Saturday, January 11, 2014

2013 en chiffres

Comme je l'avais déjà fait pour 2012 et 2011, voici un petit point "geek" sur mes activités de 2013.

En 2013, donc, j'ai :
  • acheté 16 albums (dont 15 au format FLAC et 1 au format MP3) (+6)
  • écrit 11 articles sur mon blog (+0)
  • vu 13 concerts (dont 9 dans des festivals) (-8)
  • fait 47 sessions de crosstrainer (17 heures au total) (+36)
  • reçu (resp. envoyé) 13468 (resp. 3262) emails (-2747 / -617)
  • vu 6 expositions (+3)
  • vu 22 films (dont 10 au cinéma) (+1)
  • lu 11 livres (+5)
  • médité 111 fois (34 heures au total)
  • écouté 4038 morceaux de musique (-171)
  • vendu, donné ou recyclé 28 objets (+16)
  • vu 4 pièces de théâtre (-2)
  • fait 8148 photos (+2465) - en comptant les photos HDR, qui biaisent le résultat
  • eu 5 rhumes (+1)
  • découvert et regardé régulièrement 1 série télévisée (-1)
  • publié 1128 tweets (+297)
  • fait 5 voyages à l’étranger (+2)
Un point sur mes résolutions pour 2013 :
  • "Me remettre à la méditation" : réussi ; 111 sessions en 2013 contre zéro en 2012.
  • "Lire plus de livres." : réussi ; 11 en 2013 contre 6 en 2012.
  • "Faire plus de sport." : réussi ; 47 sessions de crosstrainer en 2013 contre 11 en 2012 ; quelques randonnées en montagne (malheureusement pas assez).
  • "Regarder plus de films classiques et retourner à la cinémathèque." : réussi mais peux mieux faire ; nous sommes retournés 2 fois à la Cinémathèque de Lausanne, pour y voir Manhattan et One Flew Over the Cuckoo's Nest ; j'imagine que Forrest Gump (vu à la maison) compte aussi comme un classique.
  • "Boire plus de thé." : difficile à quantifier, mais il me semble avoir fait un léger effort sur ce point, essentiellement en profitant de la présence d'une machine Special.T au travail.
  • "Boire du café de meilleure qualité." : à nouveau difficile à quantifier ; pas vraiment de progrès sur ce front, je pense.
  • "Continuer à diminuer le nombre de mes possessions physiques." : réussi ; j'ai vendu, donné ou recyclé de nombreux objets, dont pas mal de DVDs ; j'ai également continué un travail de fond concernant mes archives personnelles, me permettant de jeter passablement de vieux papiers, supports numériques désuets, etc. ; enfin, j'ai décidé de ne plus jamais acheter de médias physiques (CDs, DVDs, Blu-rays, livres en papier, etc.).
  • "Améliorer le rapport signal/bruit des informations que je lis." : plus ou moins réussi ; la disparition de Google Reader et le passage à Feedly a été l'occasion de faire le tri dans les flux que je suis.
  • "Continuer à apprendre." : réussi ; pas mal de livres sérieux dans mes lectures, ainsi que de nombreux articles, mais aussi plusieurs cours que j'ai suivis en entier sur Coursera ("Calculus One" de Jim Fowler, "Neural Networks for Machine Learning" de Geoffrey Hinton et "Principles of Reactive Programming" de Erik Meijer, Martin Odersky et Roland Kuhn).
En dehors de ces résolutions volontairement vagues, j'avais également 17 buts personnels quantifiables (archivage de données personnelles, lecture, écriture, sport, etc.). J'ai atteint 14 de ces buts.

Pour mes résolutions 2014, j'ai envie de "prendre les mêmes et recommencer", pour ainsi dire. En réalité, plus que des résolutions annuelles, ce sont des principes de vie que je souhaite suivre.

Saturday, January 4, 2014

Mes lectures de 2013

J'ai lu onze livres en 2013. Presque un par mois. Ça n'est pas beaucoup, mais, comme je le disais déjà l'année passée, si je lisais uniquement du Nothomb, je pourrais lire plus de cinquante livres par année sans trop de difficultés !

Cette année, j'ai vraiment réalisé qu'il était difficile de lire un livre non fictionnel : il y a toute la problématique de la prise de notes, mais également la question de savoir ce que l'on fait de ses notes, une fois le livre terminé ; il faudrait écrire des résumés structurés, mais l'exercice est long. Cette année, je me suis contenté de regrouper mes notes Kindle et de les publier sur mon blog, quasiment telles quelles.

Je m'efforce depuis maintenant deux ans de lire en tout cas un "classique" par année (littérature francophone ou autre). Une des difficultés de cette contrainte est que les oeuvres dites classiques sont quasiment toutes plus longues les unes que les autres (Guerre et Paix, par exemple).

1. How to Create a Mind: The Secret of Human Thought Revealed, Ray Kurzweil (notes)

Un titre un brin prétentieux pour un livre somme toute bien écrit. C'est le cinquième livre de Ray Kurzweil que je lis et, malgré une certaine répétition (superficielle) de ses idées, il est toujours fascinant de se plonger dans le monde de l'intelligence artificielle, auquel je m'intéresse depuis presque vingt ans. Surtout qu'il semblerait que Kurzweil ait enfin décidé de passer de la théorie à la pratique, en rejoignant Google en décembre 2012, quelques mois avant Geoffrey Hinton, un des plus grands spécialistes des réseaux de neurones artificiels et du deep learning.

2. What I Believe, Bertrand Russell (notes)

J'ai décidé de lire ce livre après avoir terminé The Moral Landscape, de Sam Harris, en 2012. Bertrand Russell m'impressionne par sa clarté de pensée. C'est le premier et unique livre, pour l'instant, que j'ai lu de lui, mais certainement pas le dernier (j'ai acheté son Histoire de la philosophie occidentale, il y a quelques mois). Le titre de ce court livre m'a inspiré celui d'un article récent ("Ce que je crois").

3. Le Voyage d'hiver, Amélie Nothomb

Une première pause avec un livre très facile à lire.

4. Le Mythe de Sisyphe, Albert Camus (notes)

Une lecture à nouveau sérieuse. Très sérieuse. Dès la première page, l'introduction plante tout de suite le décor : "Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie." Un thème a priori désagréable, mais qu'il est absolument indispensable d'aborder ouvertement, sans détours.

5. Le Vieil Homme et la Mer, Ernest Hemingway

Je suis végétarien, mais les aventures du pêcheur d'Hemingway m'ont tenu en haleine du début à la fin. Le but était à la base de lire un classique. Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais je me suis mis à lire la traduction française de Jean Dutourd, au lieu de la version anglaise. Une erreur que je corrigerai un jour, sans doute...

6. A Universe from Nothing, Lawrence M. Krauss (notes)

Je connaissais Lawrence M. Krauss pour l'avoir vu plusieurs fois en vidéo, lors de conférences ou de débats. Ce que j'ai particulièrement apprécié dans ce livre est que, comme celui de Camus, il s'attaque à une question fondamentale, en l'occurrence celle de savoir pourquoi il existe quelque chose plutôt que rien, avec toutes les implications philosophiques que les connaissances scientifiques actuelles entraînent. Un livre frustrant, d'un certain point de vue, comme il laisse le lecteur avec plus de questions que de réponses.

7. The Selfish Gene, Richard Dawkins

Un classique de la vulgarisation scientifique. J'ai toujours été fasciné par l'élégance et le pouvoir explicatif de la théorie de l'évolution par la sélection naturelle, mais je n'avais jusqu'alors lu aucun ouvrage complet sur la question. Ma compréhension du domaine, intuitive, me venait essentiellement d'un projet de recherche sur lequel j'ai travaillé et dont le but était de faire évoluer des réseaux de neurones artificiels grâce à des algorithmes génétiques (pour simplifier).

8. Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb

A nouveau une pause entre deux lectures sérieuses.

9. Pantagruel, François Rabelais

Un autre classique. Au lieu de lire la version en français moderne, je me suis forcé à lire la version en moyen français. La lecture en a évidemment été plus difficile (et interrompue par la lecture de nombreuses notes), mais aussi plus authentique.

10. Pierres à cupules et autres pierres gravées: Verbier, Bagnes et Entremont, Gilbert Bruchez, Philippe Curdy et François Baillifard

Le livre de mon père, publié en 2009. J'avais commencé à le lire il y a environ deux ans, mais, depuis que j'ai un Kindle et comme je lis essentiellement dans les transports publics, j'ai naturellement tendance à négliger les livres en papier, surtout s'ils sont volumineux.

11. Scala in Depth, Joshua D. Suereth

A nouveau un livre, acheté en 2012, dont j'avais interrompu la lecture après quelques chapitres. Il s'agit d'un ouvrage technique, le seul que j'ai lu en 2013. Je programme exclusivement en Scala pour mon travail depuis l'été 2011 et me tiens constamment informé de tout ce qui se passe autour de ce langage (on pourrait parler de formation continue personnelle), mais après une quarantaine d'heures par semaine passées au contact de ce langage, pourtant très intéressant, il est parfois difficile de se motiver à lire des ouvrages hyper-pointus sur le même sujet !

Quelques achats récents (versions Kindle - je suis régulièrement victime de la fonctionnalité "Buy now with 1-Click" d'Amazon !) :

Bref, je n'aurai pas trop de problèmes à trouver de quoi lire en 2014 !

Monday, December 30, 2013

Ce que je crois

Il est important d'être le plus au clair possible avec sa vision du monde. Cet article est un travail en cours, le résultat de ma volonté de formaliser cette vision. J'ai cherché à présenter mes idées sous forme de croyances ("Je crois..."), inspiré par le credo de Stephen Bond, mais aussi parce qu'on m'a reproché à plusieurs reprises de ne croire en rien (plus par boutade qu'autre chose, j'en suis bien conscient). C'est l'occasion pour moi d'insister sur le fait que toutes les croyances ne sont pas égales et que certaines sont plus en rapport avec la réalité que d'autres. Il est facile d'avoir une opinion, plus difficile d'avoir une opinion informée.

Je considère donc le texte existant comme un premier jet, une sorte de brouillon, destiné à évoluer dans le temps, avec l'ajout d'autres croyances / points de vue, mais aussi la modification des points existants. Cet article est donc un "arrêt sur image", dont les mises à jour seront disponibles sur Github.
Je crois qu'il existe une réalité matérielle objective, unique, dans laquelle nous existons et avons nos expériences subjectives.
J'adhère donc à un point de vue réaliste et matérialiste (ou, pour être un peu plus précis, physicaliste et moniste). Cette croyance détermine à elle seule toute une série de concepts en lesquels je ne crois pas, car, de manière générale, pour moi, il n'existe rien en dehors de cette réalité matérielle dont il est question. Je ne crois par exemple pas en dieu (athéisme). De même, je ne crois pas en l'existence de l'âme (absence de dualisme) ; je crois que la conscience est une propriété émergente de notre cerveau (ce qui, en soi, n'explique rien et demeure, pour l'instant, un "mystère"). Je ne crois toutefois pas forcément que l'être humain pourra un jour comprendre l'entier de la réalité dans laquelle il évolue. En tout cas pas en se contentant de son seul cerveau. Je pense en effet que les ordinateurs et l'intelligence artificielle joueront un rôle fondamental dans la compréhension de l'univers.
Je crois que la raison, l'esprit critique et la méthode scientifique sont les meilleurs outils intellectuels que nous ayons à disposition pour expliquer la réalité et étendre notre connaissance de celle-ci.
Cette position n'est pas la même qu'un scientisme pur, selon lequel seule la science aurait son mot à dire et ce dans tous les domaines. La philosophie et l'art ont aussi leur rôle à jouer, par exemple (voir plus loin). Il faut également distinguer l'esprit scientifique comme idéal à atteindre et la science dans la pratique, par exemple dans le milieu académique ou dans l'industrie (pharmaceutique, en particulier), avec tous leurs enjeux politico-économiques. A ce sujet, Ben Goldacre explique à merveille en quoi consiste la "bonne" et la "mauvaise" science. Enfin, je crois que la science a un potentiel explicatif fantastique, loin d'être atteint à l'heure actuelle. Cela ne m'étonnerait pas qu'à l'avenir, certains domaines qui ne peuvent pour l'instant qu'être "éclairés" par la science (la politique, l'éthique, l'art, etc.) se retrouvent modélisés de manière bien plus complète par la science. En ce sens, je me rapproche peut-être tout de même d'une certaine position scientiste - qui n'aurait dans ce cas aucun sens péjoratif à mes yeux, de toute évidence.
Je crois qu'aucune explication objective du phénomène de la conscience ne peut être totalement "satisfaisante".
Les concepts de conscience et d'intelligence sont proches. Ce sont tous les deux des concepts "flous", qui échappent à une définition totalement convaincante. Toutefois, l'intelligence échappe moins à l'analyse rationnelle. Le domaine de l'intelligence artificielle avance lentement, mais sûrement, depuis plus de cinquante ans et il est possible de se mettre d'accord sur des conditions de test pour déterminer si une intelligence artificielle est "réellement" intelligente ou non (test de Turing ou autres tests similaires). La conscience, elle, semble échapper à toute analyse directe ou indirecte. Il n'existe pas de "test de conscience" qui déterminerait si une "conscience artificielle" est vraiment consciente ou non. C'est un phénomène subjectif, qu'on peut tout au plus tenter de mettre en corrélation avec des observations objectives. Loin d'avoir réussi, c'est ce qu'on tenté de faire Roger Penrose et Stuart Hameroff, avec leur théorie des microtubules. Je ne suis pas familier avec le point de vue de Hameroff, mais Penrose semble avoir cédé à la tentation du mysticisme quantique (la physique quantique semblant suffisamment "magique" pour expliquer un phénomène tel que la conscience). Au final, il me semble illusoire de pouvoir lier un jour de manière intuitive (donc satisfaisante) un phénomène éminemment subjectif avec des observations objectives. Il est même possible que la conscience soit un concept qui n'ait pas de sens d'un point de vue scientifique. J'espère toutefois me tromper, car le phénomène de conscience sous-tend celui de bien-être et est donc à la base de tout système moral.
Je crois que le libre arbitre est une illusion.
Nous vivons dans un monde déterministe, c'est-à-dire gouverné par la nécessité. Le futur ne dépend que de l'état actuel de l'univers et des lois qui le régissent. Au moment de faire un choix, nous avons l'impression d'être complètement libres et de pouvoir "changer" le futur, mais nos cerveaux, nos consciences, font en réalité partie intégrante d'une séquence/chaîne d'événements complètement nécessaires qui remontent jusqu'au début de l'univers. Rien ne contredit ce déterminisme plus logique que physique. Ni la physique quantique, ni l'existence d'univers parallèles, ni même l'existence ou non de l'âme. En réalité, il existe deux grandes classes de libre arbitre : le "libertarianisme" métaphysique et le compatibilisme. La première revient plus ou moins à avoir une position dualiste concernant l'esprit, ce que j'exclus. La seconde revient à "changer de sujet", comme l'exprime Sam Harris dans Free Will. Cela revient un peu à prendre une position panthéiste et déclarer que Dieu existe. Ce qui mène à la position erronée, par exemple, qu'Einstein n'était pas athée (ou tout du moins agnostique), mais croyant. Au final, cela revient donc à jouer avec les mots.
Je crois que l'être humain produira une intelligence artificielle égale, puis supérieure à la sienne dans la première moitié du vingt et unième siècle.
Je crois que cet événement produira alors une "explosion d'intelligence" ou singularité technologique, telle que décrite par Ray Kurzweil et bien d'autres. Je me situe plutôt du côté connexionisme du débat computationnalisme vs connexionisme, mais je suis loin d'être convaincu que ces deux points de vue sont nécessairement incompatibles. J'ai tendance à croire qu'une intelligence artificielle forte est possible, mais le lien entre intelligence et conscience n'est pour moi ni clair ni automatique, à savoir qu'elles ne sont selon moi par forcément corrélées : il peut y avoir intelligence sans conscience et, peut-être, conscience sans intelligence. De même, le concept de mind uploading reste pour moi quelque chose de très probable, mais, à nouveau, confus. Je n'ai pas encore fait le tour des paradoxes apparents que ces idées entraînent. Enfin, je pense que pour créer une intelligence artificielle équivalente à celle des humains, il est utile de suivre une approche mixte, d'une part en essayant de simuler le cerveau humain de la manière la plus détaillée possible (projets Human Brain Project et BRAIN Initiative) et, d'autre part, en affinant les méthodes issues du domaine de l'intelligence artificielle (réseaux de neurones artificiels, deep learning, etc.).
Je crois en la nécessité de débattre et de remettre en question ce que pensent/croient les gens.
Le discours selon lequel les gens doivent pouvoir penser "ce qu'ils veulent" et qu'il faut respecter a priori ce que pensent ou croient les gens est très répandu. Ma position n'est pas qu'il faut "interdire" aux gens de penser ce qu'ils pensent, mais qu'il est indispensable de soumettre toute idée à l'esprit critique, y compris (et surtout) les idées politiques ou religieuses. Il faut également distinguer le respect que l'on porte à une personne et celui que l'on porte à une idée : il est parfaitement possible de respecter une personne tout en étant en désaccord total avec elle sur une opinion. Enfin, l'idée selon laquelle ce que les gens pensent/croient importe peu est selon moi erronée. Elle aurait peut-être un certain mérite si nous vivions tous complètement isolés, mais la réalité est que nous vivons en société, que les idées circulent de plus en plus facilement (grâce, essentiellement, à internet) et que ces idées ont bel et bien un effet réel sur les gens (démocratie, droit de vote, etc.). Il n'y a donc non seulement rien d'intégriste à critiquer les superstitions ou les croyances les plus personnelles des gens, mais c'est un processus essentiel pour que nos sociétés progressent.
Je crois en la nécessité de la philosophie.
La philosophie a également un rôle à jouer dans notre quête de compréhension de la réalité dans laquelle nous vivons, mais c'est un rôle plus spéculatif, plus exploratoire, encore moins définitif que celui de la science. Comme le résume Daniel Miessler, en simplifiant les choses presque à l'extrême, la philosophie permet de déterminer la nature de la réalité en y réfléchissant et la science, en la testant. Bien des thèmes (morale, libre arbitre, conscience, effet placebo, etc.) ne peuvent pour l'instant pas être totalement abordés en utilisant nos seules connaissances scientifiques. Il y a donc une complémentarité entre ces deux moyens d'accéder à la connaissance, mais la limite entre les deux est floue. Je rejoins ici Sam Harris : "il n'y a pas de frontière claire entre la (bonne) philosophie et la science" ("There is no clear line between (good) philosophy and science."). Car, comme il y a une "bonne" et une "mauvaise" science, il y a aussi une "bonne" et une "mauvaise" philosophie, que dénonce Paul Graham : la "mauvaise" philosophie serait celle qui se laisserait prendre au piège de la définition des mots, à celui des idées vagues et confuses mais provoquant néanmoins une certaine fascination. Je citerai encore Bertrand Russell, pour qui, "aussi tôt qu'une connaissance certaine concernant un sujet devient possible, ce sujet cesse d'être appelé philosophie et devient une science à part" ("as soon as definite knowledge concerning any subject becomes possible, this subject ceases to be called philosophy, and becomes a separate science"), ainsi que Sam Harris : "Les idées importent - et la philosophie est l'art d'y penser rigoureusement" ("Ideas matter—and philosophy is the art of thinking about them rigorously").
Je crois en la nécessité de l'art.
J'ai une définition très large de ce qu'est l'art : moyen d'explorer ce qu'est le réel ou ce qu'il n'est justement pas, porteur d'un message clair ou, au contraire, ambigu, voire vide de sens, moyen d'atteindre la beauté ou d'évoquer en nous les sentiments les plus négatifs, rendant notre quotidien plus facile à vivre ou hantant nos nuits, ce qui me semble certain, c'est que, comme la philosophie a un rôle complémentaire, spéculatif, par rapport à la science, l'art a un rôle également complémentaire par rapport à la pensée rationnelle. Pour moi, l'art joue le rôle de défouloir : il est le (seul) lieu où l'irrationnel peut encore s'exprimer librement, sans que cela ne porte à conséquence. En ce sens, l'art est absolument essentiel. Comme Steven Pinker, je pense que la science peut aussi influencer positivement l'art. D'ailleurs, à terme, l'intelligence artificielle mènera forcément à ce que l'on pourrait appeler "l'art artificiel". La limite entre art et science deviendra alors difficile à définir.
Je crois que le but de tout système moral devrait être d'augmenter le bien-être et diminuer la souffrance des êtres conscients.
J'adhère ici principalement aux idées de Bertrand Russel (voir son essai What I Believe et le concept de good life, prônant compassion et raison) et de Sam Harris (voir son livre The Moral Landscape, mais aussi son "Moral Landscape Challenge", qui résume bien sa position). Ces idées sont également résumées succinctement par Daniel Miessler dans son profil. Ma position par rapport à la morale est une position utilitariste et donc conséquentialiste. Les principes de base de cette position (augmenter le bien-être, diminuer la souffrance) sont relativement simples à énoncer, mais ils peuvent être complexes à appliquer dans la pratique. La détermination du bien-être d'un individu est un sujet déjà épineux. Parle-t-on du bien-être "instantané" ou à long terme ? Une personne est-elle capable de déterminer aisément son propre bien-être ? Si on en croit le livre Stumbling on Happiness de Daniel Gilbert, c'est loin d'être le cas. Et si le cas d'un seul individu est déjà problématique, celui d'un groupe d'individus l'est encore plus. Comment concilier le bien-être de deux individus ? De mille individus ? De sept milliards d'individus ? Ce sont des questions difficiles. Ce qui est certain, toutefois, c'est que bien-être et souffrance prennent leur racine dans le cerveau et que, par conséquent, seule une approche rationnelle et scientifiques peuvent éclairer la morale. De là, je rejette tout système moral déontologique et, en particulier, religieux (donc basé sur des divinités inexistantes et des superstitions).
Je crois que la vie des êtres humains, en particulier, et des animaux disposant d'un système nerveux, en général, doit être préservée autant que faire se peut.
Note : j'utilise ici le terme "animal" dans son sens biologique, le règne animal comprenant donc les êtres humains. Mon raisonnement prend pour point de départ l'approche d'Albert Camus, présentée dans Le Mythe de Sisyphe. Dans un monde absurde (sans dieu, sans âme, sans vie éternelle, sans libre arbitre, où les choses n'ont pas de sens intrinsèque, où les gènes survivent mais les individus meurent, etc.), il y a trois voies possibles : le suicide (physique), le suicide philosophique (i.e. la religion) et la révolte. Comme Camus, j'opte pour la révolte. Ce rejet du suicide revient à déclarer que la vie a une valeur, qu'elle vaut la peine d'être vécue. Mais une fois cette "révolte" déclarée, où placer la frontière entre les vies qui ont une valeur et celles qui n'en ont pas ou qui n'en ont qu'indirectement ? La notion selon laquelle il est difficile de donner un sens à sa vie sans en accorder à celle des autres me semble fondamentale (voir "The Importance of the Afterlife. Seriously."). Mais je n'arrive pas à concevoir qu'on puisse limiter ce raisonnement aux êtres humains seuls. Il doit y avoir un critère plus général. L'utilité effective ou potentielle d'un individu pour la société ? Je ne crois pas. Cela justifierait l'euthanasie à tout-va (des personnes mentalement handicapées, etc.). Non, il y a un autre critère déterminant, plus "élégant" selon moi : la conscience. Or, jusqu'à preuve du contraire, l'existence d'un système nerveux est une condition nécessaire, en tout cas dans la nature, à l'existence de la conscience, sans laquelle il ne peut y avoir ni bien-être ni souffrance. Il découle de cette approche que je n'accorde pas de valeur particulière à la vie des végétaux ou des animaux sans système nerveux (éponges, etc.), en dehors de l'impact que ces vies peuvent avoir sur celles des animaux sentients dont nous faisons partie.
Je crois qu'il est immoral de tuer des animaux pour les manger ou, plus généralement, de les exploiter pour notre plaisir.
Cette position est en quelque sorte un corollaire de ma position sur la valeur de la vie humaine et de celle des animaux disposant d'un système nerveux. Les questions morales ne peuvent s'arrêter aux êtres humains seuls et doivent s'appliquer à tous les êtres doués de conscience. De là découle le fait que je suis végétarien depuis 1997 et que je réfléchis régulièrement à des moyens de diminuer ma consommation de produits animaux (lait, oeufs, etc.), dont la production est également liée à des maltraitances ou des mises à mort. Mon végétarisme me définit profondément et j'aurais de la peine à m'imaginer consommer à nouveau de la chaire animale à l'avenir. J'ai toutefois de la peine à être aussi "militant" dans ce domaine que dans d'autres qui me tiennent aussi à coeur (athéisme, défense de la raison et de la science, etc.), en grande partie parce qu'il s'agit d'une position morale, relativement subtile (elle nécessite de reconnaître l'existence d'une conscience chez les animaux, par exemple) et, donc, plus difficile à expliquer. Selon moi, l'argument moral est d'ailleurs voué à l'échec. Des arguments plus pragmatiques pourraient être mis en avant, mais ils ont tous leurs faiblesses : l'impact environnemental de la viande (mais la consommation de viande est un peu "noyée dans la masse", par rapport aux sujets généralement traités par les médias, comme le pétrole, le nucléaire, le recyclage, les transports publics, etc.), le coût relativement élevé de la viande (mais l'agriculture locale, biologique et/ou équitable n'est pas bon marché non plus), la santé (mais je suis loin d'être persuadé que le végétarisme à lui seul est fondamentalement meilleur pour la santé), etc. Je suis donc de plus en plus convaincu que la véritable solution à ce problème moral est la viande artificielle (ainsi que, plus généralement, le cuir artificiel, le lait artificiel, les oeufs artificiels, etc. - et j'entends par là des reproductions aussi fidèles que possible, chimiquement, des produits de base, pas de substituts à base de soja, tofu, légumes ou autres).
Je crois que la majorité des médecines alternatives ne "marchent" pas.
Cela inclut en particulier l'homéopathie et l'acupuncture, mes "cibles" favorites, mais il existe des centaines de médecines alternatives, la plupart très farfelues et dénuées de tout fondement scientifique. Evidemment, il faut déjà s'entendre sur le sens du verbe "marcher", dans ce contexte, et cela pose une première difficulté. En effet, je pense que la plupart des gens qui pensent que les médecines alternatives fonctionnent sont victimes d'une erreur de raisonnement type cum hoc ergo propter hoc. Autrement dit, ils prennent une corrélation pour un lien de cause à effet, alors qu'avec ou sans traitement, les symptômes qu'ils cherchent à "traiter" disparaîtraient très probablement tout seuls (le corps agissant naturellement sans aide extérieure). Un autre phénomène donnant l'illusion que les médecines alternatives marchent, à mon avis très surestimé, est l'effet placebo. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'effet placebo n'agit réellement que sur quelques symptômes très limités (douleur, anxiété, dépression, etc.). L'effet placebo n'est en réalité que l'expression des espoirs que place un patient dans son traitement (ou de ses craintes, d'ailleurs). Il s'agit d'un effet superficiel. Au mieux, il fait oublier au patient ses "petits bobos". Au pire, il peut cacher des problèmes plus graves. Car il ne faut pas oublier que les médecines alternatives peuvent être dangereuses, voire tuer, par la confusion qu'elles engendrent dans un domaine, celui de la santé, qui n'a définitivement pas besoin de plus de complexité et d'idées erronées. Ben Goldacre, à qui j'aime bien me référer lorsque l'on parle de santé, explique bien dans son livre Bad Science que l'on peut parfaitement critiquer la mauvaise science (qui inclut les médecines alternatives) tout en critiquant également le système de santé classique et, en particulier, l'industrie pharmaceutique, à laquelle on peut reprocher pas mal de choses. Cela n'enlève en rien les mérites d'une médecine fondée sur les faits et non sur les supersitions et la paresse intellectuelle.

Wednesday, December 25, 2013

Sony, Prince et la madeleine de Proust

C'était en juin ou juillet 1989. J'avais alors onze ans et j'avais reçu un radiocassette Sony CFS-50IL pour mon anniversaire. Mon obsession, à l'époque, c'était la radio. J'étais absolument fasciné par l'idée que l'on puisse transmettre des signaux sonores à distance, sans aucun câble - à bien y réfléchir, je le suis toujours ! J'avais d'ailleurs insisté pour que mon radiocassette puisse recevoir les ondes courtes (SW) et je passais régulièrement des heures à écouter des stations internationales, parfois dans des langues que je ne comprenais même pas, ou des numbers stations, dont je ne connaissais à l'époque ni le nom ni la nature. Toutes ces voix lointaines, tous ces bruits mystérieux, m'étaient accessibles simplement en manipulant quelques boutons, depuis le confort de ma chambre. Quatre ans plus tard, en 1993, j'allais rentrer en contact pour la première fois avec Internet, qui allait évidemment tout changer en matière de télécommunications - et, du coup, diminuer mon intérêt pour la radio.

Je ne sais plus pour quelle raison exactement, mais il m'arrivait d'enregistrer des émissions sur des cassettes, un peu au hasard. Une sorte de jeu, peut-être. Cet été-là, je me souviens très clairement avoir enregistré de la musique diffusée sur Couleur 3, une radio suisse, spécialisée dans la pop/rock. Deux morceaux m'ont marqué. J'ignorais alors absolument tout de leurs interprètes, mais cela m'importait peu.

Le premier morceau ne ressemblait à rien d'autre que j'avais pu entendre jusque là : un patchwork baroque, funky, rock, plein de samples dramatiques dont je ne comprenais pas la signification. Et puis, surtout, il y avait ce solo de guitare (à 2:23 dans la vidéo YouTube plus bas), absolument électrique, "hard", que je pouvais écouter en boucle tellement son pouvoir de fascination était grand. Quelques mois plus tard, en 1990, mon frère achetait Batman, de Prince, et j'ai alors réalisé que le morceau que j'avais enregistré à la radio était en fait "Batdance" (à s'imaginer sans la vidéo, complètement kitsch, il faut bien l'avouer...) :


C'était pour pour moi le début d'une passion, qui dure encore, pour la musique de Prince. Des centaines de disques plus tard, en 2013, je suis toujours les aventures improbables de cet artiste décalé, irrationnel, frustrant, mais capable d'une musicalité dont, à mon avis, aucun autre artiste pop/rock/funk n'est capable.

Le second morceau, quant à lui, m'avait aussi marqué, mais nettement moins que le premier. Quelque chose avait définitivement retenu mon attention, mais je n'ai jamais découvert son titre ou son interprète. Quelques mois plus tard, je l'ai entendu à nouveau à la radio - ou, plus exactement, à la télévision, lorsque la radio était encore diffusée sur la mire, avant les premiers programmes du matin... Puis j'ai réutilisé la cassette sur laquelle je l'avais enregistré, ainsi que "Batdance", pour d'autres enregistrements. Tout ce qui me reste de cette chanson, un souvenir extrêmement flou, c'est une voix féminine, éthérée, sur des arrangements plutôt électroniques. Décidément plus de la pop que du rock. Durant plus de vingt ans, cette chanson est régulièrement revenue hanter ma nostalgie.

Il y a quelques temps, j'ai découvert que Couleurs 3 avait créé des playlists pour tous leurs "repérages" depuis 1983. Je me suis donc empressé d'écouter les repérages du premier et second semestre de 1989. Une de ces chansons a immédiatement provoqué un déclic en moi :



Le titre, "Waltz Darling", ne me dit rien. Le nom, Malcolm McLaren, non plus - j'ai appris en lisant l'article Wikipedia qui lui est consacré qu'il avait été manager des Sex Pistols. Mais certains éléments sont là : la voix de femme (Lourdes, une chanteuse déjà obscure à l'époque et retombée dans l'obscurité depuis ?), planante, en particulier sur le refrain (de "A sweet tuxedo girl you see" à "Just the kind for sport I'm told"). Et il est fort probable que cette mélodie orientale ait pu plaire à mes oreilles d'enfant de onze ans. De plus, il y a le fait que les singles de "Batdance" et "Waltz Darling" semblent avoir été publiés au même moment, à quelques semaines près.

Je ne suis donc pas sûr qu'il s'agisse vraiment de la bonne chanson, mais, en regardant cette vidéo, quelque chose m'a transporté en 1989. C'est la seule, parmi les dizaines que j'ai visualisées, à avoir eu cet effet troublant sur moi. C'est peut-être un tour que me joue mon imagination, mais c'est pour moi surtout un exemple parfait du pouvoir évocateur de la musique, une confirmation qu'elle fait partie intégrante de ma vie. Comme l'a dit un musicien un jour, "music is the soundtrack to our life".

Thursday, December 5, 2013

Rituel matinal : 30 jours plus tard

Il y a un mois, j'ai décidé de déplacer deux de mes activités régulières du soir au matin : le cross-trainer et la méditation. Le but était principalement de mieux intégrer ces activités dans mon quotidien.

Après trente jours de ce nouveau rituel matinal, j'ai réussi à doubler mon nombre de sessions mensuelles de cross-trainer et de méditation.

Ce dernier mois, j'ai ainsi fait quatre heures et demie (treize sessions) de cross-trainer, au saut du lit. Dans l'absolu, ça n'est pas particulièrement impressionnant, mais pour quelqu'un de relativement peu sportif, c'est déjà un score tout à fait honorable !

Durant le même intervalle de temps, j'ai médité durant huit heures (vingt-quatre sessions). La méditation est donc devenue pour moi une activité presque quotidienne. C'est très encourageant.

Le fait de pratiquer une activité sportive juste après mon réveil était plutôt perturbant, au début, mais je m'y suis vite habitué. Quant à la méditation, il m'a paru tout de suite évident que c'est une activité plus adaptée au début de la journée qu'au soir.

Après cette expérience positive, je compte donc continuer sur ma lancée et maintenir ce programme matinal durant les mois à venir.

Sunday, November 24, 2013

Choosing a definition of free will

This is an answer to Alessandro Vernet's post "Defining free will". I was going to comment directly on his blog, but my reply turned out longer than expected and I've always wanted to write about free will anyway (which reminds me that I have a very long draft of a post in French that I started a long time ago and that I need to finish...).

Here is the important part from Alessandro's post:
"Lastly, Eddy Nahmias assures us that this definition is inline with the way people, both philosophers and non-philosophers, think of free will [3]."
Judging by our previous discussions on this topic, it appears quite clearly that the above is the crux of our disagreement.

I have a very hard time believing Nahmias when he says that his definition of free will (let's call it the compatibilist free will) is what is generally accepted by non-philosophers. It is not my experience and it just doesn't make any sense. At least 80% of the people worldwide believe in a personal god and probably as much as many people believe in the existence of an immaterial soul/spirit (I haven't found any study about this particular point, unfortunately). So it seems perfectly natural and intuitive that most people would believe in a libertarian free will, not in a compatibilist free will. Admittedly, I need to read Nahmias' papers and how he came to that conclusion. I will gladly change my point of view if what he wrote actually makes any sense.

I would add that most people probably don't even know what determinism is (from a scientific point of view) and have probably never thought about what it means to live in a deterministic universe if you reject the idea of a soul (I mean, how many people really ponder these existential questions...?).

Now, the fact that most philosophers accept the idea of a compatibilist free will is actually confirmed by at least one survey, so I have no problem with that idea.

Using a definition of "free will" that is inline with most people's definition is very important. Doing otherwise is just leading to more confusion. It is like replacing "physics" or "the laws of the universe" in a scientific talk or paper by "god" (that would be a pantheistic god) and concluding, thus, that god exists. It just leads to more confusion, because that is simply not what most people have in mind when they talk about god.

Another important thing is that the concept of compatibilist free will, as I understand it, doesn't say anything particularly exciting or original. Ok, we have a brain, we have a neocortex, we're conscious, we can use our imagination to project ourselves into hypothetical situations, we can make informed choices or very bad choices, we can learn from our mistakes (or not), some substances (alcool or drugs) might alter your abilities to project yourself into the future, etc. Ok. I get it. We have a specific vocabulary for all these concepts. We don't need to use a historically charged term to discuss these matters.

The libertarian free will, on the other hand, is what I "feel in my guts" ("I can choose whatever I want. I'm free to choose. Even if in prison, nobody, nothing can prevent me from thinking what I want."). The day I realized that everything I ever did or thought in my life only depended on the "initial conditions" (whatever they are: birth, Big Bang, etc.) and the "laws of the universe", and that the feeling that I was really free to think anything was just an illusion, was a real shock. Fifteen years later, I still cannot accept intuitively that "I" and "the atoms in my brain" are the same thing. But I rationally know that it is the case. This is the hard problem of consciousness.

And that realization changed the way I view the world. It helped me see the injustices and the inequalities in our societies, how and why people do what they do, the fact that most of what they do, think, learn, etc. in their lives have probably more to do with "pure chance" (i.e. things we don't know, unconscious processes, etc.) than anything else.

So, in my opinion, the concept of libertarian free will and, above all, the fact that it cannot logically exist, is more useful than the concept of compatibilist free will. Just like the fact that the concept of a "non-pantheistic / personal god", plus the fact that we don't need it to explain the universe, plus the fact that most people believe in it anyway, is more illuminating than the concept of a "pantheistic god", which I could accept, but doesn't add much to the discussion.

Tuesday, November 5, 2013

Rituel matinal

Parmi la quinzaine de buts annuels que je m'étais fixés en début d'année, je m'étais entre autres imposé de commencer à méditer et de faire plus souvent du cross-trainer (ou "vélo elliptique"), une activité sportive que j'ai choisie il y a plus de trois ans pour son côté "intense" d'un point de vue physique, mais aussi pour son aspect pratique (il est en effet possible de regarder des séries ou autres vidéos durant l'exercice). Après dix mois, le constat est clair : je n'ai eu aucun mal à atteindre les objectifs très peu ambitieux que je m'étais donnés (en termes de fréquence par mois). L'habitude est désormais prise (je médite et fais du cross-trainer régulièrement), mais je sais que je peux faire beaucoup mieux.

Comme j'ai la chance d'avoir des horaires professionnels relativement libres, j'ai donc décidé de déplacer ces deux activités du soir au matin. Pour la méditation, il me paraît évident que le changement a du sens, le but étant de bénéficier des effets positifs de cette pratique durant la journée. Pour le cross-trainer, je ne sais pas encore si le moment est mieux choisi. L'expérience me le dira.

Jusqu'à présent, la seule activité à laquelle je m'adonne régulièrement en début de journée est la lecture, profitant de mon court trajet en transports publics jusqu'au travail. Dès le mois de novembre, voici à quoi j'aimerais que mon rituel matinal ressemble (grosso modo) :
  1. cross-trainer (25 min)
  2. déjeuner rapide (10 min)
  3. douche / préparation (25 min)
  4. méditation (25 min)
  5. déplacement jusqu’au travail (marche) (15 min)
  6. déplacement jusqu’au travail (transports publics) / lecture (10 min)
Je compte m'imposer ce rythme les jours de semaine uniquement et me réserve le droit de faire des exceptions en cas de contraintes personnelles ou professionnelles. Si je dois faire le choix entre le cross-trainer et la méditation, je pense plutôt privilégier la méditation.

Cela représente donc 110 minutes entre le moment où je me lève et le moment où j'arrive au travail. C'est nettement plus qu'à l'heure actuelle (60 minutes) et il faudra que je dépasse cet obstacle psychologique un peu absurde qui consiste à vouloir me "montrer au travail" le plus tôt possible. Et que je valide le fait que je suis capable de faire un effort physique important au saut du lit !

Friday, October 4, 2013

Viande artificielle, végétarisme et éthique

Une collègue m'a envoyé cette semaine un lien sur la présentation TED de Andras Forgacs, "Leather and meat without killing animals" (neuf minutes, recommandé !) :

"By 2050, it will take 100 billion land animals to provide the world's population with meat, dairy, eggs and leather goods. Maintaining this herd will take a huge, potentially unsustainable toll on the planet. What if there were a different way? In this eye-opening talk, tissue engineering advocate Andras Forgacs argues that biofabricating meat and leather is a civilized way to move past killing animals for hamburgers and handbags."

Il y a quelques jours, j'ai également découvert Insolente Veggie, "le blog BD d'une végétalienne extrémiste, obsédée et très très méchante", et je suis tombé en particulier sur la BD "Pour l’abolition de l’esclavage, pour l’abolition du véganisme" (à voir également, c'est très court).

Cela fait seize ans que je suis végétarien, mais cette vidéo et cette BD m'ont fait réaliser clairement quelque chose que je pense avoir toujours su, d'une façon ou d'une autre : comme le dit Insolente Veggie, "la stratégie de la conversion, ça [ne] marche pas". Je n'ai jamais réussi à convertir qui que ce soit au végétarisme et j'ai l'impression très nette que la plupart des gens se fichent absolument du fait que l'on massacre 60 milliards d'animaux par an pour notre bon plaisir.

Pour être exact, les gens ne s'en fichent pas totalement, il est vrai, mais au mieux, cela les affecte de la même manière que les guerres et la famine nous affectent tous : nous trouvons cela triste, mais nous avons l'impression que nous n'y pouvons rien ou pas grand-chose. Le fait que nous arrivions à continuer à vivre en sachant que des millions de personnes souffrent en ce moment même dans le monde est un mécanisme plutôt sain, sans lequel nous deviendrions fous. La différence, dans le cas de la viande, est que nous y pouvons quelque chose. Très facilement. Mais passons.

Au pire, les gens ne réalisent pas que l'on parle de milliards d'êtres conscients, dotés d'un système nerveux et, donc, capables de souffrir. L'industrie opaque de la viande est à mettre en cause. Une certaine hypocrisie, aussi. Il me semble que les enfants ont plus souvent l'occasion de visiter des chocolateries que des abattoirs. Et ça n'est pas uniquement parce qu'ils préfèrent le chocolat à la viande... A ce sujet, je me suis toujours demandé combien de gens, enfants ou pas, continueraient à manger de la viande s'ils devaient assister à toutes les étapes de la production de celle-ci. Encore une bonne partie, sans doute, mais nettement moins qu'aujourd'hui, je suis prêt à le parier.

Le fait qu'il soit moralement injustifiable d'encourager l'exploitation animale en continuant à consommer de la viande ne suffit donc pas. Le militantisme, façon Insolente Veggie, ne marchera pas non plus et je le regrette. Il est à mon avis nécessaire, mais, comme tous les militantismes, il ne participe à changer que lentement les mentalités et ne fait de loin pas mouche chez tout le monde. La viande, malheureusement, c'est bon (paraît-il, je ne me souviens plus vraiment...). C'est pourquoi il me semble raisonnable de laisser tomber les débats philosophiques, qui touchent peu les gens, et d'utiliser des approches plus terre-à-terre.

Il y a l'argument écologique, qui a l'air de marcher assez bien, mais il y a surtout la voie "hyper-pragmatique" du cuir artificiel et de la viande artificielle, telle que présentée par Andras Forgacs. La NASA s'y est intéressée. Sergey Brin, fondateur de Google, également. C'est une voie absolument excitante. Je suis de plus en plus convaincu que c'est ce qui va enfin nous permettre d'éviter la souffrance animale à grande échelle telle qu'elle existe aujourd'hui.

Alors, oui, cela pourrait être vu comme une défaite morale, d'un certain point de vue, car les êtres humains ne développeront pas leur empathie au point de changer leurs habitudes carnivores, comme j'ai pu souhaiter qu'ils le fassent à un certain moment, mais c'est un compromis. D'un point de vue économique et écologique, ce sera définitivement un progrès. D'un point de vue moral, au final, cela le sera aussi, car, tout ce qui compte, c'est de supprimer les souffrances inutiles, quels qu'en soient les moyens.

Sunday, September 29, 2013

De la difficulté de méditer

Il y a quelques jours, j'apprends à un ancien collègue que je n'avais pas revu depuis plusieurs années que j'ai commencé à méditer. Il me demande si ça marche. J'hésite à lui parler de corrélation, de lien de cause à effet, du fait qu'il est presque vain de tenter de déterminer si quelque chose "marche" sur soi ou non, mais je résiste à la tentation. Je lui explique que je n'en ai pas la moindre idée, que c'est plus une expérience, une phase, motivée par des résultats d'études scientifiques assez encourageants. Il me propose de noter chaque jour mon humeur (de lui associer un score) et d'en tirer des conclusions (comme le fait Buster Benson). Je trouve cela compliqué. Il faudrait que je me force à vivre des périodes sans méditation, que je garde une trace de nombreuses autres variables pouvant influencer ce que je cherche à mesurer. Et à la fin, cela ne serait pas très concluant, à cause de l'effet placebo, des biais cognitifs et de toutes ces perturbations que les études scientifiques s'efforcent de minimiser.

Cela fait donc bientôt neuf mois que je médite. Plus de 17 heures de méditation réparties sur plus de 60 sessions. Et je ne sais toujours pas si "ça marche". Ce constat pourrait être considéré comme fortement démotivant par certains.

Il y a pire : non seulement j'ignore tout de l'efficacité réelle de ma pratique méditative, mais je dégage du temps, régulièrement, pour m'y adonner. Autrement dit, je prends du temps dans ma journée pour ne rien faire. C'est absolument contre-intuitif. Surtout pour moi, qui m'intéresse à la culture du life hacking et qui utilise Getting Things Done (GTD), ainsi que d'autres méthodes similaires, depuis bientôt une dizaine d'années. J'aurais naturellement plutôt tendance à essayer de faire le plus de choses possible durant le peu de temps libre que j'ai à disposition (on peut discuter du sens du mot "faire", justement, mais c'est une autre problématique).

Un autre problème est qu'il est difficile d'avoir le sentiment de progresser. J'ai vécu récemment quelques sessions de méditation pénibles, où je me sentais physiquement mal à l'aise en restant immobile (tensions musculaires, sentiment d'oppression, etc.). Il m'arrive souvent d'avoir plus de peine à me concentrer sur ma respiration, mais ces sessions difficiles dont je parle ont sans doute été les "pires" de toutes. Et ce sont les plus récentes. Alors, bien entendu, comme le conseille Andy Puddicombe, de Headspace (la méthode de méditation guidée que j'utilise), il ne faut pas se focaliser sur les résultats "évidents", mais plutôt être curieux en permanence, comme un observateur externe, et c'est une approche qui, bien qu'à nouveau contre-intuitive, me plaît et m'intrigue.

Enfin, je n'arrive pas encore à bien appliquer ce que j'apprends de la méditation dans la vie courante. Andy suggère de devenir de plus en plus conscients de nos mouvements, de nos changements de positions, tout au long de la journée. Etonnamment, cet exercice est particulièrement difficile. Ce que j'arrive mieux à faire, par contre, c'est devenir plus conscient de l'instant présent lorsque je marche pour aller au travail le matin et en revenir le soir (environ 15-20 minutes par jour, mais c'est déjà un début). Ces instants me font dire que le concept de pleine conscience n'est peut-être pas si théorique que cela et est accessible, avec suffisamment d'entraînement. D'un autre côté, lors de mes dernières randonnées solitaires en montagne, j'ai essayé d'appliquer les mêmes principes et ai lamentablement échoué. Je crois qu'il doit y avoir peu de moments dans ma vie où je pense autant que lors de ce genre d'exercices physiques... L'élévation du rythme cardio-vasculaire et l'augmentation de la quantité d'oxygène circulant dans le cerveau sont peut-être des explications de ce phénomène.

Bref, méditer est difficile. Je ne sais pas si plusieurs années de pratique supplémentaires y changeront quelque chose, mais l'intérêt est là : il y a définitivement quelque chose qui me pousse à y revenir régulièrement. Une sorte de curiosité. Une volonté de mieux me connaître.

Monday, August 26, 2013

Selected quotes from "A Universe from Nothing"

A dense book on modern cosmology. A passionate defense of science against the simplistic ideas of theology/religion. A short summary of some of the most important things we've learnt about the universe in the last century. A Universe from Nothing is all that and more. I read a review somewhere (on Amazon?) that basically said the afterword by Richard Dawkins was pointless, but I actually liked it. It was a welcome summary, as this book tackles a lot of difficult concepts. Recommended.

Here are my (raw) Kindle highlights:
  • "The fact that we need to refine what we mean by “common sense” in order to accommodate our understanding of nature is, to me, one of the most remarkable and liberating aspects of science." 
  • "Reality liberates us from the biases and misconceptions that have arisen because our intellects evolved through our animal ancestors, whose survival was based on whether predators might lurk behind trees or in caves and not on understanding the wave function of electrons in atoms."
  • "Our modern conception of the universe is so foreign to what even scientists generally believed a mere century ago that it is a tribute to the power of the scientific method and the creativity and persistence of humans who want to understand it."
  • "Nevertheless, the declaration of a First Cause still leaves open the question, “Who created the creator?” After all, what is the difference between arguing in favor of an eternally existing creator versus an eternally existing universe without one?"
  • "The universe is the way it is, whether we like it or not. The existence or nonexistence of a creator is independent of our desires. A world without God or purpose may seem harsh or pointless, but that alone doesn’t require God to actually exist."
  • "Surely, invoking “God” to avoid difficult questions of “how” is merely intellectually lazy."
  • "Science has been effective at furthering our understanding of nature because the scientific ethos is based on three key principles: (1) follow the evidence wherever it leads; (2) if one has a theory, one needs to be willing to try to prove it wrong as much as one tries to prove that it is right; (3) the ultimate arbiter of truth is experiment, not the comfort one derives from one’s a priori beliefs, nor the beauty or elegance one ascribes to one’s theoretical models."
  • "Hubble’s law: There is a linear relationship between recessional velocity and galaxy distance. Namely, galaxies that are ever more distant are moving away from us with faster velocities!"
  • "One of the most poetic facts I know about the universe is that essentially every atom in your body was once inside a star that exploded. Moreover, the atoms in your left hand probably came from a different star than did those in your right. We are all, literally, star children, and our bodies made of stardust."
  • "This is one of the most famous, significant, and successful predictions telling us the Big Bang really happened. Only a hot Big Bang can produce the observed abundance of light elements and maintain consistency with the current observed expansion of the universe."
  • "Over the course of the history of our galaxy, about 200 million stars have exploded. These myriad stars sacrificed themselves, if you wish, so that one day you could be born. I suppose that qualifies them as much as anything else for the role of saviors."
  • "The job of physics is not to invent things we cannot see to explain things we can see, but to figure out how to see what we cannot see—to see what was previously invisible, the known unknowns."
  • "In fact, you may be old enough have seen its effects without realizing it, if you remember the days before cable television, when channels used to end their broadcast days in the wee morning hours and not run infomercials all night. When they went off the air, after showing a test pattern, the screen would revert to static. About 1 percent of that static you saw on the television screen was radiation left over from the Big Bang."
  • "By nothing, I do not mean nothing, but rather nothing—in this case, the nothingness we normally call empty space. That is to say, if I take a region of space and get rid of everything within it—dust, gas, people, and even the radiation passing through, namely absolutely everything within that region—if the remaining empty space weighs something, then that would correspond to the existence of a cosmological term such as Einstein invented."
  • "For any fourth grader will tell you how much energy is contained in nothing, even if they don’t know what energy is. The answer must be nothing. Alas, most fourth graders have not taken quantum mechanics, nor have they studied relativity."
  • "Dirac was vindicated, but he also recognized his earlier lack of confidence in his own theory by later saying that his equation was smarter than he was!"
  • "This is so remarkable I want to stress it again. Quantum fluctuations, which otherwise would have been completely invisible, get frozen by inflation and emerge afterward as density fluctuations that produce everything we can see! If we are all stardust, as I have written, it is also true, if inflation happened, that we all, literally, emerged from quantum nothingness."
  • "In one sense it is both remarkable and exciting to find ourselves in a universe dominated by nothing. The structures we can see, like stars and galaxies, were all created by quantum fluctuations from nothing."
  • "This means that, the longer we wait, the less we will be able to see. Galaxies that we can now see will one day in the future be receding away from us at faster-than-light speed, which means that they will become invisible to us. The light they emit will not be able to make progress against the expansion of space, and it will never again reach us. These galaxies will have disappeared from our horizon."
  • "Indeed, in a strange coincidence, we are living in the only era in the history of the universe when the presence of the dark energy permeating empty space is likely to be detectable. It is true that this era is several hundred billion years long, but in an eternally expanding universe it represents the mere blink of a cosmic eye."
  • "It is worth repeating the implications of this remarkable agreement more forcefully: Only in the first seconds of a hot Big Bang, with an initial abundance of protons and neutrons that would result in something very close to the observed density of matter in visible galaxies today, and a density of radiation that would leave a remnant that would correspond precisely to the observed intensity of the cosmic microwave background radiation today, would nuclear reactions occur that could produce precisely the abundance of light elements, hydrogen and deuterium, helium and lithium, that we infer to have comprised the basic building blocks of the stars that now fill the night sky."
  • "Physics is, after all, an empirical science, driven by experiment and observation. Had we not observationally inferred the existence of dark energy, I doubt any theorist would have been bold enough to suggest its existence today."
  • "We can consider ourselves lucky that we live at the present time. Or as Bob and I put it in one of the articles we wrote: “We live at a very special time . . . the only time when we can observationally verify that we live at a very special time!”"
  • "Regardless, the fundamental problem illustrated by the possible future end of cosmology is that we have only one universe to test—the one we live in."
  • "Before proceeding, however, it is perhaps worth ending with another, more literary picture of the likely future I have presented here and one that is particularly relevant to the subject of this book. It comes from Christopher Hitchens’s response to the scenario I have just described. As he put it, “For those who find it remarkable that we live in a universe of Something, just wait. Nothingness is heading on a collision course right toward us!”"
  • "We are hardwired to think that everything that happens to us is significant and meaningful. We have a dream that a friend is going to break her arm, and the next day we find out that she sprained her ankle. Wow! Cosmic! Clairvoyant?"
  • "By forgetting that most of the time nothing of note occurs during the day, we then misread the nature of probability when something unusual does occur: among any sufficiently large number of events, something unusual is bound to happen just by accident."
  • "Put another way, it is not too surprising to find that we live in a universe in which we can live!"
  • "Maybe all of the mysteries of particle theory can be solved by invoking the same mantra: if the universe were any other way, we could not live in it."
  • "We have discovered that 99 percent of the universe is actually invisible to us, comprising dark matter that is most likely some new form of elementary particle, and even more dark energy, whose origin remains a complete mystery at the present time."
  • "A truly open mind means forcing our imaginations to conform to the evidence of reality, and not vice versa, whether or not we like the implications."
  • "At the same time, in science we have to be particularly cautious about “why” questions. When we ask, “Why?” we usually mean “How?”"
  • "“Why” implicitly suggests purpose, and when we try to understand the solar system in scientific terms, we do not generally ascribe purpose to it."
  • "This is what differentiates them from purely theological questions, which generally presume the answers up front. Indeed, I have challenged several theologians to provide evidence contradicting the premise that theology has made no contribution to knowledge in the past five hundred years at least, since the dawn of science. So far no one has provided a counterexample. The most I have ever gotten back was the query, “What do you mean by knowledge?” From an epistemological perspective this may be a thorny issue, but I maintain that, if there were a better alternative, someone would have presented it. Had I presented the same challenge to biologists, or psychologists, or historians, or astronomers, none of them would have been so flummoxed."
  • "I remind you of the unique facet of a flat universe, at least on scales where it is dominated by matter in the form of galaxies, and where a Newtonian approximation remains valid: in a flat universe, and only in a flat universe, the average Newtonian gravitational energy of every object participating in the expansion is precisely zero."
  • "This results in the second amazing implication of inflation, that small-density fluctuations in empty space due to the rules of quantum mechanics will later be responsible for all the structure we observe in the universe today. So we, and everything we see, result out of quantum fluctuations in what is essentially nothingness near the beginning of time, namely during the inflationary expansion."
  • "But no one ever said that the universe is guided by what we, in our petty myopic corners of space and time, might have originally thought was sensible."
  • "This is the beauty of science, and it should not be threatening. Science simply forces us to revise what is sensible to accommodate the universe, rather than vice versa."
  • "To summarize then: the observation that the universe is flat and that the local Newtonian gravitational energy is essentially zero today is strongly suggestive that our universe arose though a process like that of inflation, a process whereby the energy of empty space (nothing) gets converted into the energy of something, during a time when the universe is driven closer and closer to being essentially exactly flat on all observable scales."
  • "Empty space is complicated. It is a boiling brew of virtual particles that pop in and out of existence in a time so short we cannot see them directly."
  • "Now few biochemists and molecular biologists doubt that life can arise naturally from nonlife, even though the specifics are yet to be discovered."
  • "Feynman’s methods focus on the key fact to which I alluded at the beginning of this chapter: quantum mechanical systems explore all possible trajectories, even those that are classically forbidden, as they evolve in time."
  • "But this seems an arbitrary semantic distinction designed by those who have decided in advance (as theologians are wont to do) that the supernatural (i.e., God) must exist so they define their philosophical ideas (once again completely divorced from any empirical basis) to exclude anything but the possibility of a god."
  • "In a multiverse of any of the types that have been discussed, there could be an infinite number of regions, potentially infinitely big or infinitesimally small, in which there is simply “nothing,” and there could be regions where there is “something.” In this case, the response to why there is something rather than nothing becomes almost trite: there is something simply because if there were nothing, we wouldn’t find ourselves living there!"
  • "I recognize the frustration inherent in such a trivial response to what has seemed such a profound question throughout the ages. But science has told us that anything profound or trivial can be dramatically different from what we might suppose at first glance."
  • "The universe is far stranger and far richer—more wondrously strange—than our meager human imaginations can anticipate. Modern cosmology has driven us to consider ideas that could not even have been formulated a century ago."
  • "This is why philosophy and theology are ultimately incapable of addressing by themselves the truly fundamental questions that perplex us about our existence. Until we open our eyes and let nature call the shots, we are bound to wallow in myopia."
  • "Alternatively, if the matter that makes us up was created at the beginning of time by some quantum processes, as I have described, we are virtually guaranteed that it, too, will disappear once again. Physics is a two-way street, and beginnings and endings are linked. Far, far into the future, protons and neutrons will decay, matter will disappear, and the universe will approach a state of maximum simplicity and symmetry."
  • "I have always been attracted to the myth of Sisyphus and have likened the scientific effort at times to his eternal task of pushing a boulder up a mountain, only to have it fall back each time before he reaches the top. As Camus imagined, Sisyphus was smiling, and so should we. Our journey, whatever the outcome, provides its own reward."
  • "In this sense, science, as physicist Steven Weinberg has emphasized, does not make it impossible to believe in God, but rather makes it possible to not believe in God. Without science, everything is a miracle. With science, there remains the possibility that nothing is. Religious belief in this case becomes less and less necessary, and also less and less relevant."
  • "The choice to turn to the notion of divine creation falls to each of us, of course, and I don’t expect the ongoing debate to die down anytime soon. But as I have stressed, I believe that if we are to be intellectually honest, we must make an informed choice, informed by fact, not by revelation."
  • "I find oddly satisfying the possibility that, in either scenario, even a seemingly omnipotent God would have no freedom in the creation of our universe. No doubt because it further suggests that God is unnecessary—or at best redundant."
  • "Theologians may speculate about angels on pinheads or whatever is the current equivalent. Physicists might seem to have their own angels and their own pinheads: quanta and quarks, “charm,” “strangeness,” and “spin.” But physicists can count their angels and can get it right to the nearest angel in a total of 10 billion: not an angel more, not an angel less. Science may be weird and incomprehensible—more weird and less comprehensible than any theology—but science works. It gets results. It can fly you to Saturn, slingshotting you around Venus and Jupiter on the way. We may not understand quantum theory (heaven knows, I don’t), but a theory that predicts the real world to ten decimal places cannot in any straightforward sense be wrong. Theology not only lacks decimal places: it lacks even the smallest hint of a connection with the real world."