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Sunday, January 12, 2020

Lire plus de fiction II

J'ai passé un bon moment à fusionner les listes de livres mentionnées dans mon article précédent, à l'aide de quelques expressions régulières bien choisies pour l'extraction des données, avant de m'apercevoir qu'il existe déjà un site faisant ce que je cherchais à faire : The Greatest Books.

Seulement, au lieu d'utiliser les 5-6 listes que j'avais sélectionnées, ce site en utilise une centaine. C'est beaucoup mieux que ce que j'avais en tête. Il n'utilise pas toutes les listes de ma première sélection, mais ça n'est pas vraiment grave, vu la quantité totale de listes exploitées. Je regrette peut-être juste que la liste "Best Books Ever" de Goodreads ne soit pas inclue.

Un rapide coup d'oeil à la liste de livres sur The Greatest Books permet de se convaincre de son côté international. Proust est en tête, suivi par James Joyce, puis par Miguel de Cervantes.

Dans les cent premières entrées, on trouve les livres français suivants :
  • À la recherche du temps perdu de Marcel Proust (1)
  • Madame Bovary de Gustave Flaubert (14)
  • L'Étranger d'Albert Camus (35)
  • Le Rouge et le Noir de Stendhal (39)
  • Candide de Voltaire (50)
  • Les Misérables de Victor Hugo (52)
  • Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline (82)
  • L'Éducation sentimentale de Gustave Flaubert (84)
  • Gargantua et Pantagruel de Francois Rabelais (91)
  • Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire (95)
10% de livres français, donc, ça n'est pas énorme, mais ça me paraît raisonnable. Pour une sélection de dix oeuvres françaises incontournables, ça m'a également l'air totalement acceptable.

Pour comparaison, la liste "Top des meilleurs classiques de la littérature française" sur SensCritique contient les livres suivants dans les dix premières positions :
  • Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire
  • Les Misérables de Victor Hugo
  • L'Étranger d'Albert Camus
  • Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos
  • Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry
  • Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline
  • Madame Bovary de Gustave Flaubert
  • Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand
  • Bel-Ami de Guy de Maupassant
  • Le Rouge et le Noir de Stendhal
6 de ces livres se retrouvent dans les 10 premiers livres français de The Greatest Books. Les Liaisons dangereuses arrive en position 136 dans The Greatest Books ; Le Petit Prince, en position 107 ; Cyrano de Bergerac, en position 511 ; Bel-Ami n'apparaît pas dans la liste. Quoique imparfaite, on a donc une certaine cohérence entre ces deux listes.

Bref, je ne vais pas m'étendre encore plus sur le sujet. Tout ça pour dire que je vais adopter The Greatest Books comme liste de référence pour mes "classiques" littéraires. En 2020, j'ai déjà lu Candide, avec beaucoup de plaisir.

Côté cinéma, j'utilise désormais le site Phi-Phenomenon comme référence. Il s'agit d'un site qui synthétise également plusieurs listes de films "classiques". J'ai rapidement été convaincu : comment ne pas faire confiance à une liste qui contient 2001: A Space Odyssey en première position ? :)

Saturday, December 28, 2019

Lire plus de fiction

Je me faisais la remarque, récemment, en regardant la liste des livres que j'ai lus en 2019, que je ne lis pas énormément de fiction. C'est pourtant quelque chose que j'aimerais faire plus, mais, naturellement, j'ai plutôt tendance à lire des essais ou des ouvrages de vulgarisation.

Je réalise progressivement que cette tendance est due à l'idée, peut-être inconsciente, que la littérature non fictionnelle cache une promesse, celle de permettre au lecteur d'apprendre quelque chose, de découvrir de nouvelles idées et, au final, de devenir une personne un peu meilleure. C'est particulièrement flagrant avec les livres de développement personnel (self-help, en anglais), mais il me semble que cette promesse est presque toujours là, implicitement, qu'il s'agisse d'un ouvrage de psychologie, de philosophie ou d'une biographie. Voire d'un livre de recettes de cuisine.

Du coup, il y a presque quelque chose de l'ordre de l'addiction. Et si ce livre-là, le prochain que je vais lire, me permettait de développer ma compassion envers les autres ? Ou d'améliorer ma santé ? Ou de devenir un meilleur ingénieur ? Un meilleur père ?

Je m'étais donné comme but il y a plusieurs années de lire en tout cas un "classique" chaque année (quelle que soit la définition que l'on donne à ce mot). Il y a quelques temps, j'ai à nouveau réalisé avec frustration que c'est beaucoup trop peu. J'ai vraiment envie d'être plus ambitieux.

Le problème, c'est que les classiques sont souvent longs à lire. La plupart des livres que je lis font peut-être 150-300 pages, rarement plus. Les classiques peuvent en faire 900 ou 1000, facilement.

Un autre problème, c'est que les livres non fictionnels peuvent être résumés. Et j'aurais tendance à dire qu'ils peuvent souvent l'être sans grande perte. Je n'ai pour l'instant lu qu'un seul résumé de livre (Summary: The 4-Hour Body, un résumé de The 4-Hour Body de Tim Ferriss), mais je pourrais être tenté d'utiliser un service tel que Blinkist à l'avenir. Pour un livre de fiction, au contraire, lire un résumé au lieu de l'oeuvre complète n'a aucun sens.

Pour les films, j'arrive pour l'instant facilement à regarder 2-3 "classiques" par mois, donc 25-30 par année. En dix ans, j'arriverai donc à regarder un nombre raisonnable de ces films. Disons 200-300 environ. C'est déjà pas mal.

Pour les livres, comme dit, c'est beaucoup plus problématique, mais j'ai tout de même envie de faire un effort. Concrètement, je vais viser dans un premier temps les classiques qui se trouvent au moins sur plusieurs listes de livres considérés comme des classiques.

Mais quelles listes ?

Rapidement, j'en trouve plusieurs :
Littérature française, point de vue français, vingtième siècle : ces listes sont quelque peu biaisées. Si l'on va voir du côté de Goodreads, c'est le biais anglo-saxon qui ressort, cette fois-ci. C'est un phénomène qu'on retrouve beaucoup moins quand on regarde des listes similaires pour les films.

En dehors de la liste établie par le Cercle norvégien du livre, il semblerait donc qu'il faille "choisir son camp". Etant de langue maternelle française, je favoriserais donc plutôt un point de vue francophone. Par contre, il me paraît inutilement contraignant de s'en tenir à la littérature du vingtième siècle, aussi riche soit-elle.

Et puisqu'on parle de langue : en dehors du français et de l'anglais, je devrai me contenter de traductions. Même pour l'allemand, que j'ai pourtant étudié durant des années. Or, une bonne traduction, c'est chose plutôt rare, si j'en crois les arguments convaincants de Milan Kundera. Il faudra donc que j'accorde une attention toute particulière à ce point.

Pour ce qui est de la longueur des livres et pour ne pas me décourager en enchaînant des pavés, il me semble sain d'alterner des livres plutôt longs et des livres plutôt courts. Le site Reading Length donne des approximations pour ce qui est du nombre de mots et du temps de lecture d'un livre. Pour les films, c'est un critère que je n'ai pas besoin de prendre en compte, puisque la plupart des films durent entre 90 et 180 minutes, rarement plus.

Voilà pour la théorie. On verra ce que ça donne en pratique !

Friday, April 13, 2018

La vie est trop courte, mais de combien exactement ?

La vie est courte. Je l'ai déjà écrit : c'est un peu une obsession, ces derniers temps. J'imagine qu'il faut que j'apprenne à prendre un certain recul par rapport à cela. En même temps, si la méditation m'a bien appris quelque chose, c'est à accepter ce qui est. Le fait est que je traverse une phase où je m'interroge sur la meilleure manière d'occuper mon temps, de plusieurs points de vue : activités culturelles (livres, films, séries, voyages, etc.), vie personnelle, vie professionnelle, etc. Plutôt que d'éviter ce questionnement, autant l'accepter et suivre le raisonnement jusqu'où il me mène.

Jusqu'à présent et comme je le mentionnais déjà dans l'article en lien plus haut, ma démarche rencontre pour l'instant une certaine incompréhension. A en croire certains, je réfléchis trop. Ou alors je réfléchis trop à des choses déprimantes. Pire : je serais peut-être même angoissé/obsédé par la mort. Pour d'autres, il semblerait que le fait que la vie est courte n'est pas une évidence. Serait-ce quelque chose dont on se rend compte plus facilement à partir d'un certain âge ? En tout cas, ça n'est pas vraiment un scoop : la plupart des gens préfèrent ne pas penser à leur mort, donc au fait que leur vie s'arrêtera un jour. Alors, oui, ils préfèrent "vivre le moment présent", en tout cas lorsqu'on leur rappelle qu'eux aussi, ils mourront un jour. Mais n'est-ce pas une solution de facilité ?

En fait, il me semble qu'essayer de vivre le plus possible le moment présent et prendre en compte notre finitude ne sont pas des approches exclusives. Que l'on n'ait plus qu'un an à vivre ou que l'on en ait encore cent, cela ne change rien au fait que c'est de toute façon une bonne idée de profiter du moment présent, d'être attentif aux gens et aux choses autour de soi.

Par contre, n'avoir plus qu'un an à disposition ou en avoir encore cent, cela change tout de même pas mal de choses, dans la pratique.

Pour ma part, je vais avoir 40 ans cette année. Selon les chiffres que j'ai pu trouver, mon espérance de vie est de 82 ans. Il me resterait donc 42 ans à vivre, en moyenne. Tout en sachant que je peux mourir demain ou alors dans 80 ans, à l'âge de 120 ans. Impossible de le savoir.

Appliquons ces chiffres à quelques cas concrets qui me parlent. Les films, par exemple. Est-il possible de voir tous les films qui ont été réalisés ? Dans le cas contraire, combien de films puis-je encore espérer voir durant mon existence ? Y a-t-il une sorte de filtre que je puisse appliquer pour ne regarder que les films qui en valent la peine ?

En première approche, il peut être intéressant de se demander combien de films existent déjà. Un premier lien sur Quora me donne une réponse de 326 609 films. Un autre lien mentionne "presque 300 000" films.

A la question de savoir combien de temps il faudrait pour regarder tous les films existants, une personne part sur la base de 541 226 films d'une durée totale de 30 603 173 minutes, à savoir 58 ans. Si on s'en tient aux films de plus de 60 minutes, on se retrouve avec 233 590 films d'une durée totale de 23 108 401 minutes, donc de 44 ans.

Même en y consacrant tout mon temps, il semble bel et bien que ce soit mission impossible. Mais je ne passe pas tout mon temps libre à regarder des films : selon mes statistiques personnelles, je regarde une trentaine de films par année en moyenne. Disons trente, pour arrondir, ce qui, sur 42 ans restants, correspond à 1 260 films.

En arrondissant généreusement vers le haut, je peux donc espérer encore voir 1 500 films dans ma vie. Soit environ 0.3% à 0.5% de tous les films existants. Il me semble donc indispensable d'être exigeant dans mes choix. Ou tout du moins d'essayer de le faire.

Selon mes calculs basés sur les données d'IMDb, il faudrait donc que je m'en tienne à des films ayant une note supérieure ou égale à 8.1 si je ne considère que les films ayant 1 000 votes ou plus. Ma conclusion personnelle était la suivante : "It appears that it's probably a good idea to stay clear of feature films with a rating lower than 7 or 8, depending on the number of films."

Je suis bien conscient que les notes d'IMDb sont une approximation très imparfaite de mes goûts cinématographiques personnels ; je le vois en particulier avec les films de Scorsese (que j'ai vraiment énormément de peine à apprécier, mais dont les films ont généralement de bonnes notes sur IMDb) et ceux de Lynch (que j'adore, mais dont plusieurs films pourraient avoir de bien meilleures notes sur IMDb selon moi). A défaut de quelque chose de plus nuancé, IMDb permet en tout cas de séparer les films a priori excellents de ceux qui sont vraiment mauvais. Entre ces deux extrêmes, il est clair qu'il faut naviguer un peu subtilement, en prenant en compte les avis des spectateurs (IMDb, Rotten Tomatoes), ceux des critiques (Metacritic, Rotten Tomatoes), mes goûts personnels, etc.

Pour les livres, la problématique est la même. Une recherche rapide m'apprend que 129 864 880 livres auraient été publiés, au total. Du côté de mes statistiques, ce sont à peu près dix livres par an que je lis. Il me reste donc encore 420 livres à lire jusqu'à ma mort. En moyenne, toujours. Ça n'est pas beaucoup. Cela représente 0.0003% de tous les livres existants.

Pour la musique, il est un peu plus difficile de me faire une idée. Il y a quelques années, iTunes avait 26 millions de morceaux à disposition, pour un total de 1 300 000 heures. Selon Last.fm, j'écoute environ 4 500 morceaux par an. Je peux donc espérer écouter encore 176 400 morceaux de musique, soit 0.7% de tous les morceaux présents sur iTunes. En réalité, je me retrouve souvent à écouter la même musique, plutôt que de découvrir quelque chose que je ne connais pas ou peu. Cela est beaucoup plus vrai avec la musique qu'avec les films ou les livres.

Ces chiffres donnent une certaine perspective. Pour quelque chose de plus visuel, Tim Urban propose quelques représentations graphiques sur WaitButWhy et rappelle que le temps passé avec les gens que nous aimons est aussi limité. Paul Graham a aussi écrit un très bon article sur la courte durée de la vie.

Donc, oui, il y a une leçon a tirer de toutes ces considérations et c'est une leçon sérieuse, mais il faut aussi prendre tout cela avec une certaine légèreté. Faire des listes est quelque chose qui m'amuse. Faire des statistiques, également. Je ne pense pas qu'il faille trop s'attacher à une note IMDb minimale ou être systématiquement trop avare avec son temps, mais je pense aussi que c'est une erreur de ne pas penser du tout au temps qui nous reste, sous prétexte que cette réflexion est déprimante. La vie est faite pour être vécue et on peut le faire plus ou moins bien, selon les choix que nous faisons. Il faut donc donner un certain poids à ces choix, en tout cas la plupart du temps.

Mise à jour (5 février 2022). Récemment, je suis tombé sur un article ("There Are Too Many Video Games") qui mentionne le fait qu'il sort environ dix mille jeux vidéos par an rien que sur la plateforme Steam. Une vingtaine par jour, donc. Au total, il en existe probablement des millions. Je ne joue plus sérieusement à des jeux vidéos depuis presque vingt ans, mais cela donne le vertige !

Sunday, February 21, 2016

Milan Kundera et la modernité

C'est devenu une règle presque sans exception : je ne lis et, surtout, n'achète plus que des livres électroniques, depuis cinq ans maintenant.

Cela explique probablement pourquoi je n'ai lu aucun livre de Milan Kundera entre 2005 et 2015. Il s'agit pourtant d'un auteur que j'ai beaucoup aimé durant mon adolescence, que j'aimerais relire et dont j'aimerais également découvrir les oeuvres que je ne connais pas encore.

"C’est à cause de cette angoisse que, depuis plusieurs années déjà, j’ajoute à tous mes contrats, partout, une clause stipulant que mes romans ne peuvent être publiés que sous la forme traditionnelle du livre. Pour qu’on les lise uniquement sur papier, non sur un écran."
Je ne sais pas si beaucoup de personnes partagent cette sensibilité. Les réactions que j'ai pu glaner sur le web sont largement négatives. Une chose est certaine : Kundera a déjà perdu ; car, ironiquement, le dernier livre que j'ai lu de lui, en décembre 2015, Les Testaments trahis, je l'ai lu sur mon Kindle.

Une version non officielle ("pirate"), donc, et c'est loin d'être la seule. En cherchant un tout petit peu, j'ai également trouvé (et téléchargé, gratuitement) les oeuvres suivantes de Kundera :
Beaucoup de ses publications (romans, essais, etc.) manquent encore, mais il semble évident que, là où il y a une demande, il y a une offre.

Oui, Kundera a déjà perdu sa guerre dérisoire contre la dématérialisation numérique, contre cette technologie qu'il semble avoir tellement de peine à comprendre (il suffit de lire son oeuvre), mais je ne peux m'empêcher d'avoir de la sympathie pour son point de vue.

Je cite Kundera, d'abord sur le style et la syntaxe de Kafka, l'un des thèmes centraux des Testaments Trahis :
"L’imagination kafkaïenne [...] court comme une rivière, rivière onirique qui ne trouve de répit qu’à la fin d’un chapitre. Ce long souffle de l’imagination se reflète dans le caractère de la syntaxe : dans les romans de Kafka, il y a une quasi-absence de deux-points [...] et une présence exceptionnellement modeste de points-virgules. Si on consulte le manuscrit [...], on constate que même les virgules, apparemment nécessaires du point de vue des règles syntactiques, manquent souvent. Le texte est divisé en très peu de paragraphes. Cette tendance à affaiblir l’articulation [...] est consubstantielle au style de Kafka."
Plus loin, il explique :
"Le vol, long et enivrant, de la prose de Kafka, vous le voyez dans l’image typographique du texte qui, souvent, pendant des pages, n’est qu’un seul paragraphe « infini » où même les longs passages de dialogue sont enfermés."
Un peu plus loin encore, Kundera explique enfin la logique de l'importance de la typographie :
"Kafka insistait pour que ses livres soient imprimés en très grands caractères. [...] [Le] souhait de Kafka était justifié, logique, sérieux, lié à son esthétique, ou, plus concrètement, à sa façon d’articuler la prose. 
L’auteur qui divise son texte en de nombreux petits paragraphes n’insistera pas tellement sur les grands caractères : une page richement articulée peut se lire assez facilement. 
Par contre, le texte qui s’écoule en un paragraphe infini est très peu lisible. L’œil ne trouve pas d’endroits où s’arrêter, où se reposer, les lignes « se perdent » facilement. Un tel texte, pour être lu avec plaisir (c’est-à-dire sans fatigue oculaire), exige des lettres relativement grandes qui rendent la lecture aisée et permettent de s’arrêter à n’importe quel moment pour savourer la beauté des phrases. 
Je regarde Le Château dans l’édition de poche allemande : trente-neuf lignes lamentablement serrées sur une petite page d’un « paragraphe infini » : c’est illisible."
Le raisonnement est limpide : le style de Kafka exige une typographie particulière ; il faut respecter cette exigence. Je comprends parfaitement que Kundera ne veuille pas que son oeuvre soit malmenée comme celle de Kafka l'a été.

Je comprendrais également si Kundera nous expliquait que les livres électroniques, depuis bientôt dix ans, ont peu évolué et ne permettent pas suffisamment ce respect de la typographie qu'il défend. Mais ça n'est apparemment pas ce qu'il fait. Pas explicitement, en tout cas. J'ai plutôt l'impression qu'il rejette quelque chose qu'il ne connaît pas du tout.

Si Kundera avait un style syntactique distinctif, comme celui de Kafka, nécessitant une typographie particulière, il pourrait très bien inviter le lecteur de la version numérique de son oeuvre à la lire avec une police de caractères donnée. Dans un autre domaine que celui de la littérature, je pense par exemple aux instructions que donnait il y a quelques années le pianiste Keith Jarrett dans le livret de l'album No End (publié en 2013, enregistré en 1986) :
"Play this music LOUD, especially tracks 2 to 20, since many inner details will be lost at lower volumes."
Ou encore, à cette suggestion (probablement de la maison de disque), sur le vinyl original de Pangaea de Miles Davis :
"We suggest that you play this record at highest possible volume in order to fully appreciate the sound of Miles Davis."
J'en suis certain : il n'y a pas de honte pour un artiste sérieux à donner des instructions techniques à son public. Kundera pourrait très bien suivre cette piste. Mais il est clairement de l'ancienne génération d'artistes : celle qui interagit avec son public essentiellement à travers son art.

Et, puisque j'en suis à citer mes musiciens favoris, il est impossible de ne pas penser à Prince, qui a également toujours eu une relation conflictuelle avec la technologie et avec internet en particulier. Il est difficile de comptabiliser exactement le nombre de sites web qu'il a ouverts, puis fermés. Même chose pour ses comptes Twitter ou YouTube. Plus récemment, Prince a décidé de retirer toute sa musique de Spotify et tous les autres services de streaming, sauf Tidal. Il a aussi régulièrement combattu les blogs proposant des enregistrement pirates de sa musique.

Chez Prince, cette approche chaotique témoigne d'une mauvaise compréhension de la technologie, comme chez Kundera, mais aussi d'une volonté de contrôle, artistique, ce qui est louable, et financier, ce qui l'est, peut-être, légèrement moins.

L'approche de Kundera est plus intellectuelle, plus rigoureuse, mais Prince a au moins le mérite d'essayer d'utiliser la technologie à son avantage. Quitte à régulièrement changer de direction et frustrer ses fans.

Enfin, il faut bien reconnaître que les livres "pirates" de Kundera que j'ai pu télécharger sont de qualité variable. Si Kundera se souciait vraiment de la manière dont son oeuvre est présentée, dont elle lue par ses lecteurs, il s'empresserait de publier des versions numériques officielles de ses livres.

Il s'agirait d'un compromis intelligent, de la part d'un auteur intelligent. Vu l'âge actuel de Kundera (bientôt 87 ans), je ne me fais toutefois pas beaucoup d'illusions...

Tuesday, June 30, 2015

Les livres et la fuite du temps

J’aime lire, mais je ne lis pas assez. C’est quelque chose que je sais depuis longtemps et cela fait en tout cas plus de cinq ans que je fais un effort conscient pour y remédier. Malgré cela, je réalise régulièrement que je peux faire mieux.

Par exemple, récemment, je suis tombé sur cet article : "Three thousand reasons to choose your reading carefully", de Beulah Maud Devaney. L’auteure commence en écrivant :
"According to the book review website Goodreads I recently finished reading my 1,000th book."
Mille livres ! Je ne sais pas exactement quel âge a cette personne - je dirais qu'elle semble avoir environ trente ans - mais, dans tous les cas, ce nombre m'impressionne. Vraiment.

Selon une liste que je tiens à jour, j'ai lu au total 81 livres. Disons 120 au grand maximum si je prends en compte tous ceux que j'ai pu lire à l'école ou durant mon enfance, et que je n'ai pas eu l'occasion d'inclure dans ma liste. En Suisse, l'espérance de vie est à peu près de 80 ans pour un homme. En moyenne, il me reste donc encore 43 ans à vivre. Si j'extrapole tous ces chiffres et si je maintiens mon rythme actuel, je peux m'attendre à lire encore 400 livres. 500, peut-être, en étant optimiste. Autrement dit, je lirai 600 livres durant toute mon existence. Dans son article, Beulah estime qu'elle aura l'occasion d'en lire 3000, soit cinq fois plus que moi. Un nombre définitivement impressionnant, je le maintiens !

Mais il y a de l'espoir : en me "disciplinant" un peu, j'ai réussi à passer de 6 livres par année en 2010-2012 à 11 livres par année en 2013-2014. Je suis bien parti cette année pour maintenir la cadence, malgré un changement de domicile me privant des transports publics dont je profitais pour lire quotidiennement.

Comme je l'expliquais déjà il y a quelques années, je me rassure aussi en me disant que je lis des ouvrages relativement difficiles (essais philosophiques, vulgarisation scientifique, etc.). Des lectures parfois ardues, demandant plus de concentration, donc naturellement plus longues. Il se peut également que Beulah lise des livres en moyenne plus courts que ceux que je lis. Une meilleure métrique pour quantifier nos lectures serait donc de comptabiliser les mots plutôt que les livres.

Je ne peux toutefois m'empêcher de penser que cette obsession pour la quantité a quelque chose de malsain. Au mois de décembre passé, j'ai décidé de lire L'Alchimiste de Paulo Coelho. Je n'avais jamais rien lu de cet auteur. Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre. Je savais juste qu'il s'agissait d'un bestseller. Très court. C'était donc surtout l'occasion pour moi de faire une lecture de plus juste avant la fin de l'année. Au final, ce livre s'est avéré être l'une des mes plus grosses déceptions littéraires. Une véritable perte de temps.

C'est donc un lieu commun, mais la quantité et la qualité sont deux choses bien distinctes. Comme Beulah, j'aspire maintenant à ne plus perdre mon temps et à lire des livres de qualité, qui m'apportent vraiment quelque chose.

Le problème est que la qualité est quelque chose de fondamentalement subjectif. Depuis dix ans maintenant, chaque fois que j'ajoute un concert, un film, etc. à mes listes, je lui donne une note sur cinq. Pour la première fois depuis que je me livre à cet exercice, je me suis amusé à calculer la moyenne de mes notes pour chacune de mes listes :
Ces valeurs sont bizarrement homogènes. Y a-t-il un biais quelque part ? Suis-je trop généreux ? Aurais-je tendance à donner de bonnes notes, inconsciemment, pour me convaincre que je n'ai pas perdu mon temps ? Ou ces chiffres reflètent-ils plutôt que mes choix sont généralement bons ?

Je ne le sais pas. Ce qui est certain, c'est que je suis plus motivé que jamais à maintenir mes exigences. Depuis longtemps déjà, j'essaie d'éviter les films qui ont une note inférieure à 7 sur 10 sur IMDb. Je suis parfois même tenté d'élever cette limite à 7.5, voire 8 ! Mais ce serait probablement un peu extrême...

Pour les livres, je me base sur les notes d'Amazon ou de sites tels que Goodreads. A défaut de mieux. Tout en piochant parfois dans ma liste de lecture personnelle, pour l'instant un peu aléatoire, je le reconnais.

Pour le reste (concerts, pièces de théâtres et expositions), il y a en quelque sorte une prise de risques plus grande. Même mes musiciens favoris peuvent parfois donner des concerts qui ne sont pas à la hauteur de leur talent. Mais ce sont encore les pièces de théâtre qui nous réservent les plus grandes surprises, car nous commandons souvent nos billets longtemps à l'avance et n'avons donc pas l'occasion de lire les critiques dans la presse.

Enfin, il ne faut pas oublier que le fait de donner une note à une oeuvre culturelle est un exercice très difficile. Les niveaux de fatigue et de concentration, par exemple, ont une très grande influence sur la perception que peut avoir une personne d'une pièce de théâtre ou d'un concert. Le fait de pouvoir réécouter un concert, en particulier - album officiel ou enregistrement pirate - est une expérience éclairante, de ce point de vue.

Ce qui manque, somme toute, ce sont des services de recommandations véritablement personnalisés, comme l'explique l'article "Search, discovery and marketing" (merci à @avernet pour le lien). Le concept n'est bien entendu pas nouveau, mais les résultats sont pour le moment assez décevants. Pour être réellement utile, un algorithme de recommandation devrait idéalement être capable de me conseiller un livre en fonction de l'historique des livres que j'ai lus (y compris de l'ordre dans lequel je les ai lus ?), de mon humeur, de mon niveau d'énergie, de mes centres d'intérêts, etc. Bref, de bien des éléments que les algorithmes actuels, encore très naïfs, ne peuvent pas encore prendre en compte.

En attendant mieux, il y a une leçon à tirer de tout cela. En ce sens, les livres sont une métaphore. Ce qui est vrai pour la lecture et les autres activités culturelles que j'ai mentionnées l'est évidemment aussi pour bien d'autres choses : la vie est trop courte pour perdre son temps avec la médiocrité. Cela est valable pour les relations humaines, le travail, les loisirs, la nourriture, etc. Il est important d'avoir des exigences très élevées quant à la manière dont nous utilisons notre temps. Tout en gardant à l'esprit que cela reste un exercice particulièrement délicat et qu'il s'agit par conséquent de ne pas être trop sévère avec soi non plus !

Sunday, June 29, 2014

Point lecture (premier semestre 2014)

Je me suis déjà exprimé sur la difficulté de la prise de notes lors de la lecture d'un livre. Rien n'a vraiment changé sur ce front. J'ai par contre décidé cette année de publier mes "notes Kindle" sur Github, sur mon repository "My public self", plutôt que sur mon blog (voir "Selected quotes from books I've read in 2011-2013" et "Selected quotes from A Universe from Nothing").

Github, bien qu'à la base destiné à contenir des projets de développement logiciel, me semble pour l'instant plus adapté à du contenu non rédigé, telles que mes listes de films vus, livres lus, etc. C'est aussi un endroit idéal pour les documents qui évoluent avec le temps, telle que ma vision du monde. Je n'exclus d'ailleurs pas à l'avenir de retravailler mes notes de lecture pour les compléter avec des commentaires personnels et les structurer un peu plus.

Je profite de ce court article pour faire un point sur mes lectures, puisque nous sommes déjà à la moitié de l'année. J'ai pour l'instant terminé de lire quatre livres seulement. Des lectures à nouveau sérieuses, pour ne pas changer. Je lis toujours Cosmos de Carl Sagan en "tâche de fond", essentiellement le soir. 

Si le contenu et les thématiques (science, philosophie, programmation, etc.) changent peu, ma manière d'aborder la lecture a légèrement évolué avec le temps. En début d'année, il m'est arrivé de lire jusqu'à trois livres en même temps : un premier livre dans les transports publics le matin, un deuxième livre en rentrant du travail et un troisième livre le soir à la maison. Une expérience à tenter à nouveau, sans doute.

Fin avril, j'ai commencé la lecture de La Peste de Camus, mais je me suis vite interrompu - durant deux mois ! - pour me consacrer à la lecture d'une liste d'articles, plus ou moins longs, que je n'arrivais pas à "dépiler".

Pour conclure, voici donc une sélection de certains de ces articles que j'ai lus ces dernières semaines et que je recommande (à nouveau, je dois reconnaître que les thèmes ne sont pas très variés - je vais faire un effort sur ce point) :
Mise à jour (14 avril 2015). Mes notes Kindle sont désormais disponibles sur olivier.bruchez.name.

Wednesday, June 25, 2014

Déménagement, dématérialisation et décroissance

C'est une année importante pour ma femme et moi : cet automne, nous emménagerons dans notre nouvel appartement, dont, cette fois-ci, nous serons propriétaires. Nous quitterons donc notre appartement actuel, que je loue depuis maintenant douze ans, depuis la fin de mes études. Plusieurs changements nous attendent, comme nous nous éloignons de la ville. Par exemple et malheureusement, les trajets en transports publics seront en grande partie remplacés par des déplacements en voiture. De manière plus anecdotique, je devrai abandonner mon rituel de lecture dans le métro, matin et soir, et trouver d'autres moments dans la journée pour lire. Et peut-être me mettre à l'écoute de podcasts.

Mais c'est aussi l'occasion de faire un point complet sur nos possessions physiques et, en même temps, de confirmer, ou accélérer, une tendance qui s'est précisée chez moi depuis une dizaine d'années : la volonté de posséder le moins de choses possible (une forme de minimalisme / simplicité volontaire moderne - minimalism / simple living, en anglais) :
  • Depuis 2005, je scanne tous les papiers que je reçois. Je ne conserve qu'une petite pile de papiers essentiels de quelques millimètres (contrats, etc.). Je n'ai jamais possédé d'imprimante depuis que je n'habite plus chez mes parents. J'essaie de recevoir le moins de courrier possible, en me désabonnant de tout ce qui est inutile et en apposant les autocollants nécessaires sur ma boîte aux lettres pour ne recevoir ni publicité ni journaux gratuits. Je reçois et paie mes factures en ligne, lorsque je le peux. En résumé, je tends à être paperless.
  • Depuis 2011, au début de chaque année, je me fixe plusieurs buts annuels quantifiables et, dès la première année, j'ai pris l'habitude de m'imposer de donner, vendre, recycler ou jeter un certain nombre d'objets par année. Au début, j'avais choisi le nombre symbolique d'un objet par mois (i.e. douze objets par année), mais je me suis rapidement aperçu qu'en me prenant au jeu, je pouvais largement dépasser ce but (26 objets en 2011, 28 objets en 2013 et j'en suis déjà à l'heure actuelle à 39 objets pour 2014). Dans ce contexte, j'ai une définition assez conservatrice du terme "objet" et j'ai souvent tendance à regrouper plusieurs objets en un seul (exemple : "1 sac contenant 9 vieux habits", "1 sac contenant 15 équipements électroniques", etc.).
  • Plusieurs de mes buts annuels sont consacrés à des tâches de fond d'archivage (scan de mes anciens papiers datant d'avant 2005, rip/archivage d'anciens CD-R/DVD-R avec des fichiers personnels, rip de mes DVD achetés, etc.). Ce sont des projets qui prennent beaucoup de temps, comme j'ai eu tendance à accumuler énormément de documents et supports de données depuis mon enfance.
  • Depuis 2011, je n'achète plus de DVD. Le dernier que j'ai acheté est le coffret de 10 DVD "The Definitive Miles Davis At Montreux DVD Collection 1973-1991". Je n'ai jamais acheté de Blu-ray. Pour les films et les séries, je suis désormais passé aux téléchargements.
  • Depuis 2012, je n'achète plus de CD. Mon dernier achat est Alter Ego de Yaron Herman. Depuis, j'achète toute ma musique au format FLAC sur des magasins en ligne tels que Qobuz.
  • Depuis des années également, je n'achète plus de livres en papier pour mes lectures personnelles. J'ai fait quelques exceptions pour des livres de programmation, dont je voulais faire profiter mes collègues de travail, mais le partage de fichiers PDF (de toute manière vendus avec la version papier par certains éditeurs) est finalement tout aussi facile et plus pratique (possibilité de rechercher des termes dans le document, etc). On ne m'y reprendra donc probablement plus. J'ai aussi entrepris de vendre ou donner mes anciens livres.
Concernant ce dernier point, on touche là à quelque chose de sacré, la plupart des gens traitant encore le livre en papier comme un objet très important dans leur vie. Lorsque je parle de ma démarche, j'entends souvent des personnes me dire leur besoin de toucher le papier, de le sentir, de plier les pages, de les annoter et d'exposer leurs livres dans une bibliothèque, comme s'ils faisaient partie de leur identité (ce que je peux parfaitement comprendre - je travaille en quelque sorte à une version virtuelle de ce concept). Mais c'est un phénomène normal. Il y a une peur de la dématérialisation. On la remarque dans d'autres domaines également (retour en force du vinyle depuis une dizaine d'années en tout cas, par exemple).

Il existe de nombreux "canaux" pour se débarrasser de ses possessions :
  • Les canaux habituels, utilisés quasiment au quotidien - poubelles ; containers à papier/carton, bouteilles en verre, PET, piles, capsules Nespresso, vieux habits, etc. ; déchèteries ; magasins reprenant les appareils électroniques, etc.
  • Les sites de vente en ligne. En Suisse, la référence en la matière est Ricardo, mais j'ai utilisé eBay à nouveau cette année, pour la première fois depuis 2006, pour vendre des objets plus "internationaux" (disques rares). L'ergonomie de ce site est épouvantable, mais il remplit sa fonction. Pour les ventes à prix fixe, il est aussi possible de passer par les sites de petites annonces.
  • Les groupes/forums pour donner des objets. Il y a quelques années, j'avais "abandonné" un livre que je n'avais pas réussi à vendre dans la bibliothèque d'un café/restaurant. L'essai a été concluant, mais pour d'autres types d'objets ou de plus grandes quantités de livres, il faut plutôt se tourner vers des groupes tels que "Objets à donner sur Lausanne et région" sur Facebook. Mon expérience a été pour l'instant très positive. Les réponses sont très rapides, arrivant parfois déjà moins d'une minute après la publication d'une offre. Les personnes sont quelques fois très enthousiastes : deux étudiants m'ont offert du chocolat en échange de livres ou d'un caquelon à fondue usagé que je leur donnais.

Il est rare que les ventes d'objets usagés rapportent véritablement de l'argent. Entre la préparation de l'enchère (photos, description textuelle, etc.), l'emballage et l'envoi par la poste, c'est surtout un assez grand investissement de la part du vendeur. Il serait parfois plus simple de jeter ou recycler l'objet. Non, l'intérêt est ailleurs. Le but, c'est que l'objet "continue sa vie" chez une autre personne, plutôt que de finir dans une décharge ou brûlé. Ou je ne sais où, d'ailleurs.

Au final, ce que j'apprécie, ce n'est pas tant le fait de me débarrasser de mes possessions, ce qui prend du temps et de l'énergie, comme je l'ai dit, mais le fait de posséder moins, de pouvoir vivre dans un lieu plus simple, plus dépouillé, plus propice à la détente ou à la concentration. Comme Paul Graham l'écrit dans "Stuff", nous possédons trop de choses. Chaque objet dans notre environnement est une source potentielle de stress, car il est susceptible de représenter indirectement une tâche à effectuer, que l'on procrastine, peut-être. Ou, pire, d'être volé ou détruit dans un incendie. Avoir moins d'objets, c'est aussi donner plus de sens à chaque possession. Un souvenir. Un tableau. Un élément de décoration. Avoir plus d'objets, c'est au contraire la dilution du sens, ainsi que le signe d'une certaine désorganisation, d'un certain dépassement.

Sur le long terme, c'est donc plus une philosophie de vie que je cherche à atteindre. Pour posséder moins, il faut consciemment décider d'acquérir moins de choses et, autant que faire se peut, se débarrasser de ce qui est devenu inutile, dès que possible. J'aime bien les règles de type "one in, one out", voire "one in, two out" (ou plus). Ce sont des règles simples, qui permettent de se poser les bonnes questions, au bon moment.

A encore plus long terme, je dois avouer que je suis complètement fasciné par des initiatives telles que le "100 Thing Challenge". Plus que le but en soit, que je me vois mal atteindre concrètement un jour, ce sont la démarche et la réflexion qui l'accompagne qui me parlent.

Je pourrais encore aborder les liens entre le minimalisme, Getting Things Done (GTD) et la méditation, mais ce sera peut-être pour un prochain article. Ce qui est certain, c'est que notre déménagement, cet automne, n'est qu'une étape, une sorte de nouveau départ, dans cette attitude que je cherche à avoir vis-à-vis de la consommation.

Saturday, January 4, 2014

Mes lectures de 2013

J'ai lu onze livres en 2013. Presque un par mois. Ça n'est pas beaucoup, mais, comme je le disais déjà l'année passée, si je lisais uniquement du Nothomb, je pourrais lire plus de cinquante livres par année sans trop de difficultés !

Cette année, j'ai vraiment réalisé qu'il était difficile de lire un livre non fictionnel : il y a toute la problématique de la prise de notes, mais également la question de savoir ce que l'on fait de ses notes, une fois le livre terminé ; il faudrait écrire des résumés structurés, mais l'exercice est long. Cette année, je me suis contenté de regrouper mes notes Kindle et de les publier sur mon blog, quasiment telles quelles.

Je m'efforce depuis maintenant deux ans de lire en tout cas un "classique" par année (littérature francophone ou autre). Une des difficultés de cette contrainte est que les oeuvres dites classiques sont quasiment toutes plus longues les unes que les autres (Guerre et Paix, par exemple).

1. How to Create a Mind: The Secret of Human Thought Revealed, Ray Kurzweil (notes)

Un titre un brin prétentieux pour un livre somme toute bien écrit. C'est le cinquième livre de Ray Kurzweil que je lis et, malgré une certaine répétition (superficielle) de ses idées, il est toujours fascinant de se plonger dans le monde de l'intelligence artificielle, auquel je m'intéresse depuis presque vingt ans. Surtout qu'il semblerait que Kurzweil ait enfin décidé de passer de la théorie à la pratique, en rejoignant Google en décembre 2012, quelques mois avant Geoffrey Hinton, un des plus grands spécialistes des réseaux de neurones artificiels et du deep learning.

2. What I Believe, Bertrand Russell (notes)

J'ai décidé de lire ce livre après avoir terminé The Moral Landscape, de Sam Harris, en 2012. Bertrand Russell m'impressionne par sa clarté de pensée. C'est le premier et unique livre, pour l'instant, que j'ai lu de lui, mais certainement pas le dernier (j'ai acheté son Histoire de la philosophie occidentale, il y a quelques mois). Le titre de ce court livre m'a inspiré celui d'un article récent ("Ce que je crois").

3. Le Voyage d'hiver, Amélie Nothomb

Une première pause avec un livre très facile à lire.

4. Le Mythe de Sisyphe, Albert Camus (notes)

Une lecture à nouveau sérieuse. Très sérieuse. Dès la première page, l'introduction plante tout de suite le décor : "Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie." Un thème a priori désagréable, mais qu'il est absolument indispensable d'aborder ouvertement, sans détours.

5. Le Vieil Homme et la Mer, Ernest Hemingway

Je suis végétarien, mais les aventures du pêcheur d'Hemingway m'ont tenu en haleine du début à la fin. Le but était à la base de lire un classique. Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais je me suis mis à lire la traduction française de Jean Dutourd, au lieu de la version anglaise. Une erreur que je corrigerai un jour, sans doute...

6. A Universe from Nothing, Lawrence M. Krauss (notes)

Je connaissais Lawrence M. Krauss pour l'avoir vu plusieurs fois en vidéo, lors de conférences ou de débats. Ce que j'ai particulièrement apprécié dans ce livre est que, comme celui de Camus, il s'attaque à une question fondamentale, en l'occurrence celle de savoir pourquoi il existe quelque chose plutôt que rien, avec toutes les implications philosophiques que les connaissances scientifiques actuelles entraînent. Un livre frustrant, d'un certain point de vue, comme il laisse le lecteur avec plus de questions que de réponses.

7. The Selfish Gene, Richard Dawkins

Un classique de la vulgarisation scientifique. J'ai toujours été fasciné par l'élégance et le pouvoir explicatif de la théorie de l'évolution par la sélection naturelle, mais je n'avais jusqu'alors lu aucun ouvrage complet sur la question. Ma compréhension du domaine, intuitive, me venait essentiellement d'un projet de recherche sur lequel j'ai travaillé et dont le but était de faire évoluer des réseaux de neurones artificiels grâce à des algorithmes génétiques (pour simplifier).

8. Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb

A nouveau une pause entre deux lectures sérieuses.

9. Pantagruel, François Rabelais

Un autre classique. Au lieu de lire la version en français moderne, je me suis forcé à lire la version en moyen français. La lecture en a évidemment été plus difficile (et interrompue par la lecture de nombreuses notes), mais aussi plus authentique.

10. Pierres à cupules et autres pierres gravées: Verbier, Bagnes et Entremont, Gilbert Bruchez, Philippe Curdy et François Baillifard

Le livre de mon père, publié en 2009. J'avais commencé à le lire il y a environ deux ans, mais, depuis que j'ai un Kindle et comme je lis essentiellement dans les transports publics, j'ai naturellement tendance à négliger les livres en papier, surtout s'ils sont volumineux.

11. Scala in Depth, Joshua D. Suereth

A nouveau un livre, acheté en 2012, dont j'avais interrompu la lecture après quelques chapitres. Il s'agit d'un ouvrage technique, le seul que j'ai lu en 2013. Je programme exclusivement en Scala pour mon travail depuis l'été 2011 et me tiens constamment informé de tout ce qui se passe autour de ce langage (on pourrait parler de formation continue personnelle), mais après une quarantaine d'heures par semaine passées au contact de ce langage, pourtant très intéressant, il est parfois difficile de se motiver à lire des ouvrages hyper-pointus sur le même sujet !

Quelques achats récents (versions Kindle - je suis régulièrement victime de la fonctionnalité "Buy now with 1-Click" d'Amazon !) :

Bref, je n'aurai pas trop de problèmes à trouver de quoi lire en 2014 !

Monday, August 26, 2013

Selected quotes from "A Universe from Nothing"

A dense book on modern cosmology. A passionate defense of science against the simplistic ideas of theology/religion. A short summary of some of the most important things we've learnt about the universe in the last century. A Universe from Nothing is all that and more. I read a review somewhere (on Amazon?) that basically said the afterword by Richard Dawkins was pointless, but I actually liked it. It was a welcome summary, as this book tackles a lot of difficult concepts. Recommended.

Here are my (raw) Kindle highlights:
  • "The fact that we need to refine what we mean by “common sense” in order to accommodate our understanding of nature is, to me, one of the most remarkable and liberating aspects of science." 
  • "Reality liberates us from the biases and misconceptions that have arisen because our intellects evolved through our animal ancestors, whose survival was based on whether predators might lurk behind trees or in caves and not on understanding the wave function of electrons in atoms."
  • "Our modern conception of the universe is so foreign to what even scientists generally believed a mere century ago that it is a tribute to the power of the scientific method and the creativity and persistence of humans who want to understand it."
  • "Nevertheless, the declaration of a First Cause still leaves open the question, “Who created the creator?” After all, what is the difference between arguing in favor of an eternally existing creator versus an eternally existing universe without one?"
  • "The universe is the way it is, whether we like it or not. The existence or nonexistence of a creator is independent of our desires. A world without God or purpose may seem harsh or pointless, but that alone doesn’t require God to actually exist."
  • "Surely, invoking “God” to avoid difficult questions of “how” is merely intellectually lazy."
  • "Science has been effective at furthering our understanding of nature because the scientific ethos is based on three key principles: (1) follow the evidence wherever it leads; (2) if one has a theory, one needs to be willing to try to prove it wrong as much as one tries to prove that it is right; (3) the ultimate arbiter of truth is experiment, not the comfort one derives from one’s a priori beliefs, nor the beauty or elegance one ascribes to one’s theoretical models."
  • "Hubble’s law: There is a linear relationship between recessional velocity and galaxy distance. Namely, galaxies that are ever more distant are moving away from us with faster velocities!"
  • "One of the most poetic facts I know about the universe is that essentially every atom in your body was once inside a star that exploded. Moreover, the atoms in your left hand probably came from a different star than did those in your right. We are all, literally, star children, and our bodies made of stardust."
  • "This is one of the most famous, significant, and successful predictions telling us the Big Bang really happened. Only a hot Big Bang can produce the observed abundance of light elements and maintain consistency with the current observed expansion of the universe."
  • "Over the course of the history of our galaxy, about 200 million stars have exploded. These myriad stars sacrificed themselves, if you wish, so that one day you could be born. I suppose that qualifies them as much as anything else for the role of saviors."
  • "The job of physics is not to invent things we cannot see to explain things we can see, but to figure out how to see what we cannot see—to see what was previously invisible, the known unknowns."
  • "In fact, you may be old enough have seen its effects without realizing it, if you remember the days before cable television, when channels used to end their broadcast days in the wee morning hours and not run infomercials all night. When they went off the air, after showing a test pattern, the screen would revert to static. About 1 percent of that static you saw on the television screen was radiation left over from the Big Bang."
  • "By nothing, I do not mean nothing, but rather nothing—in this case, the nothingness we normally call empty space. That is to say, if I take a region of space and get rid of everything within it—dust, gas, people, and even the radiation passing through, namely absolutely everything within that region—if the remaining empty space weighs something, then that would correspond to the existence of a cosmological term such as Einstein invented."
  • "For any fourth grader will tell you how much energy is contained in nothing, even if they don’t know what energy is. The answer must be nothing. Alas, most fourth graders have not taken quantum mechanics, nor have they studied relativity."
  • "Dirac was vindicated, but he also recognized his earlier lack of confidence in his own theory by later saying that his equation was smarter than he was!"
  • "This is so remarkable I want to stress it again. Quantum fluctuations, which otherwise would have been completely invisible, get frozen by inflation and emerge afterward as density fluctuations that produce everything we can see! If we are all stardust, as I have written, it is also true, if inflation happened, that we all, literally, emerged from quantum nothingness."
  • "In one sense it is both remarkable and exciting to find ourselves in a universe dominated by nothing. The structures we can see, like stars and galaxies, were all created by quantum fluctuations from nothing."
  • "This means that, the longer we wait, the less we will be able to see. Galaxies that we can now see will one day in the future be receding away from us at faster-than-light speed, which means that they will become invisible to us. The light they emit will not be able to make progress against the expansion of space, and it will never again reach us. These galaxies will have disappeared from our horizon."
  • "Indeed, in a strange coincidence, we are living in the only era in the history of the universe when the presence of the dark energy permeating empty space is likely to be detectable. It is true that this era is several hundred billion years long, but in an eternally expanding universe it represents the mere blink of a cosmic eye."
  • "It is worth repeating the implications of this remarkable agreement more forcefully: Only in the first seconds of a hot Big Bang, with an initial abundance of protons and neutrons that would result in something very close to the observed density of matter in visible galaxies today, and a density of radiation that would leave a remnant that would correspond precisely to the observed intensity of the cosmic microwave background radiation today, would nuclear reactions occur that could produce precisely the abundance of light elements, hydrogen and deuterium, helium and lithium, that we infer to have comprised the basic building blocks of the stars that now fill the night sky."
  • "Physics is, after all, an empirical science, driven by experiment and observation. Had we not observationally inferred the existence of dark energy, I doubt any theorist would have been bold enough to suggest its existence today."
  • "We can consider ourselves lucky that we live at the present time. Or as Bob and I put it in one of the articles we wrote: “We live at a very special time . . . the only time when we can observationally verify that we live at a very special time!”"
  • "Regardless, the fundamental problem illustrated by the possible future end of cosmology is that we have only one universe to test—the one we live in."
  • "Before proceeding, however, it is perhaps worth ending with another, more literary picture of the likely future I have presented here and one that is particularly relevant to the subject of this book. It comes from Christopher Hitchens’s response to the scenario I have just described. As he put it, “For those who find it remarkable that we live in a universe of Something, just wait. Nothingness is heading on a collision course right toward us!”"
  • "We are hardwired to think that everything that happens to us is significant and meaningful. We have a dream that a friend is going to break her arm, and the next day we find out that she sprained her ankle. Wow! Cosmic! Clairvoyant?"
  • "By forgetting that most of the time nothing of note occurs during the day, we then misread the nature of probability when something unusual does occur: among any sufficiently large number of events, something unusual is bound to happen just by accident."
  • "Put another way, it is not too surprising to find that we live in a universe in which we can live!"
  • "Maybe all of the mysteries of particle theory can be solved by invoking the same mantra: if the universe were any other way, we could not live in it."
  • "We have discovered that 99 percent of the universe is actually invisible to us, comprising dark matter that is most likely some new form of elementary particle, and even more dark energy, whose origin remains a complete mystery at the present time."
  • "A truly open mind means forcing our imaginations to conform to the evidence of reality, and not vice versa, whether or not we like the implications."
  • "At the same time, in science we have to be particularly cautious about “why” questions. When we ask, “Why?” we usually mean “How?”"
  • "“Why” implicitly suggests purpose, and when we try to understand the solar system in scientific terms, we do not generally ascribe purpose to it."
  • "This is what differentiates them from purely theological questions, which generally presume the answers up front. Indeed, I have challenged several theologians to provide evidence contradicting the premise that theology has made no contribution to knowledge in the past five hundred years at least, since the dawn of science. So far no one has provided a counterexample. The most I have ever gotten back was the query, “What do you mean by knowledge?” From an epistemological perspective this may be a thorny issue, but I maintain that, if there were a better alternative, someone would have presented it. Had I presented the same challenge to biologists, or psychologists, or historians, or astronomers, none of them would have been so flummoxed."
  • "I remind you of the unique facet of a flat universe, at least on scales where it is dominated by matter in the form of galaxies, and where a Newtonian approximation remains valid: in a flat universe, and only in a flat universe, the average Newtonian gravitational energy of every object participating in the expansion is precisely zero."
  • "This results in the second amazing implication of inflation, that small-density fluctuations in empty space due to the rules of quantum mechanics will later be responsible for all the structure we observe in the universe today. So we, and everything we see, result out of quantum fluctuations in what is essentially nothingness near the beginning of time, namely during the inflationary expansion."
  • "But no one ever said that the universe is guided by what we, in our petty myopic corners of space and time, might have originally thought was sensible."
  • "This is the beauty of science, and it should not be threatening. Science simply forces us to revise what is sensible to accommodate the universe, rather than vice versa."
  • "To summarize then: the observation that the universe is flat and that the local Newtonian gravitational energy is essentially zero today is strongly suggestive that our universe arose though a process like that of inflation, a process whereby the energy of empty space (nothing) gets converted into the energy of something, during a time when the universe is driven closer and closer to being essentially exactly flat on all observable scales."
  • "Empty space is complicated. It is a boiling brew of virtual particles that pop in and out of existence in a time so short we cannot see them directly."
  • "Now few biochemists and molecular biologists doubt that life can arise naturally from nonlife, even though the specifics are yet to be discovered."
  • "Feynman’s methods focus on the key fact to which I alluded at the beginning of this chapter: quantum mechanical systems explore all possible trajectories, even those that are classically forbidden, as they evolve in time."
  • "But this seems an arbitrary semantic distinction designed by those who have decided in advance (as theologians are wont to do) that the supernatural (i.e., God) must exist so they define their philosophical ideas (once again completely divorced from any empirical basis) to exclude anything but the possibility of a god."
  • "In a multiverse of any of the types that have been discussed, there could be an infinite number of regions, potentially infinitely big or infinitesimally small, in which there is simply “nothing,” and there could be regions where there is “something.” In this case, the response to why there is something rather than nothing becomes almost trite: there is something simply because if there were nothing, we wouldn’t find ourselves living there!"
  • "I recognize the frustration inherent in such a trivial response to what has seemed such a profound question throughout the ages. But science has told us that anything profound or trivial can be dramatically different from what we might suppose at first glance."
  • "The universe is far stranger and far richer—more wondrously strange—than our meager human imaginations can anticipate. Modern cosmology has driven us to consider ideas that could not even have been formulated a century ago."
  • "This is why philosophy and theology are ultimately incapable of addressing by themselves the truly fundamental questions that perplex us about our existence. Until we open our eyes and let nature call the shots, we are bound to wallow in myopia."
  • "Alternatively, if the matter that makes us up was created at the beginning of time by some quantum processes, as I have described, we are virtually guaranteed that it, too, will disappear once again. Physics is a two-way street, and beginnings and endings are linked. Far, far into the future, protons and neutrons will decay, matter will disappear, and the universe will approach a state of maximum simplicity and symmetry."
  • "I have always been attracted to the myth of Sisyphus and have likened the scientific effort at times to his eternal task of pushing a boulder up a mountain, only to have it fall back each time before he reaches the top. As Camus imagined, Sisyphus was smiling, and so should we. Our journey, whatever the outcome, provides its own reward."
  • "In this sense, science, as physicist Steven Weinberg has emphasized, does not make it impossible to believe in God, but rather makes it possible to not believe in God. Without science, everything is a miracle. With science, there remains the possibility that nothing is. Religious belief in this case becomes less and less necessary, and also less and less relevant."
  • "The choice to turn to the notion of divine creation falls to each of us, of course, and I don’t expect the ongoing debate to die down anytime soon. But as I have stressed, I believe that if we are to be intellectually honest, we must make an informed choice, informed by fact, not by revelation."
  • "I find oddly satisfying the possibility that, in either scenario, even a seemingly omnipotent God would have no freedom in the creation of our universe. No doubt because it further suggests that God is unnecessary—or at best redundant."
  • "Theologians may speculate about angels on pinheads or whatever is the current equivalent. Physicists might seem to have their own angels and their own pinheads: quanta and quarks, “charm,” “strangeness,” and “spin.” But physicists can count their angels and can get it right to the nearest angel in a total of 10 billion: not an angel more, not an angel less. Science may be weird and incomprehensible—more weird and less comprehensible than any theology—but science works. It gets results. It can fly you to Saturn, slingshotting you around Venus and Jupiter on the way. We may not understand quantum theory (heaven knows, I don’t), but a theory that predicts the real world to ten decimal places cannot in any straightforward sense be wrong. Theology not only lacks decimal places: it lacks even the smallest hint of a connection with the real world."

Sunday, June 16, 2013

Selected quotes from books I've read in 2011-2013

God's Debris (Scott Adams)


Finished on August 13, 2011 (3.5/5.0)
  • "I can conceive of only one challenge for an omnipotent being—the challenge of destroying himself." "You think God would want to commit suicide?" I asked. "I’m not saying he wants anything. I’m saying it’s the only challenge." "I think God would prefer to exist than to not exist."
  • "Skeptics," he said, "suffer from the skeptics’ disease— the problem of being right too often."
  • "People think they follow advice but they don’t. Humans are only capable of receiving information. They create their own advice. If you seek to influence someone, don’t waste time giving advice. You can change only what people know, not what they do."
  • "Yes, that is the essence of being human. Any person you meet at a party will be interested in his own life above all other topics. Your awkward silences can be solved by asking simple questions about the person’s life."
  • "For the next few hours the old man revealed more of his ingredients for successful social living. Express gratitude. Give more than is expected. Speak optimistically. Touch people. Remember names. Don’t confuse flexibility with weakness. Don’t judge people by their mistakes; rather, judge them by how they respond to their mistakes. Remember that your physical appearance is for the benefit of others. Attend to your own basic needs first; otherwise you will not be useful to anyone else."
  • "When you consider all of the coincidences that are possible, it is not surprising that you experience a few every day."

Free Will (Sam Harris)


Finished on April 26, 2012 (4.0/5.0)
  • "Am I free to do that which does not occur to me to do? Of course not."
  • "Compatibilism amounts to nothing more than an assertion of the following creed: A puppet is free as long as he loves his strings."
  • "People feel that they are the authors of their thoughts and actions, and this is the only reason why there seems to be a problem of free will worth talking about."
  • "You are no more responsible for the next thing you think (and therefore do) than you are for the fact that you were born into this world."
  • "You can do what you decide to do—but you cannot decide what you will decide to do."
  • "I think that losing the sense of free will has only improved my ethics—by increasing my feelings of compassion and forgiveness, and diminishing my sense of entitlement to the fruits of my own good luck."
  • "Thoughts and intentions simply arise in the mind. What else could they do?"
  • "The truth about us is stranger than many suppose: The illusion of free will is itself an illusion."
  • "Einstein (following Schopenhauer) once made the same point: Honestly, I cannot understand what people mean when they talk about the freedom of the human will. I have a feeling, for instance, that I will something or other; but what relation this has with freedom I cannot understand at all. I feel that I will to light my pipe and I do it; but how can I connect this up with the idea of freedom? What is behind the act of willing to light the pipe? Another act of willing? Schopenhauer once said: Der Mensch kann was er will; er kann aber nicht wollen was er will (Man can do what he will but he cannot will what he wills)."
  • "As Jerry Coyne points out (personal communication), this notion of counterfactual freedom is also scientifically untestable. What evidence could possibly be put forward to show that one could have acted differently in the past?"

The Moral Landscape (Sam Harris)


Finished on November 5, 2012 (4.25/5.0)
  • "Meaning, values, morality, and the good life must relate to facts about the well-being of conscious creatures—and, in our case, must lawfully depend upon events in the world and upon states of the human brain. Rational, open-ended, honest inquiry has always been the true source of insight into such processes. Faith, if it is ever right about anything, is right by accident."
  • "Religious thinkers in all faiths, and on both ends of the political spectrum, are united on precisely this point; the defense one most often hears for belief in God is not that there is compelling evidence for His existence, but that faith in Him is the only reliable source of meaning and moral guidance."
  • "A science of human flourishing may seem a long way off, but to achieve it, we must first acknowledge that the intellectual terrain actually exists."
  • "While it would be unethical to deprive young children of normal care for the purposes of experiment, society inadvertently performs such experiments every day."
  • "As with all matters of fact, differences of opinion on moral questions merely reveal the incompleteness of our knowledge; they do not oblige us to respect a diversity of views indefinitely."
  • "The concept of well-being is like the concept of physical health: it resists precise definition, and yet it is indispensable."
  • "Is it possible that certain people are incapable of wanting what they should want? Of course—just as there will always be people who are unable to grasp specific facts or believe certain true propositions."
  • "Anyone who wants to understand the world should be open to new facts and new arguments, even on subjects where his or her views are very well established."
  • "Slovic’s experimental work suggests that we intuitively care most about a single, identifiable human life, less about two, and we grow more callous as the body count rises."
  • "The fact that it may often be difficult, or even impossible, to know what the consequences of our thoughts and actions will be does not mean that there is some other basis for human values that is worth worrying about."
  • "It seems abundantly clear that many people are simply wrong about morality—just as many people are wrong about physics, biology, history, and everything else worth understanding."
  • "It is now well known that our feeling of reasoning objectively is often illusory."
  • "But why is the conscious decision to do another person harm particularly blameworthy? Because consciousness is, among other things, the context in which our intentions become completely available to us. What we do subsequent to conscious planning tends to most fully reflect the global properties of our minds—our beliefs, desires, goals, prejudices, etc. If, after weeks of deliberation, library research, and debate with your friends, you still decide to kill the king—well, then killing the king really reflects the sort of person you are. Consequently, it makes sense for the rest of society to worry about you."
  • "And the mistakes people tend to make across a wide range of reasoning tasks are not mere errors; they are systematic errors that are strongly associated both within and across tasks. As one might expect, many of these errors decrease as cognitive ability increases."
  • "So while knowledge is increasingly open-source, ignorance is, too. It is also true that the less competent a person is in a given domain, the more he will tend to overestimate his abilities. This often produces an ugly marriage of confidence and ignorance that is very difficult to correct for."
  • "It is worth reflecting on what a reasoning bias actually is: a bias is not merely a source of error; it is a reliable pattern of error. Every bias, therefore, reveals something about the structure of the human mind."
  • "There is no question that human beings regularly fail to achieve the norms of rationality. But we do not merely fail—we fail reliably."
  • "Does a lone psychotic become sane merely by attracting a crowd of devotees?"
  • "Introspection offers no clue that our experience of the world around us, and of ourselves within it, depends upon voltage changes and chemical interactions taking place inside our heads. And yet a century and a half of brain science declares it to be so."
  • "As is often the case with religious apology, it is a case of heads, faith wins; tails, reason loses."
  • "There is an epidemic of scientific ignorance in the United States. This isn’t surprising, as very few scientific truths are self-evident and many are deeply counterintuitive. It is by no means obvious that empty space has structure or that we share a common ancestor with both the housefly and the banana."
  • "Despite our perennial bad behavior, our moral progress seems to me unmistakable. Our powers of empathy are clearly growing. Today, we are surely more likely to act for the benefit of humanity as a whole than at any point in the past."
  • "We will embarrass our descendants, just as our ancestors embarrass us. This is moral progress."
  • "I have argued that they cannot be, as anything of value must be valuable to someone (whether actually or potentially)—and, therefore, its value should be attributable to facts about the well-being of conscious creatures."
  • "I believe that conservatives have the same morality as liberals do, they just have different ideas about how harm accrues in this universe."
  • "However, most of the research done on happiness suggests that people actually become less happy when they have children and do not begin to approach their prior level of happiness until their children leave home."
  • "However, a famous study of human achievement suggests that one of the most reliable ways to diminish a person’s contributions to society is for that person to start a family."
  • "Whether morality becomes a proper branch of science is not really the point. Is economics a true science yet? Judging from recent events, it wouldn’t appear so. Perhaps a deep understanding of economics will always elude us. But does anyone doubt that there are better and worse ways to structure an economy?"
  • "For nearly a century, the moral relativism of science has given faith-based religion—that great engine of ignorance and bigotry—a nearly uncontested claim to being the only universal framework for moral wisdom. As a result, the most powerful societies on earth spend their time debating issues like gay marriage when they should be focused on problems like nuclear proliferation, genocide, energy security, climate change, poverty, and failing schools."
  • "I am convinced that every appearance of terms like "metaethics," "deontology," "noncognitivism," "antirealism," "emotivism," etc., directly increases the amount of boredom in the universe."
  • "To say that morality is arbitrary (or culturally constructed, or merely personal) because we must first assume that the well-being of conscious creatures is good, is like saying that science is arbitrary (or culturally constructed, or merely personal) because we must first assume that a rational understanding of the universe is good."
  • "It is wrong to force women and girls to wear burqas because it is unpleasant and impractical to live fully veiled, because this practice perpetuates a view of women as being the property of men, and because it keeps the men who enforce it brutally obtuse to the possibility of real equality and communication between the sexes."
  • "The neuroscientists Joshua Greene and Jonathan Cohen make the same point: Most people’s view of the mind is implicitly dualist and libertarian and not materialist and compatibilist … [I]ntuitive free will is libertarian, not compatibilist. That is, it requires the rejection of determinism and an implicit commitment to some kind of magical mental causation … contrary to legal and philosophical orthodoxy, determinism really does threaten free will and responsibility as we intuitively understand them (J. Greene & Cohen, 2004, pp. 1779–1780)."
  • "When comparing mental states, the reality of human consciousness is a given. We need not understand how consciousness relates to the behavior of atoms to investigate how emotions like love, compassion, trust, greed, fear, and anger differ (and interact) in neurophysiological terms."
  • "There are many factors that bias our judgment, including: arbitrary anchors on estimates of quantity, availability biases on estimates of frequency, insensitivity to the prior probability of outcomes, misconceptions of randomness, nonregressive predictions, insensitivity to sample size, illusory correlations, overconfidence, valuing of worthless evidence, hindsight bias, confirmation bias, biases based on ease of imaginability, as well as other nonnormative modes of thinking."
  • "As Stanovich and West (2000) observe, what serves the genes does not necessarily advance the interests of the individual. We could also add that what serves the individual in one context may not serve him in another. The cognitive and emotional mechanisms that may (or may not) have optimized us for face-to-face conflict (and its resolution) have clearly not prepared us to negotiate conflicts waged from afar—whether with email or other long-range weaponry."
  • "In fact, there are whole sections of the New Testament, like the Book of Revelation, that were long considered spurious, that were included in the Bible only after many centuries of neglect; and there are other books, like the Shepherd of Hermas, that were venerated as part of the Bible for hundreds of years only to be rejected finally as false scripture. Consequently, it is true to say that generations of Christians lived and died having been guided by scripture that is now deemed to be both mistaken and incomplete by the faithful. In fact, to this day, Roman Catholics and Protestants cannot agree on the full contents of the Bible. Needless to say, such a haphazard and all-too-human process of cobbling together the authoritative word of the Creator of the Universe seems a poor basis for believing that the miracles of Jesus actually occurred."

L’Étranger (Albert Camus)


Finished on November 28, 2012 (4.25/5.0)
  • "J’ai compris alors qu’un homme qui n’aurait vécu qu’un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison. Il aurait assez de souvenirs pour ne pas s’ennuyer."








How to Create a Mind: The Secret of Human Thought Revealed (Ray Kurzweil)


Finished on February 4, 2013 (4.0/5.0)
  • "From this perspective, reverse-engineering the human brain may be regarded as the most important project in the universe."
  • "If understanding language and other phenomena through statistical analysis does not count as true understanding, then humans have no understanding either."
  • "The operating principle of the neocortex is arguably the most important idea in the world, as it is capable of representing all knowledge and skills as well as creating new knowledge."
  • "We often misrecognize people and things and words because our threshold for confirming an expected pattern is too low."
  • "Natural selection does nothing even close to striving for intelligence. The process is driven by differences in the survival and reproduction rates of replicating organisms in a particular environment. Over time, the organisms acquire designs that adapt them for survival and reproduction in that environment, period; nothing pulls them in any direction other than success there and then."
  • "When scientists have thought about the pathways of the brain for the last hundred years or so, the typical image or model that comes to mind is that these pathways might resemble a bowl of spaghetti—separate pathways that have little particular spatial pattern in relation to one another. Using magnetic resonance imaging, we were able to investigate this question experimentally. And what we found was that rather than being haphazardly arranged or independent pathways, we find that all of the pathways of the brain taken together fit together in a single exceedingly simple structure. They basically look like a cube. They basically run in three perpendicular directions, and in each one of those three directions the pathways are highly parallel to each other and arranged in arrays. So, instead of independent spaghettis, we see that the connectivity of the brain is, in a sense, a single coherent structure."
  • "Although we experience the illusion of receiving high-resolution images from our eyes, what the optic nerve actually sends to the brain is just a series of outlines and clues about points of interest in our visual field. We then essentially hallucinate the world from cortical memories that interpret a series of movies with very low data rates that arrive in parallel channels."
  • "As we have seen, it is not just a metaphor to state that there is information contained in our neocortex, and it is frightening to contemplate that none of this information is backed up today. There is, of course, one way in which we do back up some of the information in our brains—by writing it down. The ability to transfer at least some of our thinking to a medium that can outlast our biological bodies was a huge step forward, but a great deal of data in our brains continues to remain vulnerable."
  • "I would not expect such an "uploading" technology to be available until around the 2040s."
  • "In our digital brain we would also back up old memories before discarding them from the active neocortex, a precaution we can’t take in our biological brains."
  • "I would also provide a critical thinking module, which would perform a continual background scan of all of the existing patterns, reviewing their compatibility with the other patterns (ideas) in this software neocortex. We have no such facility in our biological brains, which is why people can hold completely inconsistent thoughts with equanimity."
  • "This critical thinking module would run as a continual background task. It would be very beneficial if human brains did the same thing."
  • "The human brain appears to be able to handle only four simultaneous lists at a time (without the aid of tools such as computers), but there is no reason for an artificial neocortex to have such a limitation."
  • "Finally, our new brain needs a purpose. A purpose is expressed as a series of goals. In the case of our biological brains, our goals are established by the pleasure and fear centers that we have inherited from the old brain."
  • "As nonbiological brains become as capable as biological ones of effecting changes in the world—indeed, ultimately far more capable than unenhanced biological ones—we will need to consider their moral education. A good place to start would be with one old idea from our religious traditions: the golden rule."
  • "In mathematics you don’t understand things. You just get used to them." —John von Neumann
  • "There is considerable plasticity in the brain, which enables us to learn. But there is far greater plasticity in a computer, which can completely restructure its methods by changing its software."
  • "Thus, in that respect, a computer will be able to emulate the brain, but the converse is not the case."
  • "Von Neumann was deeply aware of the increasing pace of progress and its profound implications for humanity’s future. A year after his death in 1957, fellow mathematician Stan Ulam quoted him as having said in the early 1950s that "the ever accelerating progress of technology and changes in the mode of human life give the appearance of approaching some essential singularity in the history of the race beyond which human affairs, as we know them, could not continue." This is the first known use of the word "singularity" in the context of human technological history."
  • "British philosopher Colin McGinn (born in 1950) writes that discussing "consciousness can reduce even the most fastidious thinker to blabbering incoherence.""
  • "If you were at a cocktail party and there were both "normal" humans and zombies, how would you tell the difference? Perhaps this sounds like a cocktail party you have attended."
  • "English physicist and mathematician Roger Penrose (born in 1931) took a different leap of faith in proposing the source of consciousness, though his also concerned the microtubules—specifically, their purported quantum computing abilities. His reasoning, although not explicitly stated, seemed to be that consciousness is mysterious, and a quantum event is also mysterious, so they must be linked in some way."
  • "If you do accept the leap of faith that a nonbiological entity that is convincing in its reactions to qualia is actually conscious, then consider what that implies: namely that consciousness is an emergent property of the overall pattern of an entity, not the substrate it runs on."
  • "The question as to whether or not an entity is conscious is therefore not a scientific one."
  • "It is difficult to maintain that a few-days-old embryo is conscious unless one takes a panprotopsychist position, but even in these terms it would rank below the simplest animal in terms of consciousness."
  • "Before brains there was no color or sound in the universe, nor was there any flavor or aroma and probably little sense and no feeling or emotion." —Roger W. Sperry
  • "Evolution also moves toward greater complexity, greater knowledge, greater intelligence, greater beauty, greater creativity, and the ability to express more transcendent emotions, such as love."
  • "While these observations certainly support the idea of plasticity in the neocortex, their more interesting implication is that we each appear to have two brains, not one, and we can do pretty well with either."
  • "In each of these cases, one of the hemispheres believes that it has made a decision that it in fact never made. To what extent is that true for the decisions we make every day?"
  • Philosopher Arthur Schopenhauer (1788–1860) wrote that "everyone believes himself a priori to be perfectly free, even in his individual actions, and thinks that at every moment he can commence another manner of life…. But a posteriori, through experience, he finds to his astonishment that he is not free, but subjected to necessity, that in spite of all his resolutions and reflections he does not change his conduct, and that from the beginning of his life to the end of it, he must carry out the very character which he himself condemns."
  • "Thus even though our decisions are determined (because our bodies and brains are part of a deterministic universe), they are nonetheless inherently unpredictable because we live in (and are part of) a class IV automaton. We cannot predict the future of a class IV automaton except to let the future unfold."
  • "Nonetheless I will continue to act as if I have free will and to believe in it, so long as I don’t have to explain why."
  • "But when one paradigm runs out of steam (for example, when engineers were no longer able to reduce the size and cost of vacuum tubes in the 1950s), it creates research pressure to create the next paradigm, and so another S-curve of progress begins."
  • "So it is with the law of accelerating returns: Each technology project and contributor is unpredictable, yet the overall trajectory, as quantified by basic measures of price/performance and capacity, nonetheless follows a remarkably predictable path."
  • "Intelligence evolved because it was useful for survival—a fact that may seem obvious, but one with which not everyone agrees."
  • "The last invention that biological evolution needed to make—the neocortex—is inevitably leading to the last invention that humanity needs to make—truly intelligent machines—and the design of one is inspiring the other. Biological evolution is continuing but technological evolution is moving a million times faster than the former."
  • "In either scenario, waking up the universe, and then intelligently deciding its fate by infusing it with our human intelligence in its nonbiological form, is our destiny."

What I Believe (Bertrand Russell)


Finished on February 19, 2013 (3.75/5.0)
  • "The good life is one inspired by love and guided by knowledge. Knowledge and love are both indefinitely extensible; therefore, however good a life may be, a better life can be imagined. Neither love without knowledge, nor knowledge without love can produce a good life."
  • "The practical need of morals arises from the conflict of desires."
  • "Boys and girls should be taught respect for each other’s liberty; they should be made to feel that nothing gives one human being rights over another, and that jealousy and possessiveness kill love. They should be taught that to bring another human being into the world is a very serious matter, only to be undertaken when the child will have a reasonable prospect of health, good surroundings, and parental care."
  • "The harm to the murderer is wholly regrettable, like the pain of a surgical operation. It may be equally necessary, but it is not a subject for rejoicing."
  • "I merely wish to suggest that we should treat the criminal as we treat a man suffering from plague. Each is a public danger, each must have his liberty curtailed until he has ceased to be a danger."
  • "To live a good life in the fullest sense a man must have a good education, friends, love, children (if he desires them), a sufficient income to keep him from want and grave anxiety, good health, and work which is not uninteresting."
  • "There is no short cut to the good life, whether individual or social. To build up the good life, we must build up intelligence, self-control and sympathy. This is a quantitative matter, a matter of gradual improvement, of early training, of educational experiment. Only impatience prompts the belief in the possibility of sudden improvement. The gradual improvement that is possible, and the methods by which it may be achieved, are a matter for future science. But something can be said now."
  • "There is probably no limit to what science can do in the way of increasing positive excellence. Health has already been greatly improved; in spite of the lamentations of those who idealise the past, we live longer and have fewer illnesses than any class or nation in the eighteenth century. With a little more application of the knowledge we already possess, we might be much healthier than we are. And future discoveries are likely to accelerate this process enormously."

Le mythe de Sisyphe (Albert Camus)


Finished on May 8, 2013 (3.75/5.0)
  • "Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie. Le reste, si le monde a trois dimensions, si l'esprit a neuf ou douze catégories, vient ensuite. Ce sont des jeux ; il faut d'abord répondre."
  • "Il existe un fait d'évidence qui semble tout à fait moral, c'est qu'un homme est toujours la proie de ses vérités. Une fois reconnues, il ne saurait s'en détacher. Il faut bien payer un peu. Un homme devenu conscient de l'absurde lui est lié pour jamais."
  • "L'important, disait l'abbé Galiani à Mme d'Epinay, n'est pas de guérir, mais de vivre avec ses maux."
  • "Mais si je reconnais les limites de la raison, je ne la nie pas pour autant, reconnaissant ses pouvoirs relatifs. Je veux seulement me tenir dans ce chemin moyen où l'intelligence peut rester claire."
  • "Ce cri n'a pas de quoi arrêter l'homme absurde. Chercher ce qui est vrai n'est pas chercher ce qui est souhaitable. Si pour échapper à la question angoissée : « Que serait donc la vie ? » il faut comme l'âne se nourrir des roses de l'illusion, plutôt que de se résigner au mensonge, l'esprit absurde préfère adopter sans trembler la réponse de Kierkegaard : « le désespoir ». Tout bien considéré, une âme déterminée s'en arrangera toujours."
  • "C'est qu'en vérité le chemin importe peu, la volonté d'arriver suffit à tout."
  • "Mon raisonnement veut être fidèle à l'évidence qui l'a éveillé. Cette évidence, c'est l'absurde. C'est ce divorce entre l'esprit qui désire et le monde qui déçoit, ma nostalgie d'unité, cet univers dispersé et la contradiction qui les enchaîne."
  • "L'une des seules positions philosophiques cohérentes, c'est ainsi la révolte. Elle est un confrontement perpétuel de l'homme et de sa propre obscurité. Elle est exigence d'une impossible transparence. Elle remet le monde en question à chacune de ses secondes. De même que le danger fournit à l'homme l'irremplaçable occasion de la saisir, de même la révolte métaphysique étend la conscience tout le long de l'expérience. Elle est cette présence constante de l'homme à lui-même. Elle n'est pas aspiration, elle est sans espoir. Cette révolte n'est que l'assurance d'un destin écrasant, moins la résignation qui devrait l’accompagner."
  • "Car devant Dieu, il y a moins un problème de la liberté qu'un problème du mal. On connaît l'alternative : ou nous ne sommes pas libres et Dieu tout-puissant est responsable du mal. Ou nous sommes libres et responsables mais Dieu n'est pas tout-puissant. Toutes les subtilités d'écoles n'ont rien ajouté ni soustrait au tranchant de ce paradoxe."
  • "La mort est là comme seule réalité. Après elle, les jeux sont faits."
  • "Il vient toujours un temps où il faut choisir entre la contemplation et l'action. Cela s'appelle devenir un homme. Ces déchirements sont affreux."
  • "À cet égard, la joie absurde par excellence, c'est la création. « L'art et rien que l'art, dit Nietzsche, nous avons l'art pour ne point mourir de la vérité. »"
  • "Créer, c'est vivre deux fois."
  • "La fécondité et la grandeur d'un genre se mesurent souvent au déchet qui s'y trouve. Le nombre de mauvais romans ne doit pas faire oublier la grandeur des meilleurs."
  • "Il y a dans la condition humaine, c'est le lieu commun de toutes les littératures, une absurdité fondamentale en même temps qu'une implacable grandeur."
  • "Mais si je sais cela, si je peux aussi l'admirer, je sais aussi que je ne cherche pas ce qui est universel, mais ce qui est vrai. Les deux peuvent ne pas coïncider."