleurs été rassuré par le fait que le phénomène est aussi présent chez ma femme, prouvant du coup que je ne suis pas un monstre complet : les jours où elle travaille à domicile et où je m'occupe de notre fils, j'ai remarqué une bonne humeur plus grande chez elle. Elle m'a expliqué que c'est parce qu'elle aime ce qu'elle fait, mais aussi parce qu'il y a une certaine pénibilité dans le fait de garder notre fils le lundi et le mardi lorsque je travaille, après l'avoir gardé ensemble le week-end, par exemple.

Le déconfinement progressif, qui est en cours depuis le 27 avril en Suisse, pose d'ailleurs le problème de la garde de notre fils. Ma femme, enseignante, va devoir retourner à l'école. Notre crèche rouvre le 4 mai, mais avec une capacité limitée et notre fils ne pourra pas être accueilli. Nous ne savons pas combien de temps la situation va durer. La garde par nos parents est pour l'instant hors de question, sans plus d'assurance (des études sérieuses ?) que cela peut être fait sans danger. Bref, c'est une source de stress et nous ne savons pas combien de semaines ou de mois nous allons devoir attendre avant de retrouver une situation plus ou moins normale de ce point de vue.

Notre femme de ménage vient chez nous chaque deux semaines (via Batmaid). En mars, nous avions un peu machinalement annulé ses ménages. Après réflexion, nous avons fait à nouveau appel à ses services. Cela a un intérêt pour elle (salaire), mais également pour nous (le ménage est fait dans notre appartement à un moment où nous y passons quasiment tout notre temps).

D'un point de vue météorologique, nous avons eu de la chance : durant plusieurs semaines, il a fait beau et relativement chaud. Nous avons donc pu profiter de notre balcon pour les repas. C'est très appréciable. Mais l'anxiété chez les gens comme moi revient facilement : qui dit beau temps continu durant des semaines dit sécheresse... Celle-ci a désormais laissé la place à la pluie, heureusement (et malheureusement pour les apéros sur le balcon).

Ah, cette fameuse anxiété... Cela fait des années que j'essaie de la dompter. J'en profite d'ailleurs pour mentionner le site Examine, qui résume les résultats de la recherche concernant les compléments alimentaires, la phytothérapie, la nutrition, etc. Elle met en avant les études de qualité (double aveugle, études sur les humains par opposition aux études in vitro ou sur les animaux, etc.). Spoiler alert : la plupart des compléments n'ont que peu d'effets sur la santé (lorsqu'ils en ont), mais il y en a tout de même quelques-uns qui valent la peine d'être essayés. Je développerai peut-être plus dans un autre article.

Comme je le disais il y a quelques semaines, il y a l'anxiété par rapport au coronavirus, à la santé de nos proches, à l'économie en général, à la difficulté de concilier travail à domicile et garde d'un enfant en bas âge, mais il y a aussi cette désagréable impression que certains en profitent. Soyons clair : cela ne concerne personne dans mon entourage immédiat et personne avec qui j'en aie parlé ; mais je suspecte que certaines personnes profitent par exemple du travail à domicile pour travailler moins, sans raison valable (garde d'enfants ou proches malades, etc.). Il y a aussi les entrepreneurs ayant fait des demandes d'aide financière sans que cela ne se justifie. Bref, j'ai dû prendre du recul par rapport à tout cela aussi.

À propos de travail à distance : j'ai écouté l'épisode du podcast de Sam Harris avec Matt Mullenweg (l'un des auteurs de Wordpress). Très intéressant. Cela me rend peut-être un peu plus optimiste par rapport au futur du travail, mais les obstacles culturels et psychologiques sont encore nombreux. Je discutais encore il y a quelques jours avec l'une de mes collègues qui a une expérience très négative par rapport au semi-confinement et au travail à domicile. Selon elle, elle n'est de loin pas la seule à avoir ce ressenti. De manière humoristique, elle me racontait qu'une fois le travail à domicile obligatoire terminé, il ne fallait plus jamais lui parler de Zoom... Je suis certain que de nombreuses personnes ont aussi cette perspective par rapport à l'enseignement à distance. En définitive, entre les personnes ayant une expérience positive et celles ayant eu une expérience négative, je ne sais pas quelle sera la tendance générale. Affaire à suivre...

Que dire encore sur le sujet ? On pourrait parler de l'interprétation antispéciste de la situation (les pangolins, les chauves-souris, etc.). Dans un des derniers épisodes de son podcast, Sam Harris parle brièvement des marchés d'animaux vivants en Chine et n'hésite pas à utiliser le terme "bioterrorisme". Je laisserai le dernier mot sur le sujet à Insolente Veggie : 100 % de mes arguments pro-vegan après le covid-19.

Des journalistes de la RTS demandaient récemment aux auditeurs ce qu'ils retiendront de la crise. L'une des premières choses qui m'est venue à l'esprit est la pollution sonore. Habitant à côté d'une route, le bruit routier est quelque chose qui m'insupporte (et tout particulièrement le bruit provoqué par les motos et autres véhicules inutilement bruyants). On en parle de plus en plus dans les médias. C'est un problème de santé publique. La route n'est pas le seul problème : le trafic ferroviaire et aérien, les appartements mal insonorisés, les chantiers, etc. ; les sources sonores problématiques sont nombreuses. Or, la crise actuelle a permis aux gens de goûter à un peu moins de bruit, tout du moins à l'extérieur, menant même certaines personnes à se demander si les oiseaux chantaient plus fort durant cette période... Je fais le pari que dans quelques dizaines d'années au maximum, la société considérera le bruit comme elle considère aujourd'hui la fumée passive.

Malgré le déconfinement progressif, les prochains mois resteront particuliers : le travail à domicile continue pour moi jusqu'à nouvel avis, les festivals de cet été sont annulés, nos vacances sont chamboulées, etc. Il va falloir être patient.

Wednesday, April 22, 2020

Partager ses voyages

Il y a quelques mois, ma femme et moi avons essayé de trouver des podcasts à écouter ensemble, pour éviter le réflexe un peu paresseux de juste allumer la radio, lors de nos voyages un peu plus longs en voiture.

L'un des podcasts proposés par ma femme, Tribu, est en réalité une émission de la RTS. On reste dans le domaine de la radio, donc, mais la frontière avec le monde du podcast est de toute façon très fine. Au moins, on sort du réflexe du direct que je mentionnais.

Fin février, nous avons écouté un épisode intitulé "Ennuyer les autres en racontant ses voyages". Rien que son titre m'a fait sourire. Tribu n'est toutefois pas une émission humoristique et c'est son intérêt : traiter de sujets parfois légers, mais avec un certain sérieux.

Je pense que nous avons tous vécu cet ennui un jour ou l'autre : celui d'écouter une personne raconter ses vacances, peut-être même pour la deuxième ou troisième fois en présence d'autres personnes, peut-être en nous montrant des photos sur son téléphone.

Inversement, nous avons probablement tous été coupables, à l'occasion, d'ennuyer les autres avec un récit un peu trop long ou un peu trop détaillé de nos dernières vacances. C'est presque un passage obligé.

Au travail, il est même difficile d'échapper à cette question des collègues au retour des vacances : "Alors, ton voyage à X, c'était comment ?" On peut faire court. On peut se concentrer sur une anecdote. On peut en parler durant toute une semaine. Mais il faut dans tous les cas essayer d'être enthousiaste, d'être intéressant, de ne pas perdre son public.

Et ça n'est pas donné à tout le monde d'être intéressant. Que ce soit pour les récits de voyage ou pour tout autre exposé, d'ailleurs. J'ai toujours été impressionné par les gens qui donnent l'impression de pouvoir bien parler de tout. En écrivant cela, je pense instantanément à quelqu'un que j'ai rencontré en ligne il y a presque vingt ans et qui est capable d'écrire de longs paragraphes passionnés autant sur Led Zeppelin que sur Miles Davis. J'ai toujours beaucoup aimé le lire. Parler de la musique : il s'agit d'un autre exercice compliqué.

Il s'agit de noter que captiver les personnes qui vous écoutent, ça n'est pas la même chose que parler beaucoup. Ou peu, d'ailleurs. Rien à voir avec le débit de parole, avec la quantité de mots. Il s'agit d'autre chose. Je suis quelqu'un de réservé, mais je peux facilement imaginer que certaines personnes loquaces le sont simplement parce qu'elles aiment bien s'entendre parler, pas parce qu'elles fascinent les foules.

Il suffit du reste d'écouter un couple raconter un voyage pour réaliser qu'il se le raconte aussi (principalement ?) à lui-même. Raconter quelque chose que l'on a vécu, c'est une manière de le revivre. Rien de mal à cela. Ça peut rester très divertissant à observer.

Autre phénomène lié : il y a encore pas si longtemps, on envoyait des cartes postales. C'était un moyen de dire qu'on pensait à l'autre, mais aussi de dire : regardez où je suis. Une mise en scène, une manière de se raconter, en quelque sorte. Depuis environ quinze ans, ce sont les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, etc.) qui ont repris ce rôle, mais c'est, du coup, moins un moyen de penser à l'autre et plus un moyen de se mettre en valeur. Et de collectionner les likes selon un schéma très proche de celui de l'addiction.

Le voyage n'a jamais cessé de se démocratiser, avec les compagnies aériennes low cost, tous les services en ligne liés au tourisme de manière directe (guides, plateformes de réservation et d'achats de billets, etc.) ou indirecte (plateformes de partages de photos/vidéos, réseaux sociaux, etc.). Voyager est progressivement devenu tellement commun qu'il est du coup aussi devenu moins intéressant d'en parler, en quelque sorte.

C'est un problème dont on parle de plus en plus : le tourisme de masse. Un nombre sans cesse croissant de personnes désirant voir un nombre limité de lieux "à voir absolument". Parfois, c'est un phénomène complètement artificiel, amplifié, voire causé entièrement par internet (TripAdvisor, Instagram, etc.). D'autres fois, c'est parfaitement mérité : il y a réellement des endroits exceptionnels qu'il faut absolument avoir vu une fois dans sa vie (disons le MET à New York, par exemple). Tous les lieux n'ont pas une histoire aussi riche. Tous les musées n'ont pas des collections aussi impressionnantes.

Voyager moins loin, voyager moins souvent : ce sont peut-être des solutions aux problèmes de l'hyper-tourisme et de l'empreinte carbone, mais je ne suis pas sûr que ça rende l'expérience fondamentalement plus intéressante. Le dépaysement recherché est souvent d'autant plus grand que la distance parcourue est importante.

Et puisqu'on est en pleine période de confinement / semi-confinement (COVID-19), disons-le d'emblée : pour ce qui est des musées, que j'apprécie tout particulièrement, mais aussi des espaces architecturaux ou simplement des paysages, rien ne remplace l'expérience réelle. Ni les galeries de photos en ligne ni les technologies actuelles de réalité virtuelle. 

Une autre solution, donc : essayer le plus possible de vivre le moment présent ; vivre le voyage pour soi-même, pas pour les autres. Cela veut dire : pas pour Facebook ou Instagram ; pas pour les amis ou les collègues ; pas pour le futur récit qu'on en fera. Je sais que je dois faire des efforts de ce point de vue-là. J'ai par exemple tendance à prendre trop de photos et à absolument vouloir voir les endroits "qu'il faut avoir vus", quitte à trop remplir mes journées.

Pour revenir au sujet initial, je suis convaincu qu'il est possible d'effectuer un certain retour à un partage traditionnel de ses voyages, pour sortir de l'excès des réseaux sociaux et des milliers de photos que permettent les smartphones et appareils photos numériques. L'exercice pourrait consister en une forme de "soirée diapos" assumée, mais avec des contraintes, comme par exemple une seule photo par jour de voyage, voire, pour rendre l'exercice encore plus difficile et, donc, potentiellement intéressant, une seule minute de récit de voyage par jour. On pourrait également rendre la bouteille de vin ou de bière artisanale obligatoire...

De même, la désuète carte postale réellement envoyée depuis le pays visité pourrait devenir un exercice créatif : un texte vraiment personnel, un poème (soyons fous !), un mot imposé par le destinataire, etc.

Bref, je brainstorme, mais, en résumé, l'idée est la même, autant pour le voyage que pour la façon de le raconter ou de le partager : il s'agit de viser la qualité et une démarche plus consciente, plutôt que la quantité et des gestes automatiques. Plus facile à dire qu'à faire, j'imagine. C'est en tout cas une chose (de plus) que la situation actuelle aura permis de (re)mettre en question. Voyager : mais pour quoi au juste ?

Saturday, April 4, 2020

De l'inutilité de l'armée suisse

J'ai l'impression que je vais enfoncer une porte ouverte pour bien des gens, mais peut-être pas pour une majorité des Suisses - quoique je serais intéressé d'avoir l'avis nuancé de la population suisse sur la question, mais je n'ai encore jamais vu d'initiative populaire ou de sondage posant la question autrement que de manière simpliste.

Ce matin, j'entendais une journaliste de la RTS dire à la radio que la situation actuelle mettait en évidence l'utilité de l'armée suisse. Si je me faisais l'avocat du diable, je pourrais comprendre ce point de vue et même le défendre, jusqu'à un certain point.

Mais je n'ai pas envie de me faire l'avocat du diable ; j'ai juste envie de pointer du doigt l'absurdité de la situation. Un peu d'étymologie, d'abord : dans le mot "armée", on trouve le mot "arme". Une arme, c'est un "instrument qui sert à attaquer ou à se défendre". Or, dans la situation actuelle, nous avons besoin d'une organisation qui protège la population, qui l'aide dans un contexte qui n'est pas une attaque armée.

Protéger la population : n'aurions-nous pas déjà une organisation dont c'est censé être le rôle ? Réponse : oui, bien entendu, c'est la protection civile suisse. "Dans la protection civile, on distingue les engagements en cas de catastrophe ou de situation d’urgence, les travaux de remise en état et les interventions en faveur de la collectivité." Il me semble que la définition colle parfaitement à la situation du moment (pandémie).

Alors prenons l'armée actuelle, débarrassons-la de tous les jouets onéreux que sont les chars, les fusils d'assault et, finalement, tout ce qui n'a de sens qu'en cas de guerre, et renommons-la "protection civile". Ou supprimons l'armée et donnons plus, beaucoup plus de budget à la protection civile actuelle. Donnons-lui des moyens (y compris matériels) à la mesure de sa mission. Mais cessons de prétendre que l'armée suisse a encore un quelconque sens à notre époque.

J'ai travaillé dans les protections civiles valaisannes et vaudoises. Les deux sont probablement à l'image de la protection civile suisse dans sa globalité : beaucoup d'amateurisme, pas assez de formation, beaucoup du temps perdu, certains gradés qui ont oublié que la guerre froide est terminée et qui se prennent beaucoup trop au sérieux. La Suisse mérite mieux que cela.

Attention : je ne dis pas que les soldats engagés à l'heure actuelle font un travail inutile. Au contraire, je pense qu'ils font un travail trop utile pour le laisser dans les mains de l'armée, qui a par ailleurs de la peine à leur garantir des conditions convenables.

Ça ressemble à un coup de gueule, mais c'est en fait surtout l'expression d'un rêve : celui d'un monde un peu moins bête et méchant, un peu plus humain, un peu plus rationnel, moins motivé par des craintes moyenâgeuse.

Mon prochain article sera un peu moins négatif, je le promets !