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Tuesday, December 31, 2024

Intelligence artificielle générale : sommes-nous prêts ?

Jusqu'à récemment, j'ai toujours eu une attitude positive par rapport à la technologie en général et l'intelligence artificielle en particulier, mais, depuis quelques temps, j'ai un peu plus de peine à maintenir cet enthousiasme.

Au tout début des années 2000, durant mon master en informatique, je me suis passionné pour l'intelligence artificielle, ce qui m'a amené à suivre quatre cours consacrés à ce domaine, dont un, appelé "réseaux de neurones artificiels", que j'ai trouvé absolument fascinant. Cela a été l'occasion pour moi de me familiariser avec les concepts fondamentaux du machine learning, tels que backpropagation, gradient descent, reinforcement learning, etc. Pour moi, il était évident que tout cela, "c'était l'avenir".

Quelques années plus tard, en 2004, j'ai découvert Ray Kurzweil et sa vision très positive de la technologie et de l'avenir. Le progrès technologique est exponentiel. L'intelligence artificielle atteindra un jour le niveau de l'intelligence humaine (intelligence artificielle générale), puis le dépassera. Un peu plus tard, nous assisterons à une explosion d'intelligence. A partir de ce point historique, il est impossible de prédire ce qui va se passer. C'est ce que l'on appelle la singularité technologique. Et, point très important : tout cela arrivera dans les décennies prochaines !

A l'époque, le point de vue de Kurzweil était en avance sur son temps, mais il me semblait fondamentalement plausible. L'idée selon laquelle il serait impossible à l'être humain de produire une intelligence artificielle et de construire des machines capables de réaliser toutes les tâches humaines m'a toujours semblé incohérente. Un énième cas d'anthropocentrisme myope.

Depuis quelques années, les progrès fulgurants s'enchaînent. Les large language models (LLM) ont complètement changé la donne. A l'heure où j'écris ces lignes, il est possible de générer des vidéos de qualité à partir d'une simple description textuelle (modèle Veo 2 de Google). J'utilise Claude d'Anthropic au quotidien, pour m'assister dans mes tâches personnelles et professionnelles, comme alternative ou complément aux moteurs de recherche, pour m'aider à prototyper certaines tâches, etc.

En gros, Kurzweil avait raison et on vit une époque formidable.

Je ne peux toutefois pas me débarrasser d'un sentiment désagréable. Il s'agit de quelque chose d'un peu diffus. Le sentiment que "quelque chose de grave pourrait bientôt arriver". Difficile de mettre le doigt précisément sur le problème.

Tout d'abord, il y a ce sentiment que les choses se passent plus vite que prévu. Il y a 20 ans,  la singularité technologique, c'était pour 2045, donc 40 ans dans le futur. Une éternité, autrement dit. Maintenant, il ne se passe quasiment pas un mois, une semaine, sans qu'une percée ne soit réalisée.

Il y a aussi l'actualité préoccupante : les guerres, la montée du populisme, etc. L'humanité n'est tout simplement pas prête, intellectuellement, moralement, à faire face à l'intelligence artificielle générale. Il y a beaucoup trop de bêtise ambiante, d'ignorance, de violence, un peu partout. Il y a 20 ans, à nouveau, j'étais loin de penser que nous en serions là aujourd'hui.

Ensuite, il y a des craintes très concrètes, basiques, par rapport aux mauvaises utilisations de l'intelligence artificielle. Celle-ci pourra être utilisée pour accélérer la recherche scientifique, trouver de nouveaux médicaments, etc., mais elle pourra aussi l'être pour créer des armes plus puissantes que jamais (pensez par exemple à des drones plus puissants, plus petits, plus rapides) ou pour concentrer encore plus les richesses entre les mains d'une minorité.

La perte de sens, enfin et surtout : si une machine peut réaliser "en un clic" tous les projets, toutes les tâches de ma to-do list, quel sens puis-je encore donner à ma vie ? Les tâches manuelles n'échapperont pas non plus très longtemps à cette automatisation. Si on en parle moins, les progrès dans le domaine de la robotique finiront bien par rattraper ceux du domaine de l'intelligence artificielle à proprement parler. Nous sommes déjà entourés de robots plus ou moins primitifs, certains immobiles, d'autres non : lave-vaisselle, lave-linge, aspirateur robot, robots-tondeuses, robots ménagers, etc. A l'avenir, nous accueillerons forcément parmi nous des robots plus généralistes, capables, à nouveau, de réaliser toutes nos tâches.

Tout cela aussi et dans un contexte où la majeure partie des gens ne semble pas réaliser ce qui est en train de se passer. Il n'y a pas de véritable débat de société. On ne réfléchit pas vraiment à la direction que nous voulons prendre collectivement. Tout le monde est accaparé par son quotidien. Par la politique. Par les réseaux sociaux. Etc.

C'est peut-être le contrecoup de la grippe qui me fait voir les choses de manière aussi sombre. Je ne sais pas.

La peur de l'incertitude, également ? Comme le dit Sam Harris depuis des années, nous faisons face à un risque existentiel. L'intelligence artificielle peut complètement nous détruire. Ou alors nous garantir une prospérité presque sans limite. A l'heure actuelle, je ne sais pas vers quelle issue nous nous dirigeons.

Monday, June 14, 2021

Faire des Zoom en marchant

J'ai toujours cherché à intégrer l'exercice physique dans mon quotidien, avec plus ou moins de bonheur.

Il y a 15-20 ans, j'essayais d'aller au fitness régulièrement. Je pouvais me le permettre : célibataire, je pouvais quitter le travail le soir et passer plusieurs heures à m'entraîner. Une fois en couple, il m'a été un peu plus difficile de maintenir ce rythme.

Il y a une dizaine d'année, j'ai donc acheté un crosstrainer, me permettant de m'entraîner à la maison. C'est l'un des meilleurs achats de ma vie : je m'en sers encore régulièrement aujourd'hui.

Il y a quelques années, j'ai recommencé à faire des exercices de musculation : pompes, planches, puis squats et autres. Nouvel avantage : ces exercices ne nécessitent quasiment aucun matériel et peuvent donc être pratiqués n'importe où.

L'automne passé, je me suis mis à la course à pied. Il faut un peu de matériel (au moins des chaussures adaptées) et, à moins d'être très motivé, une météo favorable, mais, à nouveau, c'est un exercice assez spontané, surtout en ces temps de pandémie, avec le travail à domicile qui permet une plus grande souplesse quant à l'organisation des journées de travail.

En début d'année, j'ai acheté une Apple Watch. Durant plus de cinq ans, je n'ai jamais vu l'intérêt des smartwatches, car j'essayais de leur trouver une utilité en dehors, justement, du suivi de l'activité physique. Or, c'est là qu'elles excellent. Je n'ai jamais autant bougé depuis plusieurs mois. Et, surtout, je n'ai jamais autant marché, le soir, de nuit, parfois sous la neige ou sous la pluie. Le concept, relativement simple, des trois anneaux "Bouger" (Move), "M’entraîner" (Exercise) et "Me lever" (Stand) force à trouver des stratégies pour intégrer l'exercice physique au quotidien.

Je prends du coup conscience que, malgré tous mes efforts depuis vingt ans bientôt, j'ai toujours de la peine à bouger tout au long de mes journées et de mes semaines. J'ai encore trop tendance à voir le sport comme une activité à part, pour laquelle il faut se préparer, réserver du temps, etc. Je me rends compte maintenant que cela m'a mené à certains blocages psychologiques.

Il y a aussi eu une petite blessure au genou, l'automne passé, suite à laquelle j'ai fait neuf sessions de physiothérapie, qui m'ont vraiment beaucoup aidé : à regagner une certaine confiance en moi, tout d'abord, sans laquelle j'aurais plutôt eu tendance à rester immobile, et à me familiariser ensuite avec toute une série d'exercices pour entraîner et muscler mes jambes, exercices que je continue à pratiquer au quotidien, profitant de pauses que je fais durant le travail.

La pandémie et le travail à domicile ont d'ailleurs remis en question mon lien à mon activité professionnelle. Ne plus avoir à sortir de chez soi pour aller travailler, d'un côté, c'est moins bouger, moins marcher. D'un autre côté, c'est aussi plus de temps à disposition dans la journée.

Il y a quelques temps, j'ai commencé à réfléchir à comment je pouvais bouger plus spécifiquement dans le contexte de mon travail. Ma première idée a été celle d'un bureau surélevé et d'un tapis roulant, mais cela exige pas mal de matériel (et je ne suis pas sûr que les tapis roulants d'entrée de gamme soient de très bonne qualité).

Ma deuxième idée à été de me promener lors de certains Zoom, en particulier ceux qui n'exigent pas que j'aie accès à mon laptop. C'est ainsi que j'ai commencé à faire les points hebdomadaires avec mon équipe en marchant dehors, durant une heure ou plus. Nous faisons parfois des points plus spécifiques avec certaines personnes suite au Zoom principal. Il m'est donc arrivé de parcourir jusqu'à dix kilomètres en à peu près deux heures !

Pour mes meetings hebdomadaires, je prépare un document Google Docs avec les points que je vais aborder. Je peux ensuite facilement le consulter sur mon smartphone. C'est de toute façon quelque chose que je faisais déjà avant. Je capture certaines idées/tâches via mon processus GTD habituel : à l'heure actuelle, j'envoie simplement ces tâches dans mon inbox Omnifocus via l'app Note to Self. Il est rare que j'aie besoin de faire autre chose. S'il me manque une information, je peux la chercher et la donner un peu plus tard.

Le bilan est pour l'instant positif. Je n'ai pas de problème pour me concentrer. Au contraire, marcher semble stimuler l'activité intellectuelle, comme je m'en suis déjà souvent rendu compte lors de mes randonnées. Je me sens également bien mieux le reste de la journée.

Du côté des points négatifs, je dois souvent couper le son lorsque je ne parle pas pour ne pas gêner les autres avec mon éventuelle respiration un peu plus forte ou lorsque je passe dans des endroits plus bruyants. Lorsque je parle, je dois donc ralentir un peu mon rythme de marche. C'est tout un équilibre à acquérir. Rien de sorcier, toutefois. Pour des raisons pratiques, je coupe la caméra de mon côté. L'expérience est donc peut-être un peu moins conviviale, mais nous avons d'autres occasions de nous voir. Enfin, je me demande si l'expérience sera toujours aussi agréable lors du retour des grandes chaleurs.

Reste à voir si c'est une habitude qui durera, comme a duré celle du crosstrainer. L'avenir me le dira.

Saturday, May 28, 2016

La technologie comme solution au bruit routier

Au départ, je pensais écrire un article spécifiquement sur le bruit des motos. Nous habitons à la campagne, mais près d'une route avec pas mal de circulation. Dont pas mal de motos, justement, surtout lorsqu'il fait beau. Cet article aurait été une tentative d'analyse psychologique, tentant de démontrer que les propriétaires de motos, des véhicules en moyenne particulièrement bruyants, sont des gens primaires et égoïstes. Un coup de gueule, en somme.

Réflexion faite, j'aimerais écrire un article plus positif et, surtout, inscrire cette problématique dans un contexte un peu plus général. Mais pas trop général : je sais qu'il existe énormément de sources de bruits (avions, trains, voisins, chantiers, industrie, etc.), mais c'est bien du bruit routier dont j'aimerais parler.

Le premier constat encourageant, c'est que, même si ça n'est pas une problématique dont on parle souvent (j'en discute rarement avec mes amis ou mes collègues, par exemple), il semblerait que je ne sois pas le seul à trouver le bruit routier gênant. Des associations existent. En Suisse, si je me souviens bien, Cercle Bruit avait réalisé, il y a un an ou deux, une campagne spécifiquement dédiée au bruit routier, encourageant les conducteurs à rouler à bas régime.

J'en profite ici pour citer un tweet de @BoredElonMusk, qui illustre que l'agacement provoqué par le bruit routier et, en particulier, celui causé par les motos, est bien universel :
“Service that lets you hire loud motorcycles to follow other loud motorcycles to sit outside their house and just rev for an extended period.”
Je paierais cher pour un tel service...

Le deuxième constat encourageant, c'est que, selon un ami, la police commence à prendre le problème du bruit routier au sérieux et à distribuer des amendes aux propriétaires d'engins trop bruyants (car il y a, fort heureusement, des lois contre ce genre de véhicules). C'est parfaitement anecdotique et ne concerne, en l'occurence, que la région lausannoise, près de laquelle j'habite.

Comme le savent ma femme, ma famille, mes amis, mes collègues et, en résumé, toute personne avec qui j'ai parlé plus de dix minutes, je suis absolument enthousiasmé par les concepts de voitures électriques, d'une part, et de voitures autonomes, d'autre part.

Le troisième constat encourageant, donc, c'est que les voitures électriques abordables, c'est pour bientôt. Tesla a annoncé il y a deux mois son Model 3, qui devrait être vendu pour 35'000 dollars. Les Pays-Bas ont également annoncé vouloir interdire la vente de véhicules non-électriques d'ici 2025. D'ici neuf ans. Ca n'est pas demain, mais presque. Je ne suis évidemment et de loin pas la seule personne à être autant excitée par cette tendance. Voir par exemple cet article : "The Electric Car" ("The electric car is going to take over the world. Soon.").

Passé un certain enthousiasme initial, toutefois, une recherche rapide permet de comprendre que "les voitures électriques ne sont moins bruyantes" que jusqu'à 30 km/h (voir "Fiche d’information concernant la 2e idée reçue : Les voitures électriques sont une solution au problème du bruit" et "Description of basic variables"). Autrement dit, les voitures électriques ne résolvent pas totalement la problématique du bruit routier. En effet, à des vitesses supérieures à 30-40 km/h, la majorité du bruit causé par un véhicule vient des pneus et du revêtement routier, pas du moteur.

Les véhicules électriques seraient-ils une fausse piste ? Je ne pense pas, pour plusieurs raisons.

La première raison est qu'une très grande partie de la population, il me semble, vit dans des zones où les véhicules roulent à des vitesses relativement faibles (villes et villages) et non près d'autoroutes, où la vitesse moyenne des véhicules fait que la majorité du bruit, on peut s'en convaincre aisément, est effectivement produit par le frottement des pneus contre la chaussée.

La deuxième raison est qu'en Europe, en tout cas, les boîtes manuelles sont bien plus répandues que les boîtes automatiques et que la plupart des conducteurs ne savent pas (ne veulent pas ?) rouler à bas régime (disons, autour des 1500-2000 tours / minute maximum). Parler du bruit routier en termes de vitesse moyenne uniquement ne donne pas une image exacte/complète de la situation. C'est nier le fait qu'une partie non-négligeable des usagers de la route roulent régulièrement à un régime beaucoup trop élevé. Ce sont bien les pics de bruit, ceux qui dérangent les riverains, qu'il faut prendre en considération (donc les changements de vitesse, accélérations, décélérations, etc.).

Troisième et dernière raison : il me semble (à nouveau, c'est un point à vérifier) que les bruits graves (typiquement ceux causés par les moteurs) traversent plus facilement les murs et les fenêtres que les bruits aigus (typiquement ceux causés par les pneus au contact de la chaussée). Au final, le bruit qui dérange les riverains est souvent celui perçu à l'intérieur des habitations (lorsqu'ils dorment, par exemple) et moins celui perçu à l'extérieur (sur une terrasse ou un balcon). C'est du moins mon cas.

Au final, je reste donc toujours excité par le développement des voitures électriques. Je suis convaincu qu'elles participeront à un environnement moins bruyant. Et n'oublions pas qu'il y a d'autres raisons de se réjouir (réduction de la pollution de l'air, écologie, etc.). C'est la seule solution plausible et viable sur le long terme. Comme l'explique Matthew Inman, il est absurde que nous en soyons encore à utiliser des véhicules basés sur des moteurs à explosion, qui utilisent des liquides combustibles, polluants et non renouvelables.

Quoi qu'il en soit, que les voitures électriques participent à rendre significativement moins aigu le problème de la pollution sonore ou non, des revêtements de route et des pneus silencieux devraient également être encouragés, voire rendus obligatoires. Le cumul de plusieurs solutions est souvent une bonne approche.

A encore plus long terme (mais peut-être pas tant que ça ?), les voitures autonomes devraient permettre une petite révolution des transports publics (optimisation des trajets, trajets à la demande, etc.). J'espère que ce développement permettra aussi de réduire le nombre de véhicules sur les routes, mais ce point reste à confirmer.

En conclusion, j'espère que la société verra un jour les véhicules bruyants comme elle voit aujourd'hui la fumée dans les lieux publics, à savoir comme un facteur négatif pour la santé publique et, donc, quelque chose de complètement absurde.

Je suis probablement victime de mon côté rêveur, mais, bien plus que la simple réduction du bruit ambiant, j'espère que les lieux de vie communs (villes, quartiers, villages, etc.) deviendront un jour globalement plus agréables, plus paisibles, plus esthétiques. Oui, je sais, il y a certainement des problèmes plus pressants à résoudre, mais l'un n'empêche pas l'autre. J'aime beaucoup les villes qui arrivent, par leurs parcs, leurs rivières ou la manière dont elles intègrent la végétation avec les bâtiments et les rues, à devenir moins étouffantes, à recréer une sorte d'ambiance de campagne à la ville, en quelque sorte.

Une campagne sans motos, bien entendu !

Mise à jour (5 juin 2016). La Norvège se lance apparemment sur la même voie que les Pays-Bas : "Norway reportedly agrees on banning new sales of gas-powered cars by 2025". Comme l'article l'explique, il semblerait que le projet des Pays-Bas ne soit pas aussi avancé que celui de la Norvège. Espérons toutefois que ces deux Pays fassent des émules !

Tuesday, April 5, 2016

Viande artificielle et éthique : ma position en résumé

Je m'étais déjà exprimé sur le thème de la viande artificielle il y a deux ans et demi. Après avoir écouté l'interview de Uma Valeti par Sam Harris ("Meat Without Misery"), j'aimerais à nouveau résumer ma position sur le sujet en répondant brièvement à trois questions.

1) Suis-je en faveur du développement de la viande artificielle ?

Oui, définitivement. Comme je l'expliquais dans mon dernier article, il est à mon avis impossible de convaincre plus de sept milliards d'êtres humains de se passer de viande. C'est irréaliste. D'un point de vue éthique (donc si l'on cherche à diminuer au maximum la souffrance des êtres conscients), la viande artificielle semble être une bonne solution. La seule solution plausible, en fait.

2) Lorsqu'elle sera disponible, mangerai-je de la viande artificielle ?

Probablement pas, mais on ne sait jamais : il est difficile de prédire le futur. Depuis le temps que je suis végétarien, l'envie de manger de la viande m'a passé. C'est un goût que j'ai perdu. Et, si je ne suis pas attaché à des principes qui m'empêcheraient absolument de manger de la viande artificielle, la viande reste associée à des idées négatives, désagréables (la mort et la souffrance d'êtres conscients). Enfin, il ne faut pas oublier que le végétarisme m'a permis de découvrir de nombreux aliments que je n'avais pas l'habitude de manger auparavant. Je souhaite poursuivre sur ma lancée et continuer à encourager tous ces producteurs qui font des efforts pour proposer des produits végétariens et vegans de plus en plus variés et intéressants du point de vue du goût.

3) La viande artificielle est-elle une meilleure voie que le végétarisme/véganisme ?

Non. Malgré ma réponse à la première question, la viande artificielle reste un compromis. La moins mauvaise des solutions, en quelque sorte. Supprimer la souffrance animale sans qu'il y ait un véritable cheminement personnel chez le consommateur reste problématique. C'est un peu comme si l'on résolvait le problème de la pédophilie en fournissant des "enfants artificiels" (disons, des robots ou des poupées réalistes) aux pédophiles pour qu'ils puissent assouvir leurs pulsions. Oui, il s'agit d'une comparaison choquante, peut-être, et imparfaite, comme toutes les comparaisons. J'en suis conscient. Mais je crois qu'elle véhicule assez bien mon ressenti.

Bref, j'attends le développement de la viande artificielle avec une certaine impatience, accompagnée tout de même d'une légère résignation.

Tuesday, March 29, 2016

Un superordinateur dans ma poche

Chaque jour, au travail, je passe devant un vieux Cray-1S/2300 (arrivé à l'EPFL en février 1986, après trois ans d'utilisation à EDF), d'une puissance de calcul de 160 MFLOPS. Comme beaucoup de monde, avec l'habitude, j'ai plutôt tendance à le percevoir comme un obstacle au milieu du passage, que je dois contourner.

Ce que j'ai tendance, parfois, à oublier, c'est que j'ai un appareil huit fois plus puissant  entre les mains, dans mon sac ou dans ma poche : mon iPhone 6s Plus (1300 MFLOPS), qui a remplacé en 2015 mon iPhone 5, acheté en 2012, qui était devenu complètement inutilisable à cause d'un écran défectueux.

La comparaison en termes de puissance de calcul est imparfaite. Un Cray-1 est une machine très volumineuse (voir photo - il est possible de s'en servir comme banc) et essentiellement destinée à du calcul "pur". Un iPhone, avant d'être un ordinateur capable d'effectuer plus d'un milliard d'opérations numériques par seconde, est pour la plupart des gens un téléphone, un appareil photo, un caméscope, un baladeur numérique, un GPS, etc. La différence est flagrante.

La différence entre mon iPhone 6s Plus actuel et mon ancien iPhone 5, quant à elle, est définitivement plus subtile, plus incrémentale. Je crois que si l'écran de mon iPhone 5 avait tenu le coup, je n'aurais pas changé de smartphone aussi "tôt" (après seulement trois ans).

Malgré tout, je dois admettre que l'écran plus grand, le processeur plus rapide, l'appareil photo de meilleur qualité, entre autres, sont des améliorations très agréables et je supporterais difficilement un retour en arrière.

Il s'agit de changements progressifs, donc, mais il n'y a pas de doute : à force d'avoir des smartphones avec des écrans de plus en plus grands, des tablettes avec des écrans de plus en plus petits, des montres de plus en plus "intelligentes", des laptops de plus en plus légers, la frontière devient de plus en plus floue entre les différents types d'appareils que nous utilisons.

Cela est devenu particulièrement manifeste dans la gamme d'Apple, avec l'apparition de l'iPad Pro à la fin de l'année passée. Les similitudes entre un MacBook Air et un iPad Pro, d'une part, mais aussi entre un iPad Mini et un iPhone Plus, d'autre part, sont importantes. C'est la première fois depuis longtemps que la ligne de produits d'Apple est aussi "incompréhensible" à mes yeux. L'apparition de Microsoft Office sur iPad amplifie encore ce sentiment général.

Si je parle des produits Apple, ça n'est pas parce que je les considère comme des précurseurs, mais, au contraire, parce que si cette frontière floue dont je parle est devenue évidente chez Apple, c'est qu'on a bien affaire à un phénomène global, à quelque chose de définitivement ancré dans la réalité du marché. Il y a déjà bien longtemps que d'autres constructeurs ont entamé ce processus, comme Microsoft avec sa "tablette hybride" Surface, pour ne citer qu'eux.

Ce que l'on peut encore noter est que cette évolution ne concerne pas que les laptops, les tablettes et les smartphones, mais aussi de plus en plus d'autres appareils, comme les télévisions, montres ou lunettes "intelligentes" (smart TV, smartwatch et smartglass, en anglais). Et, en toile de fond, la vieille idée d'Internet of Things (IoT) est en train de passer du concept à la réalité...

Nous vivons une époque vraiment excitante.

Au risque de passer pour un dinosaure, à la fin des années 1990, comme tout geek qui se respecte, il m'arrivait régulièrement de déplacer mon PC (qui devait peser entre 10 et 15 kilos) entre ma chambre d'étudiant et la maison de mes parents, pour les week-ends et les vacances. Lorsque j'ai acheté mon premier laptop, en 2008 (un MacBook Pro), cela a donc vraiment été une révolution, pour moi.

Huit ans plus tard, le laptop (15 pouces) reste pour moi un compromis idéal. Je peux l'utiliser chez moi, le bouger entre les différentes pièces de mon appartement, le prendre en week-end, etc.

Je n'ai encore jamais vraiment ressenti le besoin de posséder une tablette, mais j'entrevois quelques cas d'utilisation qui pourraient être intéressants et pour lesquels un smartphone, même grand, ne conviendrait pas (BDs électroniques, livres avec illustrations, voyages en avion, etc.).

L'année passée, j'ai tenté l'utilisation d'un clavier Bluetooth en voyage, pour la rédaction de mon carnet de bord sur mon smartphone. Je tiens à jour un journal intime depuis 1993 et les voyages ont toujours été un moment problématique. Au début, je rédigeais naturellement mon journal sur des feuilles de papier (c'est la solution la plus simple à implémenter, la plus évidente). Puis, depuis plus de cinq ans, je me suis mis à utiliser mon smartphone. Le problème, c'est que les voyages sont des moments souvent intenses, où il se passe beaucoup de choses et, en même temps, ce sont aussi des instants où le temps est précieux. Le clavier virtuel de mon smartphone, fondamentalement lent, a donc toujours été frustrant. L'utilisation d'un clavier physique, plus encombrant, m'a permis de passer moins de temps à écrire.

Et c'est là l'un des défis auxquels doivent faire face les constructeurs, à mon sens : trouver des solutions innovantes pour que taper du texte sur des appareils tels que les smartphones devienne enfin une expérience agréable. C'est peut-être un signe de mon âge, mais je ne pense pas : depuis l'achat de mon premier smartphone il y a sept ans, je n'ai jamais réussi à m'habituer aux claviers virtuels ; même sur l'écran plus grand de mon iPhone 6s Plus, il m'arrive régulièrement de faire des fautes de frappe à répétition.

Il est certain que la majorité des gens consomment l'information plutôt que de la produire, mais la création de contenu sur smartphone ou sur tablette reste un cas d'utilisation beaucoup trop important pour le négliger. Ne l'oublions pas : ce sont bien des superordinateurs que nous avons dans nos poches. Il serait vraiment dommage de s'en servir uniquement de manière passive...

Nous avons besoin de nouveaux paradigmes. La reconnaissance vocale est une approche prometteuse, mais qui ne répond pas totalement au problème, pour des raisons évidentes. La technologie Continuum de Microsoft, permettant, entre autres, de brancher clavier, souris et moniteur sur un smartphone, est un pas dans la bonne direction.

Je suis curieux de voir ce que ces prochaines années nous réservent !