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Wednesday, May 5, 2021

The Softy


Selon mes notes personnelles, j'ai consommé mon premier fromage végétal à base de noix de cajou fermentées en janvier 2016. Il s'agissait d'un produit importé d'Allemagne (Happy Cheeze).

Je me souviens avoir appris l'existence de ce type de fromages végétaux plusieurs années auparavant, probablement via un reportage/documentaire à propos d'une "fromagerie végétale" aux Etats-Unis. Je trouvais cela passionnant et avais hâte que ce type de produits arrivent en Europe.

Au final, je ne sais pas si les fromages végétaux spécifiquement fabriqués à partir de noix de cajou fermentées sont apparus d'abord aux Etats-Unis, en Europe ou ailleurs. Ce qui est certain, c'est que depuis mes premiers achats, l'offre a vraiment explosé.

Il y a quelques semaines, un cap symbolique a été franchi. Migros, l'une des plus grandes chaînes de distribution suisses, offre son propre fromage à base de noix de cajou : The Softy ("une alternative végane au camembert").

Cela peut paraître anodin, mais je commande la plupart de mes produits végans dans des magasins spécialisés. Alors, certes, ces magasins ont toujours une offre bien plus large et intéressante que les grands distributeurs, mais je suis vraiment content (et impressionné) d'assister à une telle démocratisation.

Wednesday, October 17, 2018

Cheapest vegan omega-3 supplements on the market

It has been known for years now that omega-3 supplements are useless for heart health. They're still useful for brain health, though, especially for vegetarians, vegans, and people who don't eat fish regularly (i.e. most people I know, probably).

I've been taking vegan (i.e. algae) omega-3 supplements since 2007 and I've always bought the same brand: Nuique (previously called V-Pure). I'm aiming for a low omega-6-to-omega-3 ratio (2:1, ideally 1:1). The average ratio in the US is apparently 17:1. I'm currently at 3.5:1 (with an omega-3 index of 14.4%). Not bad. I can probably do better, but I'm quite happy with those numbers.

Vegan omega-3 supplements are quite expensive, unfortunately, so, recently, I've tried to find a cheaper alternative to Nuique. Here are the products I've considered and the price in USD per 1000 mg of DHA for each product:
Conclusion: Vegetology is the cheapest vegan omega-3 supplement I've found so far and it is significantly cheaper than Nuique. They also seem to have vegan D3 supplements, which I thought was impossible (D3 supplements are usually made from sheep wool). So it's settled: I'll give my money to Vegetology from now on.

Tuesday, November 29, 2016

Végétarisme/véganisme : vers une démarche efficace

Je suis récemment tombé sur un article intitulé "Do-Gooder Derogation: Disparaging Morally Motivated Minorities to Defuse Anticipated Reproach", datant de 2011. Je ne sais pas s'il s'agit d'un article de qualité. Je n'ai pas l'habitude de lire ce genre de publications, en particulier dans le domaine de la psychologie.

En voici néanmoins quelques extraits :
  • "While societies may differ on what it means to be moral, they agree that it is good to be so."
  • "Consider vegetarians. Examples of the resentment toward this relatively harmless group abound in Western culture."
  • "Vegetarians report being frequently pestered about their choice."
  • "Moral reproach, even implicit, stings because people are particularly sensitive to criticism about their moral standing."
  • "Because of this concern with retaining a moral identity, morally motivated minorities may be particularly troubling to the mainstream and trigger resentment."
  • "The hypothesis presented above is consistent with a long research tradition showing that individuals will respond to self-threat by putting down the source of the threat."
  • "If meat eaters derogate vegetarians, then they are more likely to be doing so because of the resentment triggered by anticipated moral reproach than because of any discomfort regarding eating meat."
  • "Furthermore, the more participants expected vegetarians to exhibit such moral superiority, the more negative were the associations they generated."
  • "The fact that we observed a significant shift in ratings of vegetarians as a result of such a subtle manipulation demonstrates just how sensitive individuals are to moral threat."
  • "Though speculative at this point, this interpretation raises the intriguing possibility that under conditions of threat, do-gooder derogation has the ironic effect of making the message of do-gooders more palatable. Having shot the messenger, participants may have felt less urge to also burn the message."
  • "Anticipated moral reproach is aversive and participants reacted to it by putting down the presumed source."
  • "To be sure, do-gooder derogation is better described as a puzzling ambivalence toward principled others than as outright negativity."
  • "[A]lthough vegetarians do look down on meat eaters’ morality somewhat, they are less selfrighteous than they are perceived to be."
  • "The opportunity to derogate do-gooders may have the ironic aftereffect of making majority members less resistant to minority values in the face of threat. This finding brings to mind Moscovici’s analysis of minority influence (1985) as sometimes leading to private conversion, even in the face of public rejection."
En résumé et si je simplifie à l'extrême, les végétariens sont mal perçus par les non-végétariens, car ils sont considérés comme moralisateurs (dans le sens péjoratif du terme), même s'ils ne le sont pas vraiment. Il suffit pour un non-végétarien de penser au "jugement potentiel" qu'un végétarien pourrait porter sur lui pour que le non-végétarien développe automatiquement un préjugé négatif par rapport au végétarien. Si je résume encore plus : on n'aime pas être critiqué et encore moins lorsqu'il s'agit, explicitement ou non, de ses valeurs morales.

Ces derniers mois, j'ai vécu quelques évènements qui m'ont personnellement rappelé qu'effectivement, il n'est pas tous les jours facile d'être végétarien. Il y a eu une "attaque" désagréable à mon encontre sur Facebook, après deux ans d'absence sur ce réseau social. Un ancien collègue vegan m'a à cette occasion avoué avoir voulu quitter Facebook à cause de réactions similaires. Il y a aussi eu la déception causée par un discours - que je qualifierais de facile, voire intellectuellement paresseux - de la part de Sam Harris, que je tends pourtant à admirer, en temps normal.

Cet article me rassure donc un tout petit peu : non, il ne s'agit pas de paranoïa ; il y a réellement, globalement, un sentiment négatif à l'égard des végétariens. Ce sentiment est parfois "mérité", si tant est qu'il puisse vraiment l'être, mais il est souvent lié à un préjugé, au sens premier du terme.

Je ne veux pas tomber dans le piège de la victimisation. Question discrimination, il y a bien plus à plaindre que les végétariens, les végétaliens ou les végans. Il y a toutefois une remise en question, peut-être, à entamer.

Au risque de rendre cet article plus confus qu'il aurait besoin de l'être, je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec une lecture récente : Everybody Is Wrong About God, de James A. Lindsay. Dans ce livre, Lindsay défend la position que les non-croyants ne devraient désormais plus se positionner, s'organiser ou se définir en tant qu'athées, mais raisonner comme si nous vivions déjà dans une société post-théistique, car le débat philosophique concernant l'existence ou non de Dieu est réglé depuis longtemps. La question, désormais, est de savoir comment dialoguer avec les croyants de la manière la plus productive possible (par exemple avec des approches telles que la Street Epistemology de Peter Boghossian ou le Outsider Test for Faith de John W. Loftus), comment développer la laïcité, la science, etc. Bref, comment aborder la problématique d'une manière plus constructive, moins dans l'opposition.

Si j'essaie de faire un parallèle avec le végétarisme/véganisme, il s'agit alors de reconnaître que le débat moral est clos : je ne connais personne capable de défendre sérieusement la position qu'il est moral de faire souffrir inutilement des animaux. Aussi, et cela me coûte de l'admettre, mais il est peut-être déjà temps de laisser tomber des termes tels que "végétarien" ou "végan", parce qu'ils sont connotés, il est vrai, mais aussi parce qu'il faut aussi systématiquement les expliquer, les préciser. "Je ne mange ni viande ni poisson" ou "je ne consomme pas de produits animaux", c'est finalement plus clair et cela nous rappelle que ça n'est pas l'identité de végétarien/végan qui est importante, mais la démarche éthique.

Une présentation que j'ai découverte très récemment, destinée aux végans, très bien argumentée, va d'ailleurs en partie dans le sens de ce que je viens d'évoquer.

J'ajouterai encore que j'ai également eu des réactions négatives, ces derniers temps, en parlant de manière (peut-être naïvement) enthousiaste à propos du travail de Will MacAskill, de l'altruisme efficace, de GiveWell, etc. Il semblerait que, dès que l'on parle de sujets éthiques, les gens deviennent particulièrement défensifs, même s'il est question de démarches positives.

Que faire, donc ?

Une note positive, tout de même, dans l'article que j'ai cité au début, est que les végétariens ont beau être mal perçus, leur message est susceptible de passer malgré tout (l'article mentionne le concept de conversion privée).

Je ne pense pas qu'il soit souhaitable de laisser tomber la discussion. J'ai toujours l'intention de parler de ma démarche, mais je vais essayer de le faire le plus diplomatiquement possible, en gardant à l'esprit que les gens en face de moi se sentent forcément jugés, indirectement, et aussi qu'au bout du compte, je passerai toujours pour quelqu'un de plus ou moins moralisateur. Ça fait partie de la dynamique de ce genre de discussions. Il faut l'accepter et aller de l'avant.

C'est quelque chose que j'ai aussi appris en écoutant Will MacAskill : il est possible de changer les choses simplement en donnant son argent, par exemple via des campagnes de financement participatif (crowdfunding). Je l'ai fait encore récemment pour Memphis Meats, une société dont le but est de commercialiser de la viande artificielle, produite à partir de cellules animales.

En attendant, je ne peux que me réjouir du fait que le nombre de végétariens, végétaliens et végans augmente sans cesse et que l'offre destinée à ce segment de la population, même dans les supermarchés, devient de plus en plus variée. Contrairement à ce que certains prétendent, on n'a pas affaire à un phénomène de mode, mais à une véritable tendance, probablement définitive. Une fois la masse critique atteinte, la situation devrait alors devenir moins conflictuelle.

Wednesday, October 5, 2016

Le purisme végétarien

Comme l'article "Souffrances bovines et esclavagisme", que j'ai écrit il y a à peu près une année, cet article est une réaction à une discussion privée autour du sujet du végétarisme. Cette fois-ci, il était essentiellement question de l'attitude de Sam Harris par rapport au végétarisme, ainsi que du purisme végétarien, c'est-à-dire l'attitude consistant à vouloir être absolument végétarien à 100%.

Voici donc ma réaction à quelques points importants :
  • La position de Sam Harris est étrange, voire incohérente. Globalement, je suis d'accord avec ces commentaires sur Reddit. Sam Harris explique, et je peux le comprendre, qu'il n'a pas envie d'être identifié comme un végétarien, car ce terme a une connotation négative. Selon lui, il y a un aspect religieux au fait de vouloir être absolument végétarien à 100%. Cette manière de penser me fait un peu penser à l'attitude de Neil deGrasse Tyson par rapport au qualificatif "athée". Tyson refuse d'être défini comme un athée, car il pense que ce terme est connoté et il préfère être présenté comme un scientifique, comme une personne qui vulgarise la science. Pourtant, Neil deGrasse Tyson ne croit pas en Dieu. C'est donc un athée, par définition. Il est un peu ironique pour Sam Harris d'avoir peur d'un label, lui qui est un des athées les plus médiatiques. Depuis quand se soucie-t-il de ce qu'on pense de lui ? Être végétarien à une époque où seule une minorité de la population l'est (en dehors de l'Inde, disons) est forcément connoté. Il est difficile de ne pas passer, au moins un tout petit peu, pour un militant. Cela exige un minimum de courage, peut-être, mais je n'en suis même pas forcément sûr. Difficile de penser que Sam Harris ne puisse pas faire cet effort relativement trivial (pour lui).
  • Le fait que Sam Harris se soit remis à manger du poisson, en particulier, est frustrant. Il est possible d'être végétarien et même végan sans le moindre problème de santé, si l'on fait un peu attention à ce que l'on mange. Je n'ai jamais vu qu'il était nécessaire de manger du poisson pour être en pleine forme. Peut-être est-ce le cas. Je ne demande qu'à être contredit sur la question. Peut-être que certaines personnes ont vraiment besoin de manger du poisson pour être en forme, mais, si tel est le cas, il me semble que des études scientifiques devraient pouvoir le mettre en évidence. Sam Harris passe plusieurs minutes à expliquer que les poissons et crustacés ont un système nerveux moins développé que d'autres animaux. Il ne parle pas du tout de ce qui l'a amené à conclure que sa fatigue était causée par un manque de poisson. A-t-il seulement cherché des alternatives (autres sources de protéines, compléments alimentaires, etc. ?).
  • Il est toutefois absurde de viser un végétarisme à 100% juste pour la "beauté du geste". Sur ce point, je suis complètement d'accord. Éthiquement, il vaut mieux être végétarien à 50% qu'à 10%. Il vaut mieux l'être à 95% qu'à 50%. Il est important d'encourager tout effort dans ce sens et je peux comprendre que quelqu'un essayant de devenir végétarien puisse être découragé par le côté religieux, absolu ou moralisateur des "végétariens à 100%". Cette manière de voir les choses peut d'ailleurs s'appliquer à toutes sortes de domaines : sport, méditation, Getting Things Done, recyclage, etc. Bref, toute activité dont on souhaite faire une habitude. En gros, il s'agit juste de ne pas être trop dur avec soi.
  • Il existe d'ailleurs un néologisme pour désigner les gens souhaitant diminuer leur consommation de viande : flexivore. Je l'ai découvert sur le lieu de mon travail la semaine passée. Je ne sais pas si cela clarifiera les choses. Je ne sais pas si cela prendra ou non. Peut-être que ce terme aura plus de succès que le "bright" censé remplacer un "atheist" soi-disant trop connoté. Qui sait ? Plus comique : faut-il appeler les fromages végan (ou faumages) "Gary" ?
  • Le taux de végétarisme n'est pas complètement linéaire. Je m'explique. Être végétarien à 20% n'est pas deux fois plus dur que de l'être à 10%. L'être à 100% n'est pas cinq fois plus difficile que de l'être à 20%. Je note en passant que, même en ne mangeant pas de viande volontairement, il m'est arrivé d'en manger involontairement. Cela m'arrivera probablement encore. Cela ne m'empêche pas de dormir. Donc on ne peut être végétarien à 100% qu'en considérant uniquement la consommation volontaire de chaire animale. Ce détail technique clarifié, il me semble que lorsque l'on se trouve dans une démarche motivée par des considérations éthiques, on tend naturellement vers un végétarisme "pur", sans forcément vouloir l'atteindre explicitement. La barre des 100% n'est pas forcément un but en soi, plus une sorte d'effet secondaire. La difficulté pour passer d'un végétarisme à 80% à un végétarisme à 100% n'est donc pas si grande qu'on pourrait le penser au premier abord.
  • Il ne faut toutefois pas sous-estimer la différence conséquentialiste entre être végétarien à 80-95% et l'être à 100%. Dans le contexte d'une réflexion éthique, cela me semble étrange de vouloir faire des exceptions, qui sembleraient indiquer que la souffrance animale, motivation de la démarche à l'origine, n'est pas si grave que cela. Il me semble qu'à terme, rester végétarien à 95% et ne pas faire le "pas final" donnerait donc un mauvais signal aux gens, en quelque sorte. Mais, à nouveau et j'insiste, le fait de faire des exceptions au début d'une démarche visant à devenir flexivore, végétarien ou végan devrait au contraire être encouragé, si cela facilite les choses.
  • Je me répète par rapport à mon dernier article, mais le végétarisme n'est pas un handicape social si important. Au début, il est possible d'oublier d'avertir quelqu'un chez qui l'on est invité que l'on est végétarien, mais, avec le temps, cela devient un réflexe et il devient vraiment impossible de ne pas y penser. Il est également toujours possible de proposer d'apporter quelque chose pour dépanner. Je me suis personnellement rarement retrouvé dans des situations embarrassantes (ou alors ma mémoire est sélective...). Enfin, oui, les végétariens et végans parlent parfois trop de leur démarche, mais cela ne doit pas empêcher non plus d'avoir un minimum de dialogue sur le sujet, sans trop insister et y passer une soirée entière. On peut rappeler les définitions (ex. différence entre végétarien, végétalien et végan), donner simplement les raisons de la démarche (traitement des animaux, etc.), puis passer à autre chose.
  • L'analyse de la situation imaginaire de la salade avec du bacon est incorrecte, à mon avis.  Une personne végétarienne ou souhaitant l'être commande une salade dans un restaurant. Le serveur arrive avec une salade contenant du bacon. Une analyse conséquentialiste possible est de se dire que, puisque le bacon est là, autant le manger. Exiger une nouvelle salade signifierait de toute façon que le bacon sera jeté. Le cochon est mort. Le bacon est là. Autant en profiter. Il s'agit là pour moi d'une analyse incomplète. Il ne faut pas oublier que le restaurant propose un service. Manger la salade avec le bacon, c'est donner un mauvais signal au restaurant. C'est encourager un mauvais service. C'est ne pas entrer dans une relation de discussion constructive (et polie) avec le serveur ou le cuisinier, qui devraient pouvoir apprendre de leurs erreurs, devenir plus sensibles à la question des végétariens. Ou des végans. Ou des personnes intolérantes au gluten. Ou au lactose. C'est aussi une question de respect, peut-être, celui du client. Enfin, pour quelqu'un qui mange encore occasionnellement de la viande, manger du bacon, c'est une possibilité. Pour quelqu'un qui est végétarien depuis 5, 10 ou 20 ans, c'est tout simplement incongru. L'habitude n'est plus là. Le goût est perdu. Et la souffrance qui se cache derrière le bacon est toujours là. Sans vouloir dramatiser, elle provoque un certain type de dégoût, auquel on ne s'habitue jamais.
  • Une fois encore, je me répète, mais il est évident que le végétarisme et le véganisme ne sont pas suffisants. Ce sont toutefois des solutions relativement faciles à mettre en pratique, tout comme le fait de recycler l'est dans certains pays (la Suisse, par exemple). Il ne faut pas le faire juste pour se donner bonne conscience, mais ce sont des démarches qui doivent s'inscrire dans quelque chose de plus général. Comme je l'expliquais récemment sur Facebook, dans un débat quelque peu mouvementé, je ne serais pas étonné que les végétariens et végans, en moyenne, soient plus sensibles à d'autres problématiques similaires (conditions de travail dans certains pays, écologie, etc.). Il s'agit en quelque sorte d'une porte d'entrée dans une réflexion éthique plus globale, certainement pas d'une fin en soi.

Tuesday, August 30, 2016

Le paysan qui tue ses bœufs les yeux dans les yeux

Je réitère mon expérience d'il y a deux mois, à savoir publier sur mon blog un email que j'ai écrit récemment. Il s'agit cette fois-ci d'une réaction à l'article "Le paysan qui tue ses bœufs les yeux dans les yeux" (Le Temps, 8 août 2016) :

"Je ne sais pas si ce cas est très éclairant. Il me semble au contraire plutôt anecdotique. Au pire, il laisse même planer l'idée qu'il serait possible de continuer à produire de la viande tel qu'on le fait actuellement de manière humaine. Ce qui me semble impossible. En l'absence de viande artificielle, seule une diminution de la production permettrait un traitement "humain" des animaux.

On ne peut en tout cas pas reprocher à ce M. Müller d'être hypocrite. Il est conscient de la face obscure de l'industrie de la viande. Et il est clair d'un point de vue éthique qu'il vaut mieux un animal abattu comme il le fait que dans les abattoirs traditionnels.

Je trouve dommage qu'il semble victime de confusion quant à ce qu'est vraiment l'antispécisme : il ne s'agit pas de prétendre que les êtres humains et les autres animaux sont égaux, mais de reconnaître plus de droits et, en particulier, le droit à la vie, aux animaux. De même, lorsque l'on parle de donner plus de droits aux femmes, aux homosexuels ou à toute autre minorité, cela ne revient pas à nier les différences entre les individus, qu'elles soient biologiques ou autres.

Il semble être aussi confus quant à ce qu'un monde sans production de viande signifierait du point de vue de l'écologie. Le fait de dire sans autres précisions que la production des légumes/céréales a aussi un impact écologique est une analyse parfaitement incomplète des choses. Une grande partie de la production des légumes/céréales sert déjà à alimenter les animaux...

Bref, d'un point de vue rationnel, son point de vue est simpliste et incomplet.

Et, au final, j'ai de la peine à me débarrasser de l'idée que quelqu'un qui est capable de tuer un être conscient "les yeux dans les yeux" a une dimension fondamentalement psychopathique."

Tuesday, April 5, 2016

Viande artificielle et éthique : ma position en résumé

Je m'étais déjà exprimé sur le thème de la viande artificielle il y a deux ans et demi. Après avoir écouté l'interview de Uma Valeti par Sam Harris ("Meat Without Misery"), j'aimerais à nouveau résumer ma position sur le sujet en répondant brièvement à trois questions.

1) Suis-je en faveur du développement de la viande artificielle ?

Oui, définitivement. Comme je l'expliquais dans mon dernier article, il est à mon avis impossible de convaincre plus de sept milliards d'êtres humains de se passer de viande. C'est irréaliste. D'un point de vue éthique (donc si l'on cherche à diminuer au maximum la souffrance des êtres conscients), la viande artificielle semble être une bonne solution. La seule solution plausible, en fait.

2) Lorsqu'elle sera disponible, mangerai-je de la viande artificielle ?

Probablement pas, mais on ne sait jamais : il est difficile de prédire le futur. Depuis le temps que je suis végétarien, l'envie de manger de la viande m'a passé. C'est un goût que j'ai perdu. Et, si je ne suis pas attaché à des principes qui m'empêcheraient absolument de manger de la viande artificielle, la viande reste associée à des idées négatives, désagréables (la mort et la souffrance d'êtres conscients). Enfin, il ne faut pas oublier que le végétarisme m'a permis de découvrir de nombreux aliments que je n'avais pas l'habitude de manger auparavant. Je souhaite poursuivre sur ma lancée et continuer à encourager tous ces producteurs qui font des efforts pour proposer des produits végétariens et vegans de plus en plus variés et intéressants du point de vue du goût.

3) La viande artificielle est-elle une meilleure voie que le végétarisme/véganisme ?

Non. Malgré ma réponse à la première question, la viande artificielle reste un compromis. La moins mauvaise des solutions, en quelque sorte. Supprimer la souffrance animale sans qu'il y ait un véritable cheminement personnel chez le consommateur reste problématique. C'est un peu comme si l'on résolvait le problème de la pédophilie en fournissant des "enfants artificiels" (disons, des robots ou des poupées réalistes) aux pédophiles pour qu'ils puissent assouvir leurs pulsions. Oui, il s'agit d'une comparaison choquante, peut-être, et imparfaite, comme toutes les comparaisons. J'en suis conscient. Mais je crois qu'elle véhicule assez bien mon ressenti.

Bref, j'attends le développement de la viande artificielle avec une certaine impatience, accompagnée tout de même d'une légère résignation.

Wednesday, September 30, 2015

Souffrances bovines et esclavagisme

Cet article est une réaction à un épisode récent d'un podcast semi-privé, dont le thème est la consommation de la viande et les questions éthiques que cette consommation implique. Les deux auteurs de ce podcast ne sont pas (encore) végétariens.

Le point de départ de la discussion est qu'il est immoral de manger de la viande, principalement à cause de la souffrance animale que la production de la viande entraîne. Cela aurait pu être la conclusion de l'épisode, mais je trouve encourageant qu'il s'agisse au contraire uniquement d'une introduction et que la majeure partie de la discussion tourne autour des implications de ce constat.

Globalement, j'ai trouvé cet épisode rafraîchissant. Comme je suis végétarien depuis 1997, le végétarisme est pour moi quelque chose de naturel, même s'il est une source de questionnement permanent, et j'ai plutôt l'habitude de lire et d'écouter d'autres végétariens ou végétaliens discuter de leurs problèmes.

Ma première réaction est la réalisation que je n'avais pas autant intellectualisé ma démarche il y a 18 ans. C'est à la fois positif, car cela m'a probablement permis de faire le pas plus facilement, et négatif, car certaines questions ne me sont venues à l'esprit que bien plus tard et j'ai par conséquent le sentiment d'avoir un peu perdu mon temps, en quelque sorte. J'aurais pu faire plus, plus tôt.

Ma deuxième réaction générale est que le conséquentialisme a ses limites. Lorsqu'on commence à se demander si la souffrance qui correspond au quart d'un oeuf est supérieure ou inférieure à la souffrance d'un groupe d'amis non-végétariens qui doit changer de restaurant parce qu'un premier restaurant ne propose pas de plat végétarien (ou végétalien), c'est qu'il est probablement temps de devenir un peu plus pragmatique (un vilain mot que je n'utilise que lorsque j'y suis contraint par les circonstances).

Les points sur lesquels je suis d’accord :

  • En tant que végétarien, faire la morale est contre-productif. Essayer de dégoûter ou culpabiliser ses amis et sa famille ne mène pas à grand-chose. C'est en tout cas une stratégie qui risque de ne pas durer très longtemps, pour des raisons évidentes. Personne n'apprécie les donneurs de leçons.
  • Il est possible de montrer l'exemple. “Lead by example” est l'expression qui a été utilisée en anglais. C'est une bonne alternative à la leçon de morale. Être végétarien, en toute simplicité, c'est montrer aux autres qu'il est possible d'être végétarien. C'est d'ailleurs une stratégie qui peut s'appliquer à d'autres domaines. Par exemple, si les circonstances semblent propices, le fait de se déclarer athée, sans faire de prosélytisme, peut montrer que l'absence de croyances est parfaitement normale.
  • Arrêter de manger de la viande ne suffit pas. Le fait que je sois végétarien, en soi, à l'échelle d'une vie, représente quelques vies animales sauvées. Peut-être quelques dizaines ou centaines, si on compte les poules et les poissons. Il est possible de faire mieux en encourageant, directement ou indirectement, les autres à consommer moins de produits animaux. Comment le faire ? C'est une question difficile. J'ai tendance à avoir une vision pessimiste de la chose. Récemment, j'ai participé (modestement) à la compagne de crowdfunding qui a permis l'ouverture du premier restaurant végétalien de Lausanne (Veganopolis). Mais il est rare que j'aie véritablement l'impression de faire quelque chose de concret pour faire avancer la cause animale.
  • La problématique est subtile/graduelle/progressive. Tuer dix vaches, c'est mieux que d'en tuer vingt. Manger peu de viande, c'est mieux que d'en manger beaucoup. Etre végétalien, c'est mieux que d'être végétarien. A mon sens, tuer un moustique, c'est mieux que de tuer une vache. Toutes ces "règles", presque évidentes, sont des moyens de naviguer dans le "paysage moral", mais, à mon avis, elles ne doivent pas devenir des excuses ("Je mange moins de viande. C'est suffisant."). Aussi, elles doivent permettre de se rendre compte que la souffrance animale n'est qu'un problème parmi d'autres (écologie, conditions de travail, etc.). Il est donc important d'inscrire le végétarisme dans une démarche plus globale, la plus cohérente possible. Après, comme je l'ai dit plus haut, une approche conséquentialiste peut vite devenir difficile, en pratique.
  • Le passage de non-végétarien à végétarien est relativement difficile. En réalité, je ne me souviens plus vraiment. C'était à la fin des années '90. Je me souviens d'une chose, c'est que ma démarche a été progressive, en ce sens que j'ai continué à manger du poisson durant plusieurs mois (ou années ?) et que la tradition des fondues à base de viande (chinoises et autres) des fêtes de fin d'année a résisté durant plusieurs années. Ce qui est une certitude est que le végétarisme ne représente, au quotidien, plus la moindre difficulté à mes yeux.
  • L'impact écologique de la production de la viande est également important. C'est également une problématique plus facile à expliquer aux gens, plus objective. Celle de la souffrance et, donc, de la conscience animale, relève un peu plus de la philosophie. Elle est plus abstraite, en tout cas.
  • Ne pas être végétarien, c'est la voie facile. C'est le plus souvent la voie par défaut. La plupart des pays dits occidentaux ont une culture de la viande, transmise généralement de parents à enfants. L'industrie, les magasins, les restaurants, les cantines scolaires, etc. tendent à encourager le maintien d'un status quo. Sortir de cette culture représente donc un véritable effort, tout du moins au début.
  • La souffrance animale est le plus souvent invisible. L'industrie de la viande dépend en grande partie de l'invisibilité de cette souffrance. Aucune publicité pour la viande ne mettra en scène l'exécution des animaux dans les abattoirs. Pas difficile de s'imaginer pourquoi. Personne n'a envie de voir cela. Il y a là une hypocrisie fondamentale.
  • La viande, c’est bon. A nouveau, je n'en suis plus vraiment sûr, comme je n'en ai pas mangé depuis longtemps, mais je me souviens avoir été un consommateur enthousiaste de charcuterie, fondues chinoises et autres. Il est par contre important de réaliser que le régime végétarien est bien plus vaste que la plupart des gens se l'imaginent. Quelque part, c'est aussi un goût qui s'acquiert avec le temps, comme le vin ou la bière. La première fois que j'ai bu du "lait" de soja, je n'ai pas du tout aimé ça, trouvant que ça ne ressemblait pas à du lait de vache. Maintenant, je m'imagine difficilement m'en passer. Un autre problème est celui de la masse critique : plus il y aura de végétariens, plus il y aura de choix dans les magasins et les restaurants, et plus il y aura de bons produits végétariens.
  • Être végétalien/vegan est plus difficile qu'être végétarien. J'essaie depuis deux ans d'être le plus végétalien possible, donc j'en sais quelque chose. Baisser drastiquement sa consommation de lait, fromage et oeufs est par contre assez facile. Il y a deux week-ends, j'ai eu l'occasion de manger un menu végétalien gastronomique en six plats. Les choses vont dans le bon sens. Lorsqu'il y aura plus de végétariens, être végétalien/vegan devrait aussi devenir plus facile/évident.

 Les points sur lesquels je ne suis pas d'accord ou qui demandent des précisions :

  • Manger du poisson est moins problématique. En particulier, j'ai trouvé un tout petit peu choquant le passage concernant l'asphyxie des poissons qui ne dure "que quelques minutes", ce qui serait moins comparé à la souffrance d'une vache maltraitée toute sa vie. Dans l'absolu, cela pourrait avoir un certain sens, toujours dans un système conséquentialiste. Mais nous n'avons toujours pas de théorie de la conscience qui tienne la route. Difficile donc de savoir ce que ressent réellement un poisson qui meurt asphyxié. J'espère qu'effectivement, les poissons ressentent moins la douleur que les mammifères, par exemple, mais je ne peux pour l'instant pas en être certain. Un autre problème est qu'environ cent milliards de poissons sont pêchés chaque année. Cela représente beaucoup d'asphyxies... C'est aussi environ 300 fois plus d'individus tués que pour les vaches, boeufs et veaux. Enfin, n'oublions pas le problème écologique que la pêche représente (surpêche, etc.).
  • L'utilisation du terme "extrémiste". Ce n'est pas la première fois que je l'entends dans le contexte du végétarisme/végétalisme, pour désigner quelqu'un qui arrêterait complètement de manger de la viande (par opposition à une consommation réduite de viande). Il y a trois ans, je m'étais déjà exprimé sur le sujet, mais dans un autre contexte. Pour moi, l'extrémisme, dans le domaine de la défense de la cause animale, correspondrait plutôt à des actions violentes ou illégales, comme la libération d'animaux de laboratoire, le vandalisme ciblant des magasins vendant de la fourrure, voire des meurtres de personnes impliquées dans la souffrance animale.
  • Ne plus manger de viande peut avoir un avantage économique. Globalement, la viande est relativement chère. Mais le végétarisme est associé à une prise de conscience plus large. A partir du moment où l'on cesse de manger de la viande, on va aussi souvent chercher à manger bio et local, par exemple, ce qui a tendance à tirer les prix vers le haut, surtout dans un pays comme la Suisse.
  • Etre végétarien mène à des carences. Sur le fond, je suis d'accord qu'il faut se documenter et manger équilibré, mais on m'a tellement souvent demandé comment je faisais pour compenser le manque de protéines, fer ou autres que cette problématique est pour moi largement surévaluée. Une sorte de mythe, quoi. Ma réponse est quasiment toujours la même : il y a énormément d'aliments contenant des protéines, du fer, etc. Je peux de plus aisément m'imaginer que quelqu'un mangeant de la viande puisse avoir un régime complètement déséquilibré (voire dangereux).
  • Le végétarisme est un handicap social. Oui, être végétarien, lorsque l'on sort avec des amis ou de la famille peut être un léger problème, mais, même en Suisse Romande, région relativement peu végétarienne, il faut vraiment chercher longtemps pour trouver un restaurant qui n'aurait absolument rien de végétarien à la carte ou qui ne serait pas d'accord de faire un plat spécial pour un végétarien. Mon expérience personnelle (et donc anecdotique) est que le végétarisme est plutôt quelque chose de facile à prendre en compte, comparé à quelqu'un qui n'aimerait pas un style de cuisine en particulier (japonais ou mexicain, par exemple) ou à quelqu'un qui serait allergique/intolérant au gluten (ou qui prétendrait l'être - c'est très à la mode). Etre invité chez quelqu'un peut être plus problématique, mais c'est aussi l'occasion "d'éduquer" cette personne, en quelque sorte. Et il est toujours possible de proposer d'apporter à manger.
  • Le lait, le fromage et les oeufs sont moins problématiques que la viande. La problématique des conditions de vie des vaches laitières et des poules pondeuses est à peu près la même que dans le cas de la production de viande. A cela s'ajoutent des problématiques supplémentaires. Pour qu'une vache produise du lait, il faut qu'elle ait des veaux, qui lui sont retirés très vite (souffrance de la séparation de part de d'autre). Dans le cas des oeufs, les poussins males sont supprimés (encore très souvent en étant broyés vivants, si je comprends bien). Bref, il ne faut pas sous-estimer les problèmes éthiques soulevés par les industries du lait et des oeufs.
  • Un végétarien a des envies irrésistibles de viande, au début. Je ne sais pas si c'est quelque chose qui a été réellement dit dans le podcast ou s'il s'agissait juste d'une interrogation, mais je ne me souviens pas que cela ait été le cas pour moi. Ou cela n'est du moins pas le cas depuis très longtemps. A l'heure actuelle, l'idée de manger de la viande de me dégoûte pas, mais me paraît en même temps très peu naturelle. C'est quelque chose qui me laisse indifférent, en fait. Pour conclure, je dirais que je n'attends pas l'arrivée de la viande synthétique avec impatience pour pouvoir enfin manger de la viande à nouveau, mais uniquement parce que cela résoudra le problème de la souffrance animale à large échelle.

J'aimerais encore revenir sur un point, celui du tabou de la question "Pourquoi es-tu végétarien ?" Dans mon cas, il ne s'agit absolument pas d'un tabou, mais il est vrai qu'après toutes ces années, je trouve encore cette question difficile, pour plusieurs raisons :
  • J'ai entendu cette question des centaines de fois. La personne en face de moi pose cette question peut-être pour la première fois de sa vie, mais le sentiment de devoir se justifier est toujours un peu lourd à porter. Je dirais que cela va mieux depuis quelques temps, toutefois.
  • Il est difficile d'y répondre sans juger indirectement la personne en face. En résumé, je réponds que je suis végétarien pour des raisons éthiques. Ce que je ne dis pas, mais qui pourrait se déduire assez vite de ma réponse, c'est que toute personne mangeant de la viande (donc y compris la personne en face de moi) agit de manière immorale. Je ne le dis pas, mais je le pense. C'est une conclusion logique. Cette peur de juger quelqu'un en face de moi (pas sur un blog, par texte interposé) me met mal à l'aise et je dois encore m'y habituer.
  • J'ai l'impression qu'il est difficile, voire impossible de changer les choses. C'est ma vision pessimiste des choses à laquelle j'ai déjà fait référence plus haut. A quoi bon m'expliquer sur mon végétarisme, puisque je n'ai jamais réussi à "convertir" qui que ce soit ? Je reconnais que je dois travailler sur cette vision et essayer de parler de mon végétarisme de manière beaucoup plus enthousiaste/positive.

Je conclurai en disant que le végétarisme et le végétalisme, c'est comme les mathématiques. On peut se perdre dans les méandres d'une éthique conséquentialiste et se demander quel est le coût (au sens utilitariste du terme) de chacun des aliments que l'on consomme, comparer une souffrance d'une minute d'asphyxie de poisson avec celle de trois amis changeant quatre fois de restaurant, mais, au bout du compte, il devient plus élégant d'effectuer une généralisation et d'arriver à une équation simple. Ne pas manger du tout de viande est donc pour moi la voie à privilégier sur le long terme, même si le fait d'en manger une fois par année ne ferait, au bout du compte, quasiment aucune différence.

Saturday, September 12, 2015

Rencontre avec Matthieu Ricard

Le week-end passé, je me suis rendu pour la première fois à la manifestation Le livre sur les quais, à Morges, sur les rives sur Lac Léman. Cela faisait quelques années que nous voulions y aller. Nous avons enfin pris le temps de le faire.

Le fait que j'aille à une telle manifestation pourrait paraître étrange, vu ma résolution de ne lire plus que des livres électroniques, mais j'ai découvert avec plaisir toute une dimension que je ne connaissais pas jusque alors : la rencontre avec les auteurs.

En bref, nous avons eu l'occasion de suivre une conférence de Matthieu Ricard, une interview de Martin Suter, une table ronde avec plusieurs historiens ("Les mythes de l'histoire suisse"), ainsi qu'une lecture de Nancy Huston.

La conférence de Matthieu Ricard avait lieu sur un bateau, le Lausanne de la CGN, qui a navigué sur le Lac Léman durant plus d'une heure et demie. En soi, le concept était déjà intrigant. Je dois reconnaître toutefois que, passés les premiers moments d'étonnement, je n'ai plus beaucoup prêté attention au paysage et me suis concentré sur la conférence en elle-même.

Je n'étais pas très familier avec la vie et l'oeuvre de Matthieu Ricard. Cette rencontre a donc été l'occasion pour moi de découvrir quelqu'un dont je me suis senti beaucoup plus proche que prévu. Parmi les trois éléments principaux qui nous lient, il y a la science, le végétarisme et la méditation. Ricard a également fait référence à plusieurs personnes avec lesquelles je suis familier (André Comte-Sponville et Steven Pinker, entre autres). Cela a eu pour effet de me mettre en confiance, en quelque sorte.

Le côté religieux de Ricard aurait a priori pu être un obstacle, pour moi, mais, au final, rien de ce qu'il a pu dire en une heure et demie n'a heurté ma sensibilité de sceptique scientifique. Au contraire, son discours très raisonnable a plutôt éveillé ma curiosité.

Cela laisse songeur. Matthieu Ricard pourrait-il défendre les idées qu'il soutient sans religion ? Sans son habit quelque peu incongru de moine bouddhiste ? Probablement. Ce qui me fait penser à la thèse que développe Sam Harris dans Waking Up: A Guide to Spirituality Without Religion. D'ailleurs, Matthieu Ricard et Sam Harris sont par certains aspects assez proches dans leurs idées (méditation, neurosciences, etc.). Je trouverais très intéressant que ces deux penseurs se rencontrent, par exemple dans le contexte d'un podcast.

En attendant, j'ai une fois de plus succombé à l'appel du 1-click d'Amazon et ai commandé la version Kindle de Pladoyer pour les animaux. La lecture de cet ouvrage devrait me permettre de découvrir plus en détail la pensée de Matthieu Ricard. Et - qui sait ? - me donner quelques arguments supplémentaires pour défendre mon végétarisme.

Monday, February 24, 2014

Un pas vers le végétalisme / véganisme

J'avais décidé de ne pas prendre de résolutions en 2014, mais je n'ai pas pu m'empêcher de mettre en pratique une idée qui me trottait en tête depuis quelques temps.

Cela fait 17 ans que je suis végétarien et, depuis de nombreuses années, je consomme régulièrement du lait de soja, ainsi que des yaourts au soja, une pratique plus liée au végétalisme qu'au végétarisme. J'ai récemment aussi cherché à diminuer mon utilisation de produits animaux, tels que le cuir, privilégiant par exemple l'achat de pantoufles en tissu, plutôt qu'en cuir, un comportement, à nouveau, courant en véganisme, mais pas dans un végétarisme de base.

Il y a quelques mois, j'ai découvert Vegusto, une marque de produits végétaliens, qui comprend un substitut de fromage appelé No-Moo. Après quelques hésitations, fin janvier, j'ai franchi le pas : j'ai commandé plusieurs variantes du produit No-Moo, ainsi que d'autres produits plus traditionnels (pour moi, tout du moins), comme de la "charcuterie" et autres saucisses végétaliennes.

Peu importe les marques ou les détails de cette démarche. L'important, c'est que c'est la première fois que j'essaie un substitut de fromage. Je dois admettre qu'on est relativement loin d'une véritable alternative végétalienne, d'une copie chimiquement exacte d'un vrai fromage (qui représenterait à mes yeux une sorte de Saint Graal), mais c'est pour moi un pas supplémentaire en direction du végétalisme. Et ça n'est pas anodin, car je me retrouve un peu dans la peau d'un non-végétarien débutant essayant de se passer de viande ou de poisson. J'aime le fromage. En consommer moins pour des raisons morales n'est pas facile. Il y a le problème du goût (au risque de me répéter, le fromage, c'est bon), mais aussi des raisons plus pratiques, comme l'absence quasi-totale de restaurants végétaliens, alors même qu'il devient de plus en plus facile de trouver des plats végétariens dans des restaurants normaux (on assiste à une certaine démocratisation, quoique assez lente, du végétarisme). Il y a aussi l'incompréhension de mon entourage.

Bref, ça n'est pas demain la veille que je vais m'arrêter totalement de consommer du fromage (je pense en particulier à la fondue et à la raclette), mais No-Moo est un produit qui va m'aider à diminuer légèrement ma consommation de produits animaux et c'est déjà un bon début.

Friday, October 4, 2013

Viande artificielle, végétarisme et éthique

Une collègue m'a envoyé cette semaine un lien sur la présentation TED de Andras Forgacs, "Leather and meat without killing animals" (neuf minutes, recommandé !) :

"By 2050, it will take 100 billion land animals to provide the world's population with meat, dairy, eggs and leather goods. Maintaining this herd will take a huge, potentially unsustainable toll on the planet. What if there were a different way? In this eye-opening talk, tissue engineering advocate Andras Forgacs argues that biofabricating meat and leather is a civilized way to move past killing animals for hamburgers and handbags."

Il y a quelques jours, j'ai également découvert Insolente Veggie, "le blog BD d'une végétalienne extrémiste, obsédée et très très méchante", et je suis tombé en particulier sur la BD "Pour l’abolition de l’esclavage, pour l’abolition du véganisme" (à voir également, c'est très court).

Cela fait seize ans que je suis végétarien, mais cette vidéo et cette BD m'ont fait réaliser clairement quelque chose que je pense avoir toujours su, d'une façon ou d'une autre : comme le dit Insolente Veggie, "la stratégie de la conversion, ça [ne] marche pas". Je n'ai jamais réussi à convertir qui que ce soit au végétarisme et j'ai l'impression très nette que la plupart des gens se fichent absolument du fait que l'on massacre 60 milliards d'animaux par an pour notre bon plaisir.

Pour être exact, les gens ne s'en fichent pas totalement, il est vrai, mais au mieux, cela les affecte de la même manière que les guerres et la famine nous affectent tous : nous trouvons cela triste, mais nous avons l'impression que nous n'y pouvons rien ou pas grand-chose. Le fait que nous arrivions à continuer à vivre en sachant que des millions de personnes souffrent en ce moment même dans le monde est un mécanisme plutôt sain, sans lequel nous deviendrions fous. La différence, dans le cas de la viande, est que nous y pouvons quelque chose. Très facilement. Mais passons.

Au pire, les gens ne réalisent pas que l'on parle de milliards d'êtres conscients, dotés d'un système nerveux et, donc, capables de souffrir. L'industrie opaque de la viande est à mettre en cause. Une certaine hypocrisie, aussi. Il me semble que les enfants ont plus souvent l'occasion de visiter des chocolateries que des abattoirs. Et ça n'est pas uniquement parce qu'ils préfèrent le chocolat à la viande... A ce sujet, je me suis toujours demandé combien de gens, enfants ou pas, continueraient à manger de la viande s'ils devaient assister à toutes les étapes de la production de celle-ci. Encore une bonne partie, sans doute, mais nettement moins qu'aujourd'hui, je suis prêt à le parier.

Le fait qu'il soit moralement injustifiable d'encourager l'exploitation animale en continuant à consommer de la viande ne suffit donc pas. Le militantisme, façon Insolente Veggie, ne marchera pas non plus et je le regrette. Il est à mon avis nécessaire, mais, comme tous les militantismes, il ne participe à changer que lentement les mentalités et ne fait de loin pas mouche chez tout le monde. La viande, malheureusement, c'est bon (paraît-il, je ne me souviens plus vraiment...). C'est pourquoi il me semble raisonnable de laisser tomber les débats philosophiques, qui touchent peu les gens, et d'utiliser des approches plus terre-à-terre.

Il y a l'argument écologique, qui a l'air de marcher assez bien, mais il y a surtout la voie "hyper-pragmatique" du cuir artificiel et de la viande artificielle, telle que présentée par Andras Forgacs. La NASA s'y est intéressée. Sergey Brin, fondateur de Google, également. C'est une voie absolument excitante. Je suis de plus en plus convaincu que c'est ce qui va enfin nous permettre d'éviter la souffrance animale à grande échelle telle qu'elle existe aujourd'hui.

Alors, oui, cela pourrait être vu comme une défaite morale, d'un certain point de vue, car les êtres humains ne développeront pas leur empathie au point de changer leurs habitudes carnivores, comme j'ai pu souhaiter qu'ils le fassent à un certain moment, mais c'est un compromis. D'un point de vue économique et écologique, ce sera définitivement un progrès. D'un point de vue moral, au final, cela le sera aussi, car, tout ce qui compte, c'est de supprimer les souffrances inutiles, quels qu'en soient les moyens.

Tuesday, May 11, 2010

Les végétariens ne mangent pas de poisson

Il s’agit d’une erreur dont je suis régulièrement témoin. Lorsque j’annonce que je suis végétarien, dans un restaurant ou une soirée, on me demande régulièrement si je mange du poisson. Récemment, j’ai même été témoin d’une discussion, dans le train, durant laquelle quelqu’un prétendait que les végétariens pouvaient manger du poisson et que c’étaient les végétaliens qui n’en mangeaient pas. Véridique.

En réalité, il n’existe pas trente-six définitions de ce terme : un végétarien est une personne qui pratique le végétarisme, c’est-à-dire un système d’alimentation excluant la consommation de chair animale (voir par exemple Wiktionnaire ou Wikipedia). Par “chair animale”, on entend donc la viande rouge, la volaille, le gibier, le poisson, les crustacés, les fruits de mer, etc. Un végétarien peut parfaitement consommer des oeufs ou du lait.

Un végétalien, quant à lui, ne consomme aucun produit d’origine animale. Cela inclut la viande, le poisson, mais aussi les oeufs, le lait, le fromage, le miel, etc.

Il existe des termes un peu plus compliqués pour désigner quelqu’un qui ne mange pas de viande, mais uniquement du poisson, ou qui ne mange pas de viande rouge, mais uniquement de la volaille, par exemple. Il s’agit des termes “semi-végétarien”, “pesco-végétarien” et “pollo-végétarien”, mais, à mon avis, ils ne font qu’ajouter à la confusion déjà existante. Devra-t-on bientôt inventer un mot pour désigner les personnes qui n’aiment pas les choux de Bruxelles ?

J’ajouterais encore (pour répondre à une question qu’on me pose souvent) qu’à ma connaissance, il est difficile d’avoir des carences (protéines, vitamines, etc.) en étant végétarien, si l’on mange de manière équilibrée - ce qui est une condition valable également pour les non-végétariens, bien entendu ! Le végétalisme, quant à lui, est plus problématique (mais pas insurmontable) de ce point de vue. Enfin, on peut être végétarien principalement pour des raisons éthiques (c’est mon cas, à la base), écologiques, économiques ou de santé.

Tuesday, February 26, 2008

Don't fly Austrian Airlines, if you're a vegetarian

Two weeks ago, I went on a 5-day trip to Vienna. I had booked a flight on Austrian Airlines, through Swiss. I'm a vegetarian, so I was quite anxious, because I was not asked if any special meal was required when I bought my tickets. I was delighted to see that the meal served during the flight was vegetarian for all passengers. It consisted of spinach and ricotta ravioli with cherry tomatoes and a cream sauce of some sort. Not that bad.

Four days later, on the flight back to Geneva, though, the meal contained ham (why in hell do people need ham or bacon in what would otherwise be perfectly fine vegetarian dishes?). I told one of the flight attendants that I was vegetarian, but she couldn't do anything about it and didn't particularly seem to care. It wasn't such a big deal, but I was really hungry. I ate the small piece of bread they gave me, as well as my dessert. When I arrived in Geneva, I was hungry again. It was 10:15 PM. I had to buy something to fill my stomach before I went to bed.

A few days later, I wrote an e-mail to Austrian Airlines. I guess I cannot reproduce their reply here, since it comes with the usual "confidential" notice. Anyway, to sum it up, they can't offer vegetarian meals, because then they would have to offer "a lot of other special meals". If it's not a bad excuse, I don't know what it is. We're in 2008. It shouldn't be too difficult to have special meals served even during short flights. After all, airlines don't make them themselves. And if I can't have a vegetarian meal, at least I shouldn't have to pay for other people's meals.

So, what airlines would you recommend or advise against for vegetarians? What are your best or worst experiences, when it comes to in-flight vegetarian meals (or lack thereof)?