Tuesday, September 20, 2016

10 ans

Cela fait dix ans exactement que j'ai publié mon premier article sur ce blog. J'y ai depuis publié 90 articles, dont 60 rien que ces cinq dernières années. A l'époque, Blogger me semblait être un choix raisonnable pour m'exprimer publiquement sur internet. Il y a fort à parier que j'opterais aujourd'hui pour une alternative (Medium, self-hosting, etc.).

Ça n'est qu'en juin 2007, respectivement en février 2008, que j'ai ouvert un compte sur Facebook, respectivement sur Twitter. A l'exception d'une "pause Facebook" de plus de deux ans entre 2014 et 2016, je me suis également beaucoup servi de ces deux réseaux sociaux pour m'exprimer et débattre.

A l'heure actuelle, mon blog est complètement public, indexé par les moteurs de recherche, mais, paradoxalement, c'est l'espace où je me sens le plus libre pour m'exprimer. Noyé dans la masse, dénué de toute dimension de réseau social, il est automatiquement moins visible, moins scruté. Au contraire, sur Facebook, je sais que chacun de mes statuts sera vu en tout cas par quelques dizaines de personnes que je connais. Je me sens donc obligé de peser mes mots, en quelque sorte. Si je ne le fais pas, je sais que je risque de m'exposer à des réactions parfois négatives. Rien d'insurmontable, mais il est parfois usant de débattre, surtout lorsqu'on ne pensait pas provoquer de polémique...

Il y a dix ans, donc, je publiais sur ce blog un résumé d'un livre qui m'avait beaucoup marqué : "The Singularity is Near", de Ray Kurzweil. C'est un sujet qui m'intéresse toujours au plus haut point, mais, en dix ans, les choses ont quelque peu changé.

Ray Kurzweil est devenu depuis un peu moins actif, du moins publiquement. A ma connaissance, il n'a publié que deux livres depuis 2006 : "Transcend" en 2009, ainsi que "How to Create a Mind" en 2012. Après ce dernier livre, il a été engagé chez Google, en décembre 2012. Quelques articles sortent régulièrement sur son travail dans cette entreprise, mais il est difficile de se faire une idée de la réalité de son travail au quotidien. Ce qui est certain, c'est qu'il semble toujours aussi peu convaincu par l'argument de la chambre chinoise de John Searle...

Parallèlement, le concept de singularité technologique, que Kurzweil a participé à vulgariser, semble véritablement se démocratiser. Il y a quelques semaines, dans un restaurant de campagne, j'entendais deux personnes à une table proche de la nôtre discuter de la singularité, entre deux discussions concernant l'actualité. Il y a dix ans, cela m'aurait beaucoup surpris. De nos jours, cela est devenu parfaitement banal (ou presque).

Il faut dire que l'intelligence artificielle, le machine learning et le deep learning sont en plein essor. Si la recherche dans le domaine de l'intelligence artificielle a régulièrement vécu ce que les chercheurs ont appelé des "hivers de l'intelligence artificielle" (AI winter, en anglais), on a plutôt l'impression en ce moment de vivre des moments de frénésie. Il y a eu les succès médiatiques, comme Watson en 2011 et AlphaGo en 2016, mais aussi des succès grand public, comme les algorithmes de reconnaissance vocale utilisés par Siri, Cortana, Google Now, Amazon Echo et autres. Les algorithmes de reconnaissance faciale, reconnaissance de caractères, tagging automatique de photos, etc. sont également devenus monnaie courante. Et, si j'avais parié à l'époque sur des voitures sans conducteur "qui marchent" en 2024, je ne serais désormais plus étonné de les voir apparaître bien plus tôt.

L'optimisme presque sans limite de Ray Kurzweil a aussi laissé place à une certaine inquiétude : si l'intelligence artificielle peut améliorer notre quotidien, on peut aussi facilement imaginer qu'elle serve à rendre réels les pires scénarios de films de science-fiction. Tant que les robots et les armes autonomes restent sous le contrôle des êtres humains, nous n'avons pas trop de souci à nous faire, mais, en tant qu'ingénieur logiciel, je sais que les bugs et les comportements imprévus sont très difficiles, voire impossibles, à éviter. D'où les avertissements réguliers de personnalités telles que Stephen Hawking, Elon Musk ou Bill Gates : nous devons dès à présent réfléchir à des moyens de nous assurer que l'intelligence artificielle ne se retournera jamais contre nous.

Après l'optimisme et l'excitation, la prudence et la maturité, donc. Je ne sais pas ce que les dix prochaines années nous réservent, mais je suis prêt à parier que le temps finira par donner raison à Kurzweil, qui a pourtant longtemps été considéré comme un utopiste.

Tuesday, August 30, 2016

Le paysan qui tue ses bœufs les yeux dans les yeux

Je réitère mon expérience d'il y a deux mois, à savoir publier sur mon blog un email que j'ai écrit récemment. Il s'agit cette fois-ci d'une réaction à l'article "Le paysan qui tue ses bœufs les yeux dans les yeux" (Le Temps, 8 août 2016) :

"Je ne sais pas si ce cas est très éclairant. Il me semble au contraire plutôt anecdotique. Au pire, il laisse même planer l'idée qu'il serait possible de continuer à produire de la viande tel qu'on le fait actuellement de manière humaine. Ce qui me semble impossible. En l'absence de viande artificielle, seule une diminution de la production permettrait un traitement "humain" des animaux.

On ne peut en tout cas pas reprocher à ce M. Müller d'être hypocrite. Il est conscient de la face obscure de l'industrie de la viande. Et il est clair d'un point de vue éthique qu'il vaut mieux un animal abattu comme il le fait que dans les abattoirs traditionnels.

Je trouve dommage qu'il semble victime de confusion quant à ce qu'est vraiment l'antispécisme : il ne s'agit pas de prétendre que les êtres humains et les autres animaux sont égaux, mais de reconnaître plus de droits et, en particulier, le droit à la vie, aux animaux. De même, lorsque l'on parle de donner plus de droits aux femmes, aux homosexuels ou à toute autre minorité, cela ne revient pas à nier les différences entre les individus, qu'elles soient biologiques ou autres.

Il semble être aussi confus quant à ce qu'un monde sans production de viande signifierait du point de vue de l'écologie. Le fait de dire sans autres précisions que la production des légumes/céréales a aussi un impact écologique est une analyse parfaitement incomplète des choses. Une grande partie de la production des légumes/céréales sert déjà à alimenter les animaux...

Bref, d'un point de vue rationnel, son point de vue est simpliste et incomplet.

Et, au final, j'ai de la peine à me débarrasser de l'idée que quelqu'un qui est capable de tuer un être conscient "les yeux dans les yeux" a une dimension fondamentalement psychopathique."

Monday, July 4, 2016

Daniel Dennett, les philosophes et les scientifiques

Je m'intéresse à la problématique du libre arbitre depuis bientôt vingt ans maintenant. Je ne sais plus exactement ce qui a déclenché mon intérêt pour cette question. Peut-être les cours de philosophie que j'ai eu l'occasion de suivre lorsque j'avais 17-18 ans. Quoi qu'il en soit, cet intérêt m'a depuis régulièrement valu des débats très animés.

J'ai tenté plusieurs fois d'écrire des articles sur le libre arbitre, sans succès. J'ai encore deux brouillons qui sommeillent dans Google Drive et Blogger. Et qui ne verront vraisemblablement jamais le jour. Mon erreur est sans doute d'essayer d'expliquer mon cheminement intellectuel depuis le début, dans sa globalité, mais c'est un projet trop ambitieux. Je vais donc essayer de faire (plus) court, cette fois-ci.

Quand on parle du libre arbitre, il est possible de se situer dans quatre catégories très générales :

Il s'agit probablement d'une sursimplification des positions qu'il est possible d'avoir par rapport au libre arbitre, mais c'est une bonne première approche.

Quant à moi, je ne développerai pas ici ma position, que j'explique de manière très résumée dans ma "Vision du monde". En gros et a priori, je me suis toujours considéré comme un déterministe dur. Souvent, le débat oppose les déterministes durs aux compatibilistes. L'indéterminisme dur est une position largement minoritaire et le libertarianisme correspond souvent à une position dualiste / religieuse.

Récemment, j'ai fait des efforts pour mieux comprendre la position compatibiliste. J'ai donc écouté plusieurs épisodes de Very Bad Wizards sur la question, ainsi qu'une conférence de Daniel Dennett :
Cet article est en fait surtout une réaction à la vidéo de Daniel Dennett. Il s'agit d'une conférence qu'il a donnée fin 2013. J'imagine donc qu'elle résume assez fidèlement les idées récentes de Daniel Dennett sur la question.

Ma première réaction à tout ce que j'ai pu entendre de la part de Daniel Dennett, Tamler Sommers, Eddy Nahmias, etc. est la suivante : je suis d'accord avec une grande majorité de ce qu'ils disent. Et cela me rappelle furieusement l'épisode de Very Bad Wizards concernant l'opposition entre déontologisme et conséquentialisme. Sam Harris se considère comme un conséquentialiste, à l'inverse de Sommers. Pourtant, en les écoutant, on a l'impression qu'ils se rejoignent plus qu'on ne pourrait le croire au départ. Le résumé de l'épisode met bien en évidence cette confusion : "Is Tamler a closet consequentialist? Is Sam a closet pluralist?" Le débat entre déterministes durs et compatibilistes serait-il donc largement sémantique ? Y a-t-il confusion de part et d'autre ?

Je note en passant que je ne suis souvent pas d'accord avec la manière qu'ont les compatibilistes (et Eddy Nahmias en particulier) d'interpréter ce que les "profanes" (lay people, en anglais) pensent du libre arbitre, mais c'est le sujet d'un autre article...

Si je me demande si le débat concernant le  libre arbitre est largement sémantique, c'est parce que ce sont bien ces mots ("libre arbitre" - "free will", en anglais) qui me dérangent. Libre ? Libre de quoi ? Parle-t-on de déterminisme ? De contrainte physique ? De manipulation psychologique ? Du rôle de l'inconscient ? De la faculté qu'ont les gens d'apprendre de leurs erreurs ou non ? Quoi qu'en dise Eddy Nahmias, je reste persuadé que le débat est largement pollué par l'existence du libre arbitre libertarien, teinté de dualisme, de religiosité. Dans un brouillon d'article non publié, je parlais de concept corrompu. N'est-il pas temps d'utiliser d'autres termes, moins connotés ? Moins inutiles ?

D'ailleurs, Daniel Dennett semble petit à petit comprendre que ce point n'est pas si anecdotique et paraît presque prêt à ne plus utiliser le terme "free will" (voir la vidéo mentionnée ci-dessus, à partir de 21:53). Presque, mais pas encore : après avoir averti son public qu'il ne voulait plus utiliser ces mots, il les utilise quand même encore de nombreuses fois durant sa présentation. A un moment, il utilise même la formule "practical free will" (comme Daniel Miessler). A nouveau, c'est un pas dans la bonne direction.

A un moment dans la vidéo (32:18), Daniel Dennett semble reprocher aux scientifiques de proclamer que le libre arbitre n'existe pas. Certaines études montrent en effet que la "perte de libre arbitre" augmente le comportement immoral des gens (ils trichent plus à un examen, par exemple). Je ne suis pas certain de bien comprendre la position de Dennett sur le sujet, mais même Sommers et Pizarro de Very Bad Wizards trouvent ces études très légères, simplistes. Elles montrent un effet à très court terme uniquement et les phénomènes observés (probabilité de tricherie plus élevée, etc.) pourraient avoir lieu dans tout contexte où une croyance chère vient d'être contredite ou suite à une mauvaise nouvelle (décès, etc.). Ces études semblent surtout montrer que dans des situations de désespoir, la réaction naturelle des gens semblent être de se dire : "A quoi bon ?" Ca n'est pas quelque chose d'exclusif au sentiment de "perte de libre arbitre". Finalement, si une étude prouvait qu'il était négatif de dire aux gens que Dieu n'existe pas, faudrait-il s'abstenir de le leur dire ?

Un autre point important, somme toute assez étrange : je me me retrouve pas dans la manière dont Dennett décrit les positions de Sam Harris et Jerry Coyne. Pourtant, je partage largement leur point de vue ! Ce sont des déterministes durs, après tout. Je m'avancerai même en disant que Harris et Coyne reprocheraient à Dennett de déformer leurs propos. Dennett s'en prendrait-il donc à un homme de paille ? Exemple, tiré de la vidéo de Dennett : "They want us to completely abandon punishment". Je n'ai jamais vu ou entendu Harris ou Coyne prôner cette idée. Au contraire : "I agree that punishment might be practically necessary in certain cases (as it might be the only way to get people to behave)" (Sam Harris).

En 2014, Dennett a publié une critique du livre "Free Will" de Harris. Harris lui a répondu. Puis Dennett ne lui a jamais répondu. Ce qui est dommage, car Dennett était peu convaincant, à mon avis. A l'époque, en tout cas, j'avais l'impression d'être largement d'accord avec Harris et très peu avec Dennett. Sur le fond, mais également sur la forme (ton condescendant de Dennett). Que conclure alors du fait que je parviens à être d'accord avec une bonne partie de ce que dit Dennett dans la vidéo citée plus haut ?

Ma conclusion provisoire pourra sembler légère, mais j'ai l'impression qu'il y a un problème de forme. Dennett simplifie beaucoup trop la position des déterministes durs (homme de paille). Il polarise du coup le débat ("we" vs "they", les philosophes vs les scientifiques, etc.). C'est beaucoup trop simpliste. J'ai déjà parlé de l'attitude presque condescendante de Dennett, mais, plus concrètement, j'ai vraiment l'impression qu'il a perdu patience, qu'il n'a plus l'intention de s'expliquer et de faire des efforts pour comprendre la position de ses opposants. C'est ironique, pour quelqu'un qui préconise précisément de le faire.

Une autre conclusion, sur le fond, cette-fois ci : je pense que Dennett (mais ça n'est pas le seul) sous-estime la position du libre arbitre libertarien. Il n'en parle pas (ou très peu), comme s'il était évident que c'est une position sans intérêt. Si c'est le cas, je suis tout de même partiellement d'accord avec lui, mais je pense qu'il vaut la peine de s'y attarder un peu. Eddy Nahmias a la même tendance et donne l'impression de penser que "la plupart des gens" sont en réalité compatibilistes et non libertariens si on les "guide" un peu. De ce que j'ai pu entendre de sa part dans Very Bad Wizards, à nouveau, je suis loin d'être convaincu...

Au final, je suis surtout frustré par les difficultés qu'ont les compatibilistes et déterministes durs à se comprendre. J'ai l'impression que les deux camps sont d'accord sur de nombreux points, mais il est difficile de mettre le doigt précisément sur les points qui posent problème.

Il y a probablement une dimension émotionnelle à cette incompréhension. Lorsque j'ai pris conscience du déterminisme de l'univers dans lequel nous vivons, cela a été un choc pour moi. Un choc similaire à celui que j'ai eu lorsque j'ai vraiment réalisé que j'allais mourir un jour. J'entends par là : réaliser instinctivement, pas simplement d'un point de vue intellectuel.

Dans son livre "Consciousness: Confessions of a Romantic Reductionist", Christof Koch semble avoir une réaction similaire : "Personally, I find determinism abhorrent. The idea that your reading of my book at this point in time is inherent in the Big Bang evokes in me a feeling of complete helplessness." Puis il consacre plusieurs pages à expliquer que l'imprédictiblité de l'univers lui permet d'échapper à cette angoisse : "Both quantum mechanics and deterministic chaos lead to unpredictable outcome. [...] Although indeterminism has little to say about whether I can make a difference, whether I can start my own chain of causation, it at least ensures that the universe unfolds in a an unpredictable manner."

Etrange réaction de la part de Koch : pour moi, si l'univers est déterministe, qu'il soit imprédictible ou non en pratique ne change rien à mon choc initial. D'ailleurs, toutes les interprétations de la physique quantique ne s'accordent pas à dire que l'univers n'est pas déterministe.

Un autre indice qui me fait penser que l'aspect émotionnel est important : dans "Religion, meaning, and morality", Sommers avoue ne pas comprendre la réaction négative de Camus par rapport à l'absurdité de la vie. Il ne semble pas non plus particulièrement dérangé par la perspective de sa propre mort. Pizarro, quant à lui, conclut que c'est une question de caractère et ne partage pas cette distance émotionnelle.

Mais revenons au débat qui nous occupe. A mon avis, cette dimension émotionnelle crée le clivage auquel nous assistons. Pour des gens tels que Harris et Coyne, le déterminisme semble être un élément primordial du débat, à ne jamais perdre de vue, alors que pour des compatibilistes tels que Dennett ou Sommers, ce même déterminisme, s'il est réel, semble ne pas être un problème : il peuvent facilement en faire abstraction et se concentrer sur la construction sociale qu'est la responsabilité morale.

Cela étant dit, je ne suis pas certain que ni les compatibilistes ni les déterministes durs aient une position complète par rapport au libre arbitre, à la question de la responsabilité, etc. Un point de vue pluraliste, tel que celui de Miessler, qui consiste à garder en permanence à l'esprit l'absence d'un libre arbitre absolu et la présence d'un libre arbitre pratique me semble plus prometteuse. Cela revient à avoir constamment une vision microscopique (déterminisme) et macroscopique (société) du monde qui nous entoure. Un grand écart difficile à mettre en pratique, mais important pour avoir une vue la plus complète de la réalité.

Au final, au moment où j'écris ces lignes, j'ai surtout l'impression que le débat autour du libre arbitre est largement sémantique et émotionnel. Je pense que les deux camps, les compatibilistes et les déterministes durs, gagneraient à essayer de mieux comprendre la position "opposée", y compris d'un point de vue psychologique (i.e. "Comment la personne en face de moi en est arrivée à sa position actuelle ?"). Je ne prétends pas y être parvenu. Loin s'en faut. Mais il serait encourageant de voir des gens bien plus intelligents et cultivés que moi tel que Dennett montrer le bon exemple.

Note. Au moment de publier cet article, je découvre que Sam Harris vient de publier un épisode de son podcast avec Daniel Dennett concernant le libre arbitre. J'ai hâte d'écouter cette discussion !

Mise à jour (5 juillet 2016). La discussion entre Sam Harris et Daniel Dennett donne lieu à de nombreux commentaires sur Reddit et Twitter.

Mise à jour (7 juillet 2016). Je peux confirmer que je rejoins largement la position de Daniel Miessler sur le sujet. Celui-ci vient de publier un article résumant son point de vue : "Functional Free Will". Il propose une nouvelle terminologie qui tente de réconcilier les compatibilistes et les incompatibilistes : libre arbitre fonctionnel.

Sunday, June 26, 2016

Travail, intelligence artificielle et revenu de base inconditionnel (RBI)

Je vais essayer quelque chose que je n'ai encore jamais fait sur ce blog (sauf erreur) : reprendre le contenu de plusieurs mails que j'ai écrits pour en faire un article. Il m'arrive encore régulièrement de rédiger de longs mails, mais je me dis que, si ces mails ne sont pas personnels, je n'ai pas de raisons particulières de ne pas les publier.

J'ai écrit le mail qui suit après une discussion (orale) un peu mouvementée concernant le lien entre le revenu de base inconditionnel (RBI), qui a largement été rejeté par la population suisse, et l'intelligence artificielle :

"L'idée selon laquelle l'innovation technologique a toujours créé plus d'emplois qu'elle n'en a fait disparaître est la position par défaut. Je pense qu'on peut facilement le mettre en évidence par une analyse historique. Et je ne dis pas qu'il n'est pas intéressant de voir comment la technologie a influencé négativement ou positivement les emplois et la société en général dans le passé, mais ce genre d'analyses a ses limites.

L'exemple bateau est celui de l'imprimerie, qui a largement - mais pas totalement, en tout cas pas du jour au lendemain - supprimé le travail manuel des copistes (scribes, moines, etc.) et par la même occasion créé de nombreux autres emplois.

Le problème, comme dit, c'est qu'on fait face à un phénomène nouveau et unique dans l'histoire de l'humanité : l'informatique et l'intelligence artificielle arrivent à maturité. Petit à petit, beaucoup plus lentement que les chercheurs trop optimistes des années '50 ne le pensaient, les résultats concrets arrivent. Depuis moins de dix ans, le deep learning (une technique d'apprentissage automatique) donne lieu à des résultats impressionnants. Il ne se passe quasiment pas un mois sans une annonce que cette technique a été appliquée avec succès à un domaine nouveau. Pourtant, il s'agit en partie de modèles et algorithmes qui ont été proposés dans les années '80 déjà.

Là où je voulais en venir : qui dit phénomène nouveau dit qu'il n'est plus possible de se baser sur le passé pour prédire le futur. En tout cas plus aussi facilement. Et certainement pas en faisant référence à des évènements vieux de plusieurs siècles.

En 1997, lorsque Deep Blue a battu Kasparov aux échecs, il l'a battu en profitant de sa vitesse de calcul supérieure et de toute la stratégie que les programmeurs avaient réussi à "injecter" manuellement dans le logiciel.

Par contre, en 2016, lorsque AlphaGo a battu Sedol (meilleur joueur du monde de 2000 à 2010) au jeu de go (jeu bien plus complexe que les échecs), c'est en apprenant tout seul à y jouer en analysant des dizaines de milliers de parties et en jouant automatiquement contre lui-même !

La différence semble subtile, mais elle est fondamentale : les machines commencent à réellement apprendre, au sens où on l'entend communément. Comme l'explique Michael Nielsen (un spécialiste en deep learning) : "We have learned to use computer systems to reproduce at least some forms of human intuition."

Et ça n'est que le début !

Personnellement, j'ai tendance à rejoindre Stephen Hawking, Elon Musk, Bill Gates et toutes les autres personnes qui pensent que l'intelligence artificielle représente aussi un danger et qu'il faut y réfléchir dès aujourd'hui.  Le corollaire, c'est que j'ai tendance à être de plus en plus dubitatif face à toute personne voulant nous bercer avec l'idée que l'histoire va forcément se répéter. Parce que c'est une idée qui devient dangereuse.

De manière un peu égoïste, c'est un sujet qui me touche également beaucoup parce que je sais que j'ai encore trente ans de vie professionnelle devant moi et que, trente ans, à la vitesse où les progrès se font, c'est une éternité. Je sais que je vais forcément être impacté d'une manière ou d'une autre par l'automatisation du travail.

Quelques articles que j'ai trouvé intéressants sur le sujet :
Le second mail, quant à lui, est un résumé de l'émission C dans l'air du 7 juin 2016, "Nouveau ! Le revenu universel", raison initiale de notre discussion :

"J'ai regardé l'émission (65 minutes). Voir mes notes à la fin.

En gros, c'était intéressant. Il y a eu de nombreux questionnements autour de la question pratique de la mise en place du revenu de base inconditionnel, de son financement, des implications sur la société, de la concentration des richesses, etc.

Mais, comme je le craignais, la question de l'automatisation du travail (intelligence artificielle, robotisation) a été largement balayée d'un revers de main.

Tout au début, Dessertine ramène la question des robots à celle des machines à laver (sérieusement, mais sans développer). On croit rêver. En résumé, il minimise en disant : on ne sait pas ce qui va se passer ; des nouveaux métiers vont apparaître. Il n'aborde pas vraiment le problème, en fait.

Trouvé semble obnubilée par les injustices sociales, voit le RBI comme une source de précarisation, mais ne semble pas avoir de projet concret pour faire face à l'automatisation du travail. Elle semble être très confiante que la "transition écologique" (nouvelles sources d'énergie, etc.), ainsi que les crèches/écoles proposeront naturellement de nouveaux emplois. Comme par magie, apparemment.

Inchauspé est la plus sceptique face à l'automatisation du travail : "les robots ne vont pas fonctionner tout seul", "ce ne sont pas les robots qui vont s'occuper des vieux", "les robots ne vont pas piquer tous les boulots". Ca me semble dangereusement optimiste et en décalage par rapport avec ce qui va se passer, comme position.

Koenig, quant à lui, ne parle quasiment pas de l'automatisation du travail. Peut-être parce qu'il va de soi que c'est un problème et qu'il pense avoir une solution (RBI, impôt négatif) ? Je ne sais pas.

Philippe Dessertine (économiste):
  • disparition des emplois : on ne sait pas
  • compare robots avec machines à laver
  • 60% des métiers qui existeront dans 10 ans n'existent pas encore
  • travail : aussi possible comme source de plaisir (logiciels open source, volontariat, etc.), rénumération secondaire
  • RBI : migrants poseront les mêmes problèmes qu'à l'heure actuelle (condition = nationalité)
Aurélie Trouvé (Attac):
  • transition écologique => nouveaux emplois
  • besoin d'emplois : crèches, écoles
  • travail = source de valeur, reconnaissance sociale
  • but (idéal) = plein emploi
  • robotisation : rêve de semaines de 20 heures, devons pouvoir profiter de l'augmentation de la productivité, augmentation congés paternité, formation, etc.
  • RBI : danger pour les assurances sociales, précarisation
  • RBI : encouragera encore plus la concentration des richesses
Irène Inchauspé (Opinion):
  • les prévisions/prédictions : ne marchent pas (= sont toujours incorrectes=
  • mettre l'accent sur la formation des jeunes
  • les robots ne vont pas fonctionner tout seul
  • ce ne sont pas les robots qui vont s'occuper des vieux
  • les robots ne vont pas piquer tous les boulots
  • problème du financement, ne marchera pas avec les impôts
  • on doit gagner selon ce que l'on apporte à la société 
Gaspard Koenig (philosophe):
  • travail (relation subordonnée) -> devenir maître de son destin (autonomie)
  • votation suisse = mauvaise, car pas de méthodes de financement claires
  • propose plutôt un impôt négatif
  • RBI = crédit d'impôt
  • RBI : permet d'éviter l'infantilisation des assurances sociales (paternalisme)
  • y aller par étape (conditionnel + inconditionnel)
  • 40 ans d'expériences (RBI) : prouvent que les gens restent actifs
  • RBI : emplois les moins bien rémunérés devront l'être plus (selon règles du libéralisme)
  • RBI : vrai projet de société"

Saturday, June 11, 2016

Ideal Project (entreprise générale) : notre expérience cauchemardesque

Avertissement 1. J'ai écrit cet article dans un esprit de défense du droit des consommateurs, de la manière la plus objective et factuelle possible. Je me suis déjà prêté plusieurs fois à cet exercice dans le passé et, connaissant mes droits, je suis prêt à aller jusqu'au bout pour défendre la présence de ce texte sur internet (ce que j'ai déjà fait ces dernières années). Si l'une ou l'autre des entreprises mentionnées désire faire entendre sa position officielle, qu'elle me contacte et je la citerai volontiers, par souci de transparence et d'objectivité.

Avertissement 2. L'illustration de cet article se veut comique et est volontairement exagérée. C'est malheureusement le seul élément humoristique de cet article, que j'ai écrit, comme je l'ai mentionné plus haut, le plus objectivement possible.

Article en cours d'écriture. Il y a tellement de choses à dire sur notre situation que je publierai probablement cet article graduellement ces prochaines semaines, par partie / thème.

Informations sur l'entreprise

Selon le registre du commerce, Ideal Project Sàrl est une société à responsabilité limitée existant depuis 2005 et basée à Salvan, en Valais. Toujours selon le registre du commerce, les buts de cette société sont les suivants : "entreprise générale; vente mobilière et immobilière; architecture, expertises et conseils en immobilier".

Vérification faite, il semblerait qu'Ideal Project Sàrl n'ait absolument aucun bureau à Salvan et que tout courrier envoyé à Salvan soit simplement renvoyé directement par la poste aux bureaux de Lausanne (avenue Juste-Olivier).

Le propriétaire d'Ideal Project Sàrl possède également une entreprise d'architecture, ds-architecture, à laquelle nous avons également eu affaire. Cette entreprise individuelle, quant à elle, est inscrite au registre du commerce du Canton de Vaud, à Lausanne (avenue Juste-Olivier), depuis 2007.

Le propriétaire de ds-architecture, à notre connaissance, ne fait pas partie de la Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA).

Toujours à notre connaissance, ds-architecture ne possède pas de site web. Ideal Project Sàrl, par contre, en possède un : idealproject.ch.

Projets / chantiers

Voici une liste non-exhaustive de projets réalisés ou en cours de réalisation par Ideal Project :
  • Bavois (deux immeubles, habités depuis plusieurs années, nombreux défauts)
  • Bavois (corps de ferme, pas complètement terminé ?)
  • Champagne (enquête publique en 2014, immeuble et corps de ferme, statut inconnu)
  • Fiez (enquête publique en 2014, immeuble, statut inconnu)
  • Mézières (villa, a priori terminée ?)
  • Morrens (trois immeubles, premiers habitants en 2014, pas terminés, nombreux défauts)
N'hésitez pas à me faire part d'autres projets réalisés ou en en cours de réalisation par Ideal Project.

Des retards en chaîne

Selon le contrat que nous avions signé, nous devions recevoir les clés de notre appartement de Morrens (Canton de Vaud, Suisse) le 30 septembre 2014. La construction de notre immeuble/appartement n'a cessé de prendre du retard. Les dates suivantes pour la réception des clés nous ont été communiquées, par oral ou par écrit :
  • "Quelques jours après le 30 septembre 2014"
  • 15 octobre 2014
  • 31 octobre 2014
  • 7 novembre 2014
  • 14 novembre 2014
  • 18 novembre 2014
  • 28 novembre 2014
  • 19 décembre 2014
  • 6 février 2015 (date effective de remise des clés)
Toujours selon le contrat que nous avions signé, les retards devaient nous être annoncés dès qu'ils étaient connus de l'entreprise générale. Dans la pratique, cela n'a clairement pas été le cas. Nous avons le plus souvent appris les retards en prenant contact avec Ideal Project Sàrl. La communication a rarement été proactive de leur part. De plus, nous n'avons jamais reçu ni excuses ni explications concernant tous ces retards.

Les défauts relevés par le rapport d'expertise

A venir.

Note. Cet article fait partie d'une série de plusieurs articles concernant notre situation difficile avec un appartement en PPE acheté à Morrens (près de Lausanne, dans le Canton de Vaud) :
  1. Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA : hold-up contre des propriétaires
  2. Tissot Immobilier : notre expérience en tant qu'acheteurs
  3. Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne : mêlée à un chantier très difficile
  4. Ideal Project (entreprise générale) : notre expérience cauchemardesque 

Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne : mêlée à un chantier très difficile

Avertissement 1. J'ai écrit cet article dans un esprit de défense du droit des consommateurs, de la manière la plus objective et factuelle possible. Je me suis déjà prêté plusieurs fois à cet exercice dans le passé et, connaissant mes droits, je suis prêt à aller jusqu'au bout pour défendre la présence de ce texte sur internet (ce que j'ai déjà fait ces dernières années). Si l'une ou l'autre des entreprises mentionnées désire faire entendre sa position officielle, qu'elle me contacte et je la citerai volontiers, par souci de transparence et d'objectivité.

Avertissement 2. L'illustration de cet article se veut comique et est volontairement exagérée. C'est malheureusement le seul élément humoristique de cet article, que j'ai écrit, comme je l'ai mentionné plus haut, le plus objectivement possible.

Contexte général

Après avoir décidé d'acheter un appartement en PPE à Morrens en 2014 (voir article précédent sur le sujet), une étape importante a été l'obtention d'un crédit de construction auprès d'une banque, pour pouvoir payer l'entreprise générale, Ideal Project Sàrl.

Le crédit de construction est un type de crédit particulier (voir explications de la Raiffeisen), qui permet le financement d'un bien immobilier durant sa construction. Par rapport à une hypothèque classique, les taux d'intérêts d'un crédit de construction sont en général plus importants.

Dans notre cas, vu le retard de livraison de notre appartement et les problèmes d'hypothèques légales que nous avons subis, nous nous sommes retrouvés à payer plus de 7'000 CHF d'intérêts en trop auprès de notre banque.

Historique

  • Le 20 janvier 2014, nous avons pris pour la première fois contact avec la Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne, par mail, pour leur demander un crédit de construction.
  • Le 30 janvier 2014, nous avons effectué une première rencontre avec la banque, sur place, au Mont-sur-Lausanne.
  • Le 18 février 2014, le crédit de construction a été signé.
  • Le 20 février 2014, nous avons officiellement acheté notre appartement (signature chez le notaire).
  • Le 30 septembre 2014, nous devions normalement recevoir les clés de notre appartement (date indiquée sur le contrat). Les retards se sont ensuite enchaînés.
  • Le 6 février 2015, plus de quatre mois plus tard, nous avons enfin obtenu les clés de notre appartement. Comme mentionné dans l'article précédent : "Notre appartement comportait encore de nombreux défauts et problèmes de sécurité. Certains travaux n'étaient pas terminés. Tout cela est attesté par une expertise ordonnée par le juge de paix."
  • Le 3 mars 2015, la première requête d'hypothèque légale (de la part de Berisha Carrelages Sàrl) a été transmise au juge, rendant la consolidation de notre crédit (c'est-à-dire la conversion de notre crédit de construction en une hypothèque classique) impossible.
  • Le 23 septembre 2015, voyant les mois défiler, j'ai téléphoné à la Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne pour demander malgré tout une consolidation. La banque a refusé.
  • Le 2 octobre 2015, nous avons organisé une rencontre à la Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne, en présence de notre avocat. La banque a proposé d'attendre d'avoir plus de renseignements concernant la situation de la part d'Ideal Project Sàrl (l'entreprise générale). La banque voulait, entre autre, obtenir des justifications de la part d'Ideal Project Sàrl concernant 200'000 CHF de poursuites à son encontre. Elle voulait également attendre des nouvelles d'une convention en cours de discussion entre les différentes entreprises impayées, mandatées par Ideal Project Sàrl.
  • Le 7 octobre 2015, notre avocat a envoyé une lettre à la Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne, lui demandant d'impartir un ultime délai à Ideal Project Sàrl pour fournir les documents nécessaires à clarifier la situation.
  • Le 31 octobre 2015, vu le temps écoulé, nous avons demandé à la Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne de nous accorder la consolidation de notre crédit de construction.
  • Le 2 novembre 2015, la banque nous a répondu et nous a demandé des documents supplémentaires (acceptation implicite de la consolidation).
  • Le 18 novembre 2015, enfin, nous avons signé la consolidation de notre crédit de construction. Depuis, nous payons enfin des intérêts raisonnables sur notre emprunt.
  • Début juin 2016, la Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne a accordé une augmentation de crédit à Ideal Project Sàrl. Les entreprises impayées ont ainsi pu recevoir une partie de ce qu'Ideal Project Sàrl leur doit encore. Mais pas Constructions Métalliques du Pierrier SA, comme je l'explique dans un autre article. Cette dernière, au lieu de se retourner contre Ideal Project Sàrl, a décidé de se retourner contre les propriétaires.

Analyse / mon point de vue

  • J'admets tout de suite notre erreur principale : nous aurions dû demander la consolidation de notre crédit de construction beaucoup plus tôt (tout de suite après la remise des clés de notre appartement, voire avant), mais notre esprit était alors complètement monopolisé par notre conflit avec Ideal Project Sàrl. Nous ne nous attendions pas non plus à des hypothèques légales.
  • Selon mes estimations, la Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne a touché plus de 5'000 CHF d'intérêts de notre part  par rapport à une situation normale, où nous aurions pu consolider notre crédit beaucoup plus tôt. Elle a également touché une somme probablement similaire d'une de nos voisines, dans la même situation difficile que nous. Connaissant bien la situation, la banque aurait pourtant pu faire un geste commercial envers nous. Elle n'a finalement pris aucun risque.
  • A ce jour, je ne sais toujours pas si la Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne serait entrée en matière pour la consolidation si notre avocat n'était pas intervenu.
  • Dans tous les cas, notre plan initial était de consolider notre emprunt auprès de la Banque Migros, qui pratique des taux d'intérêts plus bas. Comme toute autre banque l'aurait fait, la Banque Migros a refusé de nous accorder cette consolidation, vu les hypothèques légales sur notre appartement.
  • S'il y a bien quelque chose que je ne peux pas reprocher à notre banquier, c'est son écoute : nous avons passé des heures (littéralement) au téléphone depuis le début de notre mésaventure.
  • Début juin 2016, il m'expliquait d'ailleurs au téléphone qu'il n'avait encore jamais vu un chantier aussi mal géré, alors qu'il travaille dans le domaine depuis des années.

Conclusion

Je ne peux donc pas reprocher grand-chose à la Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne. Il s'agit d'une banque et, comme toutes les banques, elle ne prend pas de risque. La seule chose que je peux lui reprocher est donc d'être une banque comme les autres. A une certaine époque, la Raiffeisen avait pourtant la réputation d'être une banque plus proche des gens. Elle l'est peut-être dans le sens qu'il est possible, dans une situation difficile, de passer des heures au téléphone à discuter avec le responsable d'une agence. Dans la pratique, toutefois, cela ne change absolument rien.

Note. Cet article fait partie d'une série de plusieurs articles concernant notre situation difficile avec un appartement en PPE acheté à Morrens (près de Lausanne, dans le Canton de Vaud) :
  1. Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA : hold-up contre des propriétaires
  2. Tissot Immobilier : notre expérience en tant qu'acheteurs
  3. Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne : mêlée à un chantier très difficile
  4. Ideal Project (entreprise générale) : notre expérience cauchemardesque 

Saturday, June 4, 2016

Tissot Immobilier : notre expérience en tant qu'acheteurs

Avertissement 1. J'ai écrit cet article dans un esprit de défense du droit des consommateurs, de la manière la plus objective et factuelle possible. Je me suis déjà prêté plusieurs fois à cet exercice dans le passé et, connaissant mes droits, je suis prêt à aller jusqu'au bout pour défendre la présence de ce texte sur internet (ce que j'ai déjà fait ces dernières années). Si l'une ou l'autre des entreprises mentionnées désire faire entendre sa position officielle, qu'elle me contacte et je la citerai volontiers, par souci de transparence et d'objectivité.

Avertissement 2. L'expérience que je relate ici est notre expérience avec Tissot Immobilier en tant qu'acheteurs, pas en tant que clients. La distinction est importante, comme je l'expliquerai.

Contexte général

Lorsque nous avons acheté notre appartement en PPE à Morrens, dans le Canton de Vaud, en 2014, notre premier interlocuteur a été l'agent immobilier, à savoir Tissot Immobilier.

Je citerai ici simplement Wikipedia pour expliquer quel est le rôle de l'agent immobilier :
"Un agent immobilier est un intermédiaire dans les transactions portant sur des biens immobiliers : ventes et locations. Cet agent peut être un travailleur indépendant ou une entreprise, l'agence immobilière, employant des négociateurs. Il est généralement en contact avec ses confrères de la même branche, avec les mairies et communautés urbaines, les collectivités, les institutions, les avocats et les tribunaux."
Selon le registre du commerce, Tissot Immobilier (officiellement : TissoT Immobilier & Cie SA) est une société anonyme, existant depuis 2009 et basée à Etagnières (juste à côté de Morrens, dans le Canton de Vaud).

Selon son site web, Tissot Immobilier se charge de vendre des biens immobiliers partout en Suisse, ainsi qu'à l'étranger. Sur ce même site web, on découvre autant des biens immobiliers (relativement) accessibles que des biens immobiliers de prestige.

Au moment où j'écris ces lignes, un chalet de luxe situé à Verbier est en vente pour 32 millions de francs suisses : 12 pièces, 485 mètres carrés, terrain de 1681 mètres carrés, 4 étages, piscine semi-olympique, etc. Cela fait rêver...

Ce qui fait moins rêver, malheureusement, c'est la réalité  qui se cachait derrière l'appartement que nous avons acheté via Tissot Immobilier.

Historique

  • Les premiers contacts que nous avons eus avec Tissot Immobilier datent de début janvier 2014. Si je me souviens bien, nous avons eu leurs coordonnées via une annonce sur le site Homegate.
  • Les 7 et 11 janvier 2014, nous avons visité deux fois le chantier de Morrens, où deux immeubles, déjà sous toit, étaient en construction (un troisième immeuble a également été construit depuis). Les deux visites se sont déroulées avec l'entreprise générale, Ideal Project Sàrl. Seule la première s'est déroulée avec un employé de Tissot Immobilier.
  • Un peu inquiets à cause d'une route passant juste à côté des immeubles, avec pas mal de circulation durant les heures de pointe, ma femme et moi avons rapidement été rassurés par les représentants de Tissot Immobilier et Ideal Project Sàrl, qui nous ont expliqué qu'une fois les fenêtres posées, nous n'entendrions plus rien. L'employé de Tissot Immobilier nous a également fait miroiter la possibilité que la commune déplace le panneau de limitation à 30 km/h, ce qui diminuerait le bruit routier (la commune nous a expliqué plus tard que cela n'était pas possible).
  • Suite à ces deux visites, nous avons encore échangé des mails et discuté par téléphone avec Tissot Immobilier et Ideal Project Sàrl, pour obtenir des informations sur l'appartement, discuter des modifications possibles, etc. Nous avons également discuté avec la Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne pour obtenir un crédit de construction.
  • Le 20 février 2014, nous avons signé l'acte de vente chez un notaire très connu d'Echallens. Le patron d'Ideal Project Sàrl était présent, ainsi que l'employé de Tissot Immobilier avec qui nous avions déjà eu affaire. Légalement, l'acte de vente ne lie que les propriétaires (c'est-à-dire ma femme et moi) et l'entreprise générale (c'est-à-dire Ideal Project Sàrl). De notre point de vue, Tissot Immobilier n'a joué le rôle que d'intermédiaire et n'est liée légalement, j'imagine, qu'avec Ideal Project Sàrl, sa cliente.
  • Durant presque deux ans, nous n'avons eu aucun contact avec Tissot Immobilier. Nous avons par contre vécu une situation cauchemardesque avec l'entreprise générale, Ideal Project Sàrl, comme je l'expliquerai dans un autre article (voir plus bas). A la remise des clés en février 2015, notre appartement comportait encore de nombreux défauts et problèmes de sécurité. Certains travaux n'étaient pas terminés. Tout cela est attesté par une expertise ordonnée par le juge de paix.
  • Le 12 janvier 2016, j'ai tenté de reprendre contact avec Tissot Immobilier, pour leur expliquer tous les problèmes que nous avons eus avec notre appartement et avec Ideal Project Sàrl en particulier. La personne que j'ai eue au téléphone m'a appris que l'employé avec qui nous avions eu affaire en 2014 ne travaillait plus pour eux. Il ne m'a pas donné plus de détails sur les circonstances de ce départ.
  • Je n'ai pas prolongé la discussion, car j'ai vite compris que la personne avec qui je parlais était régulièrement en contact avec le patron d'Ideal Project Sàrl, qui cherche toujours à vendre deux appartements dans un troisième immeuble construit à Morrens. En effet, au mois de janvier 2016, comme je l'explique dans un autre article, Ideal Project Sàrl nous menaçait encore avec une hypothèque légale abusive, qui a depuis été invalidée par le juge. Je ne voulais pas que ma discussion puisse avoir une influence négative sur cette procédure d'hypothèque légale.
  • J'ai repris contact avec Tissot Immobilier le 13 mai 2016 par mail, leur disant que je voulais écrire un article sur mon blog concernant notre situation.
  • Tissot Immobilier m'a répondu par mail le 23 mai 2016, me proposant d'en discuter par téléphone. Je leur ai transmis mon numéro et les ai invités à m'appeler.
  • 12 jours plus tard, le 4 juin 2016, sans nouvelles de Tissot Immobilier, j'ai décidé de publier mon article. J'ai immédiatement contacté Tissot Immobilier par mail pour leur soumettre l'article pour commentaires et/ou modifications éventuelles.
  • Une heure plus tard, Tissot Immobilier m'a appelé pour apporter des corrections à mon article. Suite à leur appel, j'ai momentanément supprimé mon article pour que nous puissions en discuter plus en détail le 6 juin 2016, durant un second entretien.

Analyse / mon point de vue

Quelques points importants et questionnements de ma part :
  • Comme je l'ai dit, l'acte de vente ne lie que les propriétaires à l'entreprise générale, Ideal Project Sàrl. Tissot Immobilier n'est contractuellement liée qu'à Ideal Project Sàrl et n'a, j'imagine, que très peu de responsabilités (voire aucune responsabilité) envers nous, les acheteurs. Dans notre cas, Tissot Immobilier n'a joué le rôle que d'intermédiaire.
  • J'ai l'impression qu'il y a donc une sorte de déséquilibre : a priori, l'agent immobilier a en effet plus intérêt à satisfaire sa cliente que les acheteurs, puisque c'est bien de sa cliente qu'elle reçoit de l'argent. Tissot Immobilier m'a toutefois expliqué que ça n'est pas le cas et qu'en tant qu'intermédiaires, ils ont tout intérêt à ce que les deux parties soient satisfaites.
  • Toutefois, au mois de janvier et mai 2016, j'ai eu l'occasion à trois reprises d'informer Tissot Immobilier sur les situations très difficiles que vivent une vingtaine de propriétaires non seulement de Morrens, mais également d'autres appartements situés à Bavois. Je leur ai transmis un lien sur mon article concernant les hypothèques légales.
  • Or, au moment où j'écris ces lignes, Tissot Immobilier annonce toujours sur son site web des appartements de Morrens appartenant à Ideal Project Sàrl.
  • Avant d'avoir Tissot Immobilier au téléphone, je me posais donc la question : connaissant le contexte difficile du chantier, Tissot Immobilier peut-elle encore éthiquement annoncer les appartements non vendus de Morrens ? A-t-elle le devoir d'informer les acheteurs que des hypothèques légales sont inscrites provisoirement sur ces appartements ? Que des entreprises sont dans des situations très difficiles suite à des factures impayées par Ideal Project Sàrl ? Que l'immeuble où ces appartements sont situés est doté d'une tuyauterie défectueuse (fuites, etc.) suite au mauvais travail de l'entreprise Antonio Ficeto Sàrl (qui réussit encore à exiger l'inscription d'hypothèques légales contre nous) ?
  • Par respect pour ses clients, Tissot Immobilier n'a pas pu m'expliquer le détail de la situation, mais, renseignements pris et par déduction, j'en conclus que Tissot Immobilier est contractuellement liée à Ideal Project Sàrl et ne peut en aucun cas casser le contrat qui les lie. Si Ideal Project Sàrl a payé pour que ces appartements soient publiés sur le site de Tissot Immobilier, ces derniers ne peuvent rien faire, même si quelqu'un les informe qu'une vingtaine de propriétaires sont dans une situation très difficile à cause d'Ideal Project Sàrl. Il s'agit d'une supposition de ma part, je le rappelle.

Conclusion

Tissot Immobilier n'a donc rien à se reprocher. Comme je l'ai expliqué, ils ne jouent le rôle que d'intermédiaires. Durant notre entretien téléphonique, Tissot Immobilier a bien reconnu que le monde de l'immobilier est un "monde de requins", mais qu'ils s'appliquent à faire tout ce qui est dans leur pouvoir pour atteindre l'excellence. Face à notre situation difficile, ils sont malheureusement impuissants.

Pour le reste de ma conclusion, j'aimerais donc porter mon attention non plus sur une entreprise en particulier, mais sur l'ensemble des agents immobiliers, toute entreprise confondue.

Ces acteurs importants du monde de l'immobilier ne devraient-ils pas être contraints d'assumer plus de responsabilités ? Ne devraient-ils pas être soumis à une obligation de diligence envers les acheteurs finaux également ?

Evidemment, et c'est quelque chose que j'expliquerai dans un autre article, nous n'avons pas été assez prudents en tant que futurs propriétaires. Nous aurions dû nous informer beaucoup plus sur l'entreprise générale avant de nous engager.

Je l'admets volontiers : nous avons été naïfs. Mais il faut aussi comprendre que les gens que nous avions en face de nous (agent immobilier, promoteur / entrepreneur général / architecte) nous ont rapidement mis en confiance. Il en découle que certains acteurs du monde immobilier profitent indirectement de l'inexpérience et de l'enthousiasme de certains futurs propriétaires. Pas forcément volontairement, bien entendu. Je ne dis pas qu'il y a volonté de tromper, mais il y a à mon avis bel et bien un problème endémique : en cas de problème, tous les acteurs du système immobilier (agent immobilier, promoteur, entrepreneur général, architecte, banque, entreprises, notaire, etc.) se rejettent la responsabilité, qui doit finalement être assumée par le propriétaire (hypothèques légales, défauts, travaux inachevés, etc.).

Note. Cet article fait partie d'une série de plusieurs articles concernant notre situation difficile avec un appartement en PPE acheté à Morrens (près de Lausanne, dans le Canton de Vaud) :
  1. Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA : hold-up contre des propriétaires
  2. Tissot Immobilier : notre expérience en tant qu'acheteurs
  3. Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne : mêlée à un chantier très difficile
  4. Ideal Project (entreprise générale) : notre expérience cauchemardesque 

Saturday, May 28, 2016

La technologie comme solution au bruit routier

Au départ, je pensais écrire un article spécifiquement sur le bruit des motos. Nous habitons à la campagne, mais près d'une route avec pas mal de circulation. Dont pas mal de motos, justement, surtout lorsqu'il fait beau. Cet article aurait été une tentative d'analyse psychologique, tentant de démontrer que les propriétaires de motos, des véhicules en moyenne particulièrement bruyants, sont des gens primaires et égoïstes. Un coup de gueule, en somme.

Réflexion faite, j'aimerais écrire un article plus positif et, surtout, inscrire cette problématique dans un contexte un peu plus général. Mais pas trop général : je sais qu'il existe énormément de sources de bruits (avions, trains, voisins, chantiers, industrie, etc.), mais c'est bien du bruit routier dont j'aimerais parler.

Le premier constat encourageant, c'est que, même si ça n'est pas une problématique dont on parle souvent (j'en discute rarement avec mes amis ou mes collègues, par exemple), il semblerait que je ne sois pas le seul à trouver le bruit routier gênant. Des associations existent. En Suisse, si je me souviens bien, Cercle Bruit avait réalisé, il y a un an ou deux, une campagne spécifiquement dédiée au bruit routier, encourageant les conducteurs à rouler à bas régime.

J'en profite ici pour citer un tweet de @BoredElonMusk, qui illustre que l'agacement provoqué par le bruit routier et, en particulier, celui causé par les motos, est bien universel :
“Service that lets you hire loud motorcycles to follow other loud motorcycles to sit outside their house and just rev for an extended period.”
Je paierais cher pour un tel service...

Le deuxième constat encourageant, c'est que, selon un ami, la police commence à prendre le problème du bruit routier au sérieux et à distribuer des amendes aux propriétaires d'engins trop bruyants (car il y a, fort heureusement, des lois contre ce genre de véhicules). C'est parfaitement anecdotique et ne concerne, en l'occurence, que la région lausannoise, près de laquelle j'habite.

Comme le savent ma femme, ma famille, mes amis, mes collègues et, en résumé, toute personne avec qui j'ai parlé plus de dix minutes, je suis absolument enthousiasmé par les concepts de voitures électriques, d'une part, et de voitures autonomes, d'autre part.

Le troisième constat encourageant, donc, c'est que les voitures électriques abordables, c'est pour bientôt. Tesla a annoncé il y a deux mois son Model 3, qui devrait être vendu pour 35'000 dollars. Les Pays-Bas ont également annoncé vouloir interdire la vente de véhicules non-électriques d'ici 2025. D'ici neuf ans. Ca n'est pas demain, mais presque. Je ne suis évidemment et de loin pas la seule personne à être autant excitée par cette tendance. Voir par exemple cet article : "The Electric Car" ("The electric car is going to take over the world. Soon.").

Passé un certain enthousiasme initial, toutefois, une recherche rapide permet de comprendre que "les voitures électriques ne sont moins bruyantes" que jusqu'à 30 km/h (voir "Fiche d’information concernant la 2e idée reçue : Les voitures électriques sont une solution au problème du bruit" et "Description of basic variables"). Autrement dit, les voitures électriques ne résolvent pas totalement la problématique du bruit routier. En effet, à des vitesses supérieures à 30-40 km/h, la majorité du bruit causé par un véhicule vient des pneus et du revêtement routier, pas du moteur.

Les véhicules électriques seraient-ils une fausse piste ? Je ne pense pas, pour plusieurs raisons.

La première raison est qu'une très grande partie de la population, il me semble, vit dans des zones où les véhicules roulent à des vitesses relativement faibles (villes et villages) et non près d'autoroutes, où la vitesse moyenne des véhicules fait que la majorité du bruit, on peut s'en convaincre aisément, est effectivement produit par le frottement des pneus contre la chaussée.

La deuxième raison est qu'en Europe, en tout cas, les boîtes manuelles sont bien plus répandues que les boîtes automatiques et que la plupart des conducteurs ne savent pas (ne veulent pas ?) rouler à bas régime (disons, autour des 1500-2000 tours / minute maximum). Parler du bruit routier en termes de vitesse moyenne uniquement ne donne pas une image exacte/complète de la situation. C'est nier le fait qu'une partie non-négligeable des usagers de la route roulent régulièrement à un régime beaucoup trop élevé. Ce sont bien les pics de bruit, ceux qui dérangent les riverains, qu'il faut prendre en considération (donc les changements de vitesse, accélérations, décélérations, etc.).

Troisième et dernière raison : il me semble (à nouveau, c'est un point à vérifier) que les bruits graves (typiquement ceux causés par les moteurs) traversent plus facilement les murs et les fenêtres que les bruits aigus (typiquement ceux causés par les pneus au contact de la chaussée). Au final, le bruit qui dérange les riverains est souvent celui perçu à l'intérieur des habitations (lorsqu'ils dorment, par exemple) et moins celui perçu à l'extérieur (sur une terrasse ou un balcon). C'est du moins mon cas.

Au final, je reste donc toujours excité par le développement des voitures électriques. Je suis convaincu qu'elles participeront à un environnement moins bruyant. Et n'oublions pas qu'il y a d'autres raisons de se réjouir (réduction de la pollution de l'air, écologie, etc.). C'est la seule solution plausible et viable sur le long terme. Comme l'explique Matthew Inman, il est absurde que nous en soyons encore à utiliser des véhicules basés sur des moteurs à explosion, qui utilisent des liquides combustibles, polluants et non renouvelables.

Quoi qu'il en soit, que les voitures électriques participent à rendre significativement moins aigu le problème de la pollution sonore ou non, des revêtements de route et des pneus silencieux devraient également être encouragés, voire rendus obligatoires. Le cumul de plusieurs solutions est souvent une bonne approche.

A encore plus long terme (mais peut-être pas tant que ça ?), les voitures autonomes devraient permettre une petite révolution des transports publics (optimisation des trajets, trajets à la demande, etc.). J'espère que ce développement permettra aussi de réduire le nombre de véhicules sur les routes, mais ce point reste à confirmer.

En conclusion, j'espère que la société verra un jour les véhicules bruyants comme elle voit aujourd'hui la fumée dans les lieux publics, à savoir comme un facteur négatif pour la santé publique et, donc, quelque chose de complètement absurde.

Je suis probablement victime de mon côté rêveur, mais, bien plus que la simple réduction du bruit ambiant, j'espère que les lieux de vie communs (villes, quartiers, villages, etc.) deviendront un jour globalement plus agréables, plus paisibles, plus esthétiques. Oui, je sais, il y a certainement des problèmes plus pressants à résoudre, mais l'un n'empêche pas l'autre. J'aime beaucoup les villes qui arrivent, par leurs parcs, leurs rivières ou la manière dont elles intègrent la végétation avec les bâtiments et les rues, à devenir moins étouffantes, à recréer une sorte d'ambiance de campagne à la ville, en quelque sorte.

Une campagne sans motos, bien entendu !

Mise à jour (5 juin 2016). La Norvège se lance apparemment sur la même voie que les Pays-Bas : "Norway reportedly agrees on banning new sales of gas-powered cars by 2025". Comme l'article l'explique, il semblerait que le projet des Pays-Bas ne soit pas aussi avancé que celui de la Norvège. Espérons toutefois que ces deux Pays fassent des émules !

Tuesday, May 17, 2016

Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA : hold-up contre des propriétaires

Avertissement 1. J'ai écrit cet article dans un esprit de défense du droit des consommateurs, de la manière la plus objective et factuelle possible. Je me suis déjà prêté plusieurs fois à cet exercice dans le passé et, connaissant mes droits, je suis prêt à aller jusqu'au bout pour défendre la présence de ce texte sur internet (ce que j'ai déjà fait ces dernières années). Si l'une ou l'autre des entreprises mentionnées désire faire entendre sa position officielle, qu'elle me contacte et je la citerai volontiers, par souci de transparence et d'objectivité.

Avertissement 2. J'utilise ici le terme "hold-up" bien évidemment au sens figuré. Je ne prétends pas que les entreprises citées utilisent la menace physique pour forcer les propriétaires à les payer.

L'hypothèque légale est un outil juridique peu connu des Suisses - tout du moins de ceux qui n'ont jamais acheté un bien immobilier - qui permet aux entreprises ayant travaillé sur un chantier d'exiger aux propriétaires le paiement de leurs prestations, même si celles-ci ont déjà été payées par ledit propriétaire via un intermédiaire, à savoir l'entreprise générale.

Je cite la définition de Palud Avocats :
"L’hypothèque légale des artisans et entrepreneurs est un puissant moyen de droit privé qui permet, par l’inscription d’une hypothèque sur l’immeuble où des travaux ont été effectués, d’assurer à l’artisan qui les a réalisés le paiement de sa prestation."
Je cite encore largement l'article "L’hypothèque légale, l’arme des artisans" de Bon à savoir, qui résume bien le concept d'un point de vue pratique :
"Si la facture d’un maître d’état reste impayée, il dispose d’un droit de gage pour faire valoir ses droits. 
Passer deux fois à la caisse pour un chantier, c’est un comble! Des propriétaires en font pourtant régulièrement l’amère expérience. 
Quand on confie la construction de sa maison à une entreprise générale, il peut arriver que les factures des artisans œuvrant sur le chantier ne soient pas réglées. Soit parce que l’entreprise générale, elle-même en difficultés financières, utilise le montant prévu à d’autres fins. Soit parce que le coût total de la maison dépasse le budget prévu initialement, et que le crédit de construction est épuisé (lire TCF 1/2010). 
L’artisan essuie dans ce cas une perte sèche, non seulement pour les heures passées sur le chantier, mais pour le matériel livré et posé. Selon les sommes en jeu, elle peut entraîner la faillite de l’entreprise. Le seul moyen d’obtenir réparation est de requérir la constitution d’un droit de gage sur l’immeuble, appelé «hypothèque légale», à hauteur du montant perdu. 
[...] 
Une fois le travail fini, l’artisan dispose d’un délai de trois mois pour agir. Si, ce qui est la plupart du temps le cas, la créance n’est pas reconnue par le propriétaire, il devra saisir un juge pour demander une inscription provisoire au Registre foncier avant l’échéance. Ce dernier entendra alors les deux parties. Dans un deuxième temps, le magistrat statuera sur l’inscription définitive. 
Pour le propriétaire, le rêve se transforme alors en cauchemar. S’il veut éviter d’en arriver là, il n’aura pas d’autre choix que de passer à la caisse, et de payer une seconde fois le montant déjà versé à l’entreprise générale. Dans le pire des cas, si le maître d'œuvre engage des poursuites, il sera contraint de vendre son bien. Car les hypothèques légales ont un rang privilégié: elles passent avant les autres créances, même les crédits accordés par les banques. 
Choqué de voir des propriétaires en arriver là, le Tribunal fédéral, avait lui-même appelé de ses vœux une révision de la loi en faveur de ces derniers. Refusant d’enlever leur moyen de défense aux petites entreprises, le Parlement a, au contraire, renforcé l’hypothèque légale: les maîtres d’état disposeront, dès 2012, d’un délai de quatre mois pour la faire inscrire!"
On comprend la détresse des entreprises qui ont fourni un travail et qui ne peuvent pas être payées. De loin, l'hypothèque légale ressemble donc à un outil utile et juste, qui garantit leur survie. Toutefois, comme l'explique bien l'article ci-dessus, dans la pratique, les choses sont un peu plus compliquées.

A cause de l'incompétence et/ou de la malhonnêteté croissante de certains entrepreneurs généraux, probablement attiré par l'argent facile, l'hypothèque légale se transforme ni plus ni moins en un hold-up. Le propriétaire, qui a pourtant déjà payé le montant dû et ne peut donc rien à la situation de l'entreprise, se voit contraint de la payer une deuxième fois. Il doit également s'acquitter d'intérêts et de frais de justice. L'hypothèque légale est donc bien un outil... légal, mais, dans la pratique, il s'agit d'un outil parfaitement immoral.

Pour plus d'informations sur le principe de l'hypothèque légale, vous pouvez encore consulter les articles suivants :
L'article de Bon à savoir le met bien en évidence : "Pour le propriétaire, le rêve se transforme alors en cauchemar." Cela a été notre cas. Je l'expliquerai plus en détails dans un autre article. Je veux ici insister principalement sur les hypothèques légales.

Voici donc la liste des entreprises qui ont exigé des hypothèques légales à notre encontre depuis l'achat de notre appartement en février 2014, avec la date de demande d'inscription et le montant (en francs suisses) :
[*] = lien sur le registre du commerce

Ces entreprises sont inscrites dans les registres du commerce des cantons de Fribourg (Berisha Carrelages), du Valais (Ideal Project) et de Vaud (Antonio Ficeto et Constructions métalliques du Pierrier / CMP). Elles sont toutefois toutes actives dans le canton de Vaud.

L'hypothèque légale de Berisha Carrelages Sàrl a été supprimée suite à la signature par tous les co-propriétaires d'une convention, qui impliquait, entre autres, la suppression de toute garantie sur les travaux effectués. Nous avons signé cette convention défavorable à contre-cœur, sous la pression de certains co-propriétaires. Bien mal nous en a pris, car une partie du travail de Berisha Carrelages Sàrl est de mauvaise qualité, comme le prouve la photo qui suit :
Exemple de défaut (Berisha Carrelages Sàrl)
Autre exemple : après un peu plus d'un an, la plupart des joints en silicone posés par Berisha Carrelages Sàrl sont déjà en train de s'effriter. En l'absence de garantie, nous sommes donc obligés de faire appel aux services d'un autre carreleur pour corriger ces défauts.

L'hypothèque légale d'Ideal Project Sàrl, abusive et destinée uniquement à exercer une pression sur nous, a été purement et simplement supprimée par le tribunal le 12 février 2016.

Sans nouvelles, nous considérons que l'hypothèque légale d'Antonio Ficeto Sàrl est toujours d'actualité, mais nous n'avons reçu aucune information à son sujet depuis des mois. Une partie du travail de cette entreprise est également de mauvaise qualité (ventilations défectueuses ayant dû être changées, tuyauterie bruyante, etc.).

Enfin, l'inscription provisoire de l'hypothèque légale de Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA a été confirmée le 12 mai 2016. L'affaire suit donc son cours. Sont pour l'instant concernés une vingtaine de propriétaires, sur deux chantiers, à Bavois et Morrens, dans le canton de Vaud (Gros-de-Vaud).

Dans le cas de cette dernière entreprise, nous ne pouvons que nous étonner du fait que Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA ait pu effectuer pour plus de 200'000 CHF de travaux sans toucher le moindre centime de la part de l'entreprise générale (Ideal Project Sàrl). Et on ne parle ici que de nos immeubles : pour l'ensemble des chantiers, on atteint probablement des montants bien plus élevés. Pourquoi Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA a-t-elle attendu une somme aussi importante avant de cesser les travaux ? Est-il juste que les co-propriétaires fassent les frais de cette décision étrange ?

D'un point de vue éthique, il me semble qu'il s'agit d'un problème que les deux entreprises, Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA et Ideal Project Sàrl, doivent résoudre entre elles. Or, les co-propriétaires, qui ont pourtant déjà payé leur appartement, sont, une fois de plus, pris à parti et seront probablement obligés de payer encore une fois les travaux effectués, si le juge statue dans ce sens. A nouveau, c'est absolument immoral !

Plus grave et probablement plus concret : Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA n'en est pas à son premier coup d'essai. L'année passée déjà, en 2015, cette entreprise avait essayé de faire inscrire des hypothèques légales sur l'un des bâtiments voisins du nôtre, dont la construction est également "gérée" par Ideal Project Sàrl. Si j'ai bien compris, cette requête a été refusée sous prétexte que la facture impayée (200'000 CHF) devait techniquement être ventilée sur l'entier du chantier (trois bâtiments, dont le nôtre). D'où la seconde tentative d'inscription d'hypothèques légales de cette année, qui nous concerne donc directement. Durant l'audience au tribunal pour la première demande d'inscription, l'avocat d'Ideal Project Sàrl avait proposé à Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA de mettre en garantie deux appartements encore non vendus pour couvrir le montant à payer. Pour une raison que j'ignore, Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA a refusé cet arrangement !

N'oublions pas non plus que cette attaque de la part des entreprises impayées (ou qui prétendent l'être) peut mettre les propriétaires dans des situations financières difficiles. Après tout, on n'achète pas un appartement dans une PPE si l'on est riche, seulement parce que cela a plus de sens qu'une location d'un point de vue financier sur le long terme.

Notons encore qu'aucune des quatre entreprises citées (Berisha Carrelages, Ideal Project, Antonio Ficeto et Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA) n'ont cherché à discuter avec les co-propriétaires et à trouver des solutions alternatives à un paiement à double du travail effectué. Leur seule approche a été une attaque sur le plan légal.

Citons alors ici quelques entreprises qui, bien que dans des situations similaires (pas payées par l'entreprise générale) ont décidé de ne pas déposer d'hypothèques légales et, plutôt, de chercher la discussion avec les co-propriétaires :
Je ne peux que les féliciter de leur comportement exemplaire.

Je laisserai les potentiels clients des entreprises citées dans cet article tirer toutes les conclusions qui s'imposent. Je pense avoir présenté les faits de la manière la plus neutre et objective possible, sans toutefois dissimuler mon ressenti général sur l'outil qu'est l'hypothèque légale, outil à mon avis largement inadéquat dans la réalité actuelle du monde suisse de l'immobilier.

Lorsque nous parlons de notre situation à d'autres personnes, nous faisons souvent face à beaucoup d'incompréhension : les gens sont en effet choqués de découvrir l'absurdité du système des hypothèques légales. Pour nous, au final, c'est un profond sentiment d'injustice qui domine, comme si nous n'arrivions pas à sortir d'un mauvais rêve qui dure depuis maintenant plus d'un an et demi.

Note. Cet article fait partie d'une série de plusieurs articles concernant notre situation difficile avec un appartement en PPE acheté à Morrens (près de Lausanne, dans le Canton de Vaud) :
  1. Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA : hold-up contre des propriétaires
  2. Tissot Immobilier : notre expérience en tant qu'acheteurs
  3. Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne : mêlée à un chantier très difficile
  4. Ideal Project (entreprise générale) : notre expérience cauchemardesque
    Mise à jour (30 mai 2016). Nous avons reçu aujourd'hui, comme tous les co-propriétaires, j'imagine, une lettre de l'avocat de Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA nous proposant "généreusement" de payer 13'000 CHF jusqu'au 30 juin 2016, afin d'éviter la suite de la procédure. 72 CHF de rabais sur une somme que nous ne devons moralement pas payer, quelle aubaine ! Si cela ressemble à du chantage psychologique, cynique mais toutefois légal, c'est qu'on n'en est effectivement pas très loin...

    Mise à jour (2 juin 2016). J'apprends aujourd'hui par la Banque Raiffeisen du Mont-sur-Lausanne, qui s'est occupée de financer une partie du chantier géré par Ideal Project Sàrl, qu'une augmentation de crédit a été acceptée par la banque et que certaines entreprises qui n'avaient pas été payées l'ont aujourd'hui été partiellement. Problème : Constructions métalliques du Pierrier / CMP SA, qui a décidé de faire cavalier seul et de s'en prendre directement aux propriétaires, ne fait pas partie de ces entreprises.

    Mise à jour (19 juin 2016). Nous avons reçu un courrier du tribunal daté du 16 juin 2016 confirmant la radiation de l'inscription provisoire de l'hypothèque légale d'Antonio Ficeto Sàrl. Tout comme dans le cas d'Ideal Project Sàrl, la procédure n'est donc pas allée plus loin. Dans un cas comme dans l'autre, on voit bien que les hypothèques légales sont régulièrement utilisées comme de purs moyens de chantage par les entreprises. Il y a là un dysfonctionnement profond du système judiciaire suisse.