Tuesday, March 29, 2016

Un superordinateur dans ma poche

Chaque jour, au travail, je passe devant un vieux Cray-1S/2300 (arrivé à l'EPFL en février 1986, après trois ans d'utilisation à EDF), d'une puissance de calcul de 160 MFLOPS. Comme beaucoup de monde, avec l'habitude, j'ai plutôt tendance à le percevoir comme un obstacle au milieu du passage, que je dois contourner.

Ce que j'ai tendance, parfois, à oublier, c'est que j'ai un appareil huit fois plus puissant  entre les mains, dans mon sac ou dans ma poche : mon iPhone 6s Plus (1300 MFLOPS), qui a remplacé en 2015 mon iPhone 5, acheté en 2012, qui était devenu complètement inutilisable à cause d'un écran défectueux.

La comparaison en termes de puissance de calcul est imparfaite. Un Cray-1 est une machine très volumineuse (voir photo - il est possible de s'en servir comme banc) et essentiellement destinée à du calcul "pur". Un iPhone, avant d'être un ordinateur capable d'effectuer plus d'un milliard d'opérations numériques par seconde, est pour la plupart des gens un téléphone, un appareil photo, un caméscope, un baladeur numérique, un GPS, etc. La différence est flagrante.

La différence entre mon iPhone 6s Plus actuel et mon ancien iPhone 5, quant à elle, est définitivement plus subtile, plus incrémentale. Je crois que si l'écran de mon iPhone 5 avait tenu le coup, je n'aurais pas changé de smartphone aussi "tôt" (après seulement trois ans).

Malgré tout, je dois admettre que l'écran plus grand, le processeur plus rapide, l'appareil photo de meilleur qualité, entre autres, sont des améliorations très agréables et je supporterais difficilement un retour en arrière.

Il s'agit de changements progressifs, donc, mais il n'y a pas de doute : à force d'avoir des smartphones avec des écrans de plus en plus grands, des tablettes avec des écrans de plus en plus petits, des montres de plus en plus "intelligentes", des laptops de plus en plus légers, la frontière devient de plus en plus floue entre les différents types d'appareils que nous utilisons.

Cela est devenu particulièrement manifeste dans la gamme d'Apple, avec l'apparition de l'iPad Pro à la fin de l'année passée. Les similitudes entre un MacBook Air et un iPad Pro, d'une part, mais aussi entre un iPad Mini et un iPhone Plus, d'autre part, sont importantes. C'est la première fois depuis longtemps que la ligne de produits d'Apple est aussi "incompréhensible" à mes yeux. L'apparition de Microsoft Office sur iPad amplifie encore ce sentiment général.

Si je parle des produits Apple, ça n'est pas parce que je les considère comme des précurseurs, mais, au contraire, parce que si cette frontière floue dont je parle est devenue évidente chez Apple, c'est qu'on a bien affaire à un phénomène global, à quelque chose de définitivement ancré dans la réalité du marché. Il y a déjà bien longtemps que d'autres constructeurs ont entamé ce processus, comme Microsoft avec sa "tablette hybride" Surface, pour ne citer qu'eux.

Ce que l'on peut encore noter est que cette évolution ne concerne pas que les laptops, les tablettes et les smartphones, mais aussi de plus en plus d'autres appareils, comme les télévisions, montres ou lunettes "intelligentes" (smart TVsmartwatch et smartglass, en anglais). Et, en toile de fond, la vieille idée d'Internet of Things (IoT) est en train de passer du concept à la réalité...

Nous vivons une époque vraiment excitante.

Au risque de passer pour un dinosaure, à la fin des années 1990, comme tout geek qui se respecte, il m'arrivait régulièrement de déplacer mon PC (qui devait peser entre 10 et 15 kilos) entre ma chambre d'étudiant et la maison de mes parents, pour les week-ends et les vacances. Lorsque j'ai acheté mon premier laptop, en 2008 (un MacBook Pro), cela a donc vraiment été une révolution, pour moi.

Huit ans plus tard, le laptop (15 pouces) reste pour moi un compromis idéal. Je peux l'utiliser chez moi, le bouger entre les différentes pièces de mon appartement, le prendre en week-end, etc.

Je n'ai encore jamais vraiment ressenti le besoin de posséder une tablette, mais j'entrevois quelques cas d'utilisation qui pourraient être intéressants et pour lesquels un smartphone, même grand, ne conviendrait pas (BDs électroniques, livres avec illustrations, voyages en avion, etc.).

L'année passée, j'ai tenté l'utilisation d'un clavier Bluetooth en voyage, pour la rédaction de mon carnet de bord sur mon smartphone. Je tiens à jour un journal intime depuis 1993 et les voyages ont toujours été un moment problématique. Au début, je rédigeais naturellement mon journal sur des feuilles de papier (c'est la solution la plus simple à implémenter, la plus évidente). Puis, depuis plus de cinq ans, je me suis mis à utiliser mon smartphone. Le problème, c'est que les voyages sont des moments souvent intenses, où il se passe beaucoup de choses et, en même temps, ce sont aussi des instants où le temps est précieux. Le clavier virtuel de mon smartphone, fondamentalement lent, a donc toujours été frustrant. L'utilisation d'un clavier physique, plus encombrant, m'a permis de passer moins de temps à écrire.

Et c'est là l'un des défis auxquels doivent faire face les constructeurs, à mon sens : trouver des solutions innovantes pour que taper du texte sur des appareils tels que les smartphones devienne enfin une expérience agréable. C'est peut-être un signe de mon âge, mais je ne pense pas : depuis l'achat de mon premier smartphone il y a sept ans, je n'ai jamais réussi à m'habituer aux claviers virtuels ; même sur l'écran plus grand de mon iPhone 6s Plus, il m'arrive régulièrement de faire des fautes de frappe à répétition.

Il est certain que la majorité des gens consomment l'information plutôt que de la produire, mais la création de contenu sur smartphone ou sur tablette reste un cas d'utilisation beaucoup trop important pour le négliger. Ne l'oublions pas : ce sont bien des superordinateurs que nous avons dans nos poches. Il serait vraiment dommage de s'en servir uniquement de manière passive...

Nous avons besoin de nouveaux paradigmes. La reconnaissance vocale est une approche prometteuse, mais qui ne répond pas totalement au problème, pour des raisons évidentes. La technologie Continuum de Microsoft, permettant, entre autres, de brancher clavier, souris et moniteur sur un smartphone, est un pas dans la bonne direction.

Je suis curieux de voir ce que ces prochaines années nous réservent !

Monday, March 7, 2016

Elon Musk on education

I've only recently watched "A Conversation with Elon Musk", with Salman Khan, founder of the Khan Academy. It's a video from 2013, so this is nothing new, but I really like Elon Musk's take on education (rough transcription):
"The analogy I sometimes use is: have you seen Batman, the Chris Nolan movie, the recent one? It's pretty freaking awesome. You've got incredible special effects, great script, multiple takes, amazing actors, and great sound. It's very engaging. But if you were to instead say, OK - even if you had the same script, so at least it's the same script. And you said, OK, now that script, instead of having movies, we're going to have that script performed by the local town troop. So in every small town in America, if movies didn't exist, they'd have to recreate The Dark Night. With like home-sewn costumes. And like jumping across the stage. And not really getting their lines quite right. And not really looking like the people in the movie. And no special effects. And I mean that would suck. It would be terrible. That's education."
It's funny. And the metaphor really works.

Sunday, February 21, 2016

Milan Kundera et la modernité

C'est devenu une règle presque sans exception : je ne lis et, surtout, n'achète plus que des livres électroniques, depuis cinq ans maintenant.

Cela explique probablement pourquoi je n'ai lu aucun livre de Milan Kundera entre 2005 et 2015. Il s'agit pourtant d'un auteur que j'ai beaucoup aimé durant mon adolescence, que j'aimerais relire et dont j'aimerais également découvrir les oeuvres que je ne connais pas encore.

"C’est à cause de cette angoisse que, depuis plusieurs années déjà, j’ajoute à tous mes contrats, partout, une clause stipulant que mes romans ne peuvent être publiés que sous la forme traditionnelle du livre. Pour qu’on les lise uniquement sur papier, non sur un écran."
Je ne sais pas si beaucoup de personnes partagent cette sensibilité. Les réactions que j'ai pu glaner sur le web sont largement négatives. Une chose est certaine : Kundera a déjà perdu ; car, ironiquement, le dernier livre que j'ai lu de lui, en décembre 2015, Les Testaments trahis, je l'ai lu sur mon Kindle.

Une version non officielle ("pirate"), donc, et c'est loin d'être la seule. En cherchant un tout petit peu, j'ai également trouvé (et téléchargé, gratuitement) les oeuvres suivantes de Kundera :
Beaucoup de ses publications (romans, essais, etc.) manquent encore, mais il semble évident que, là où il y a une demande, il y a une offre.

Oui, Kundera a déjà perdu sa guerre dérisoire contre la dématérialisation numérique, contre cette technologie qu'il semble avoir tellement de peine à comprendre (il suffit de lire son oeuvre), mais je ne peux m'empêcher d'avoir de la sympathie pour son point de vue.

Je cite Kundera, d'abord sur le style et la syntaxe de Kafka, l'un des thèmes centraux des Testaments Trahis :
"L’imagination kafkaïenne [...] court comme une rivière, rivière onirique qui ne trouve de répit qu’à la fin d’un chapitre. Ce long souffle de l’imagination se reflète dans le caractère de la syntaxe : dans les romans de Kafka, il y a une quasi-absence de deux-points [...] et une présence exceptionnellement modeste de points-virgules. Si on consulte le manuscrit [...], on constate que même les virgules, apparemment nécessaires du point de vue des règles syntactiques, manquent souvent. Le texte est divisé en très peu de paragraphes. Cette tendance à affaiblir l’articulation [...] est consubstantielle au style de Kafka."
Plus loin, il explique :
"Le vol, long et enivrant, de la prose de Kafka, vous le voyez dans l’image typographique du texte qui, souvent, pendant des pages, n’est qu’un seul paragraphe « infini » où même les longs passages de dialogue sont enfermés."
Un peu plus loin encore, Kundera explique enfin la logique de l'importance de la typographie :
"Kafka insistait pour que ses livres soient imprimés en très grands caractères. [...] [Le] souhait de Kafka était justifié, logique, sérieux, lié à son esthétique, ou, plus concrètement, à sa façon d’articuler la prose. 
L’auteur qui divise son texte en de nombreux petits paragraphes n’insistera pas tellement sur les grands caractères : une page richement articulée peut se lire assez facilement. 
Par contre, le texte qui s’écoule en un paragraphe infini est très peu lisible. L’œil ne trouve pas d’endroits où s’arrêter, où se reposer, les lignes « se perdent » facilement. Un tel texte, pour être lu avec plaisir (c’est-à-dire sans fatigue oculaire), exige des lettres relativement grandes qui rendent la lecture aisée et permettent de s’arrêter à n’importe quel moment pour savourer la beauté des phrases. 
Je regarde Le Château dans l’édition de poche allemande : trente-neuf lignes lamentablement serrées sur une petite page d’un « paragraphe infini » : c’est illisible."
Le raisonnement est limpide : le style de Kafka exige une typographie particulière ; il faut respecter cette exigence. Je comprends parfaitement que Kundera ne veuille pas que son oeuvre soit malmenée comme celle de Kafka l'a été.

Je comprendrais également si Kundera nous expliquait que les livres électroniques, depuis bientôt dix ans, ont peu évolué et ne permettent pas suffisamment ce respect de la typographie qu'il défend. Mais ça n'est apparemment pas ce qu'il fait. Pas explicitement, en tout cas. J'ai plutôt l'impression qu'il rejette quelque chose qu'il ne connaît pas du tout.

Si Kundera avait un style syntactique distinctif, comme celui de Kafka, nécessitant une typographie particulière, il pourrait très bien inviter le lecteur de la version numérique de son oeuvre à la lire avec une police de caractères donnée. Dans un autre domaine que celui de la littérature, je pense par exemple aux instructions que donnait il y a quelques années le pianiste Keith Jarrett dans le livret de l'album No End (publié en 2013, enregistré en 1986) :
"Play this music LOUD, especially tracks 2 to 20, since many inner details will be lost at lower volumes."
Ou encore, à cette suggestion (probablement de la maison de disque), sur le vinyl original de Pangaea de Miles Davis :
"We suggest that you play this record at highest possible volume in order to fully appreciate the sound of Miles Davis."
J'en suis certain : il n'y a pas de honte pour un artiste sérieux à donner des instructions techniques à son public. Kundera pourrait très bien suivre cette piste. Mais il est clairement de l'ancienne génération d'artistes : celle qui interagit avec son public essentiellement à travers son art.

Et, puisque j'en suis à citer mes musiciens favoris, il est impossible de ne pas penser à Prince, qui a également toujours eu une relation conflictuelle avec la technologie et avec internet en particulier. Il est difficile de comptabiliser exactement le nombre de sites web qu'il a ouverts, puis fermés. Même chose pour ses comptes Twitter ou YouTube. Plus récemment, Prince a décidé de retirer toute sa musique de Spotify et tous les autres services de streaming, sauf Tidal. Il a aussi régulièrement combattu les blogs proposant des enregistrement pirates de sa musique.

Chez Prince, cette approche chaotique témoigne d'une mauvaise compréhension de la technologie, comme chez Kundera, mais aussi d'une volonté de contrôle, artistique, ce qui est louable, et financier, ce qui l'est, peut-être, légèrement moins.

L'approche de Kundera est plus intellectuelle, plus rigoureuse, mais Prince a au moins le mérite d'essayer d'utiliser la technologie à son avantage. Quitte à régulièrement changer de direction et frustrer ses fans.

Enfin, il faut bien reconnaître que les livres "pirates" de Kundera que j'ai pu télécharger sont de qualité variable. Si Kundera se souciait vraiment de la manière dont son oeuvre est présentée, dont elle lue par ses lecteurs, il s'empresserait de publier des versions numériques officielles de ses livres.

Il s'agirait d'un compromis intelligent, de la part d'un auteur intelligent. Vu l'âge actuel de Kundera (bientôt 87 ans), je ne me fais toutefois pas beaucoup d'illusions...

Tuesday, February 2, 2016

Point méditation : trois ans de pratique

Je me suis mis à la méditation il y a trois ans, en janvier 2013. Depuis, j'ai médité 425 fois, durant 138 heures au total, soit presque six jours en continu, ce qui semble à la fois énorme et dérisoire (seulement six jours de méditation sur une période de plus de 1100 jours ?).

J'utilise toujours l'application de méditation guidée Headspace. J'ai depuis terminé le programme initial de 365 jours et suis passé à la "version 2" de l'application, qui consiste en un ensemble de paquets de sessions thématiques (stress, sommeil, créativité, générosité, etc.). Il s'agit d'une approche plus personnalisée, en quelque sorte.

J'aurais pu passer à une pratique de la méditation complètement silencieuse, en utilisant un simple timer. Je suis probablement suffisamment "formé" pour cela. Mais j'ai tout de même ressenti le besoin de continuer la formule que propose Headspace, pour plusieurs raisons.

D'abord, Headspace présente plusieurs types de sessions, certaines mettant l'accent sur la respiration, d'autres sur des exercices de visualisation (de soi, d'autres personnes, etc.). Il me semble utile de répéter toutes ces formes de méditation, jusqu'à ce que je les aie vraiment assimilées. Et, pour cela, il me paraît nécessaire d'y consacrer encore du temps, potentiellement plusieurs années.

Ensuite, comme je me suis jusqu'à présent peu intéressé à l'aspect théorique de la méditation (origines, motivations, études scientifiques, etc.), j'apprécie le côté pédagogique de Headspace. Avant et après chaque session, Andy Puddicombe, la "voix" de Headspace, donne un contexte plus global à cette activité. Il propose des exercices à réaliser durant la journée, comme celui qui consiste à prendre régulièrement conscience de nos mouvements ou de nos changements de position. Il met également en évidence les liens entre la pratique de la méditation et une certaine philosophie de vie (développement de la compassion, etc.). Tout cela me manquerait pour l'instant beaucoup si je décidais de m'en passer.

En résumé, je suis donc encore très enthousiasmé par la méditation. Difficile de dire pour combien de temps. Je ne peux pas exclure que je m'en lasse dans une année ou deux, car la question de l'utilité d'une telle pratique se pose fréquemment. J'en discutais encore récemment sur Twitter.

La méditation est-elle un pur placebo ? Je ne suis pas certain que cela ait un sens, puisqu'il n'y a pas véritablement d'intervention externe (traitement, opération, etc.). Ce qui me paraît certain, c'est que je suis souvent très détendu après avoir médité durant vingt minutes. C'est un effet positif indéniable.

Avec le temps, j'ai aussi de plus en plus l'impression de pouvoir "me souvenir" de l'état dans lequel je suis après avoir médité, tout au long de la journée, ce qui me permet de me calmer plus facilement. Comme si je développais une forme de réflexe.

Méditer, c'est aussi, comme je l'ai dit, une philosophie de vie. Pour simplifier, c'est apprendre à accepter les choses, sans se résigner. Pour quelqu'un comme moi, qui ai tendance à me révolter, à militer, ça n'est pas évident. De manière très pratique, la méditation m'aide, par exemple, à vivre avec la colère que je ressens depuis 2014 face à une situation personnelle difficile (je m'expliquerai un jour dans un article détaillé, c'est promis). Elle a donc un côté très terre à terre, utile, au jour le jour.

A l'heure actuelle, je suis donc encore loin de contempler l'illusion du "soi" que décrit Sam Harris et bien d'autres. J'ai l'impression d'être un éternel débutant.

En 2016, je compte donc pratiquer la méditation largement telle que je l'ai déjà pratiquée ces trois dernières années, en essayant d'être plus régulier (cinq sessions par semaine) et, si j'y parviens, en effectuant quelques sessions plus longues (une heure, voire plus).

Saturday, January 23, 2016

2015 en chiffres

Avec un peu de retard, voici ma traditionnelle revue personnelle pour 2015.

Pour les années précédentes, voir ici : 2014, 2013, 2012 et 2011.

En 2015, j'ai acheté 5 albums (-7)
Très peu d'achats musicaux, donc, et uniquement des artistes avec lesquels je suis très familier : Marcus Miller, Keith Jarrett, Miles Davis et Yaron HermanComme l'année précédente, j'ai exclusivement acheté des fichiers FLAC, sur le magasin en ligne Qobuz. J'ai également beaucoup écouté, mais pas acheté, les deux derniers albums de Prince, sortis à trois mois d'écart (les deux premiers d'une série peut-être plus longue, intitulée "Hit n Run" - un concept qui me plaît ; je n'aurais rien contre le fait que Prince sorte 4-5 albums par année...). C'est peut-être dû à mon âge et à la manière dont j'écoutais la musique durant mon enfance / adolescence, mais je remarque que je tiens toujours beaucoup au concept d'album, d'ensemble cohérent de morceaux de musique, par opposition au concept de single ou de morceau isolé, faisant éventuellement partie d'une playlist (manuelle ou automatique).
En 2015, j'ai écrit 12 articles sur mon blog (+3)
C'est quelque chose que j'ai réalisé dernièrement. J'écris sur mon blog pour plusieurs raisons : pour structurer mes idées et me "vider la tête", mais aussi pour apprendre à écrire. Je devrais donc essayer de le faire le plus souvent possible, sans me donner de contraintes (écrire utile, écrire sur des sujets sérieux, etc.). Je repense parfois avec une certaine nostalgie à un exercice qu'un professeur de français nous demandait de réaliser chaque deux semaines (ou peut-être chaque semaine ?), il y a une vingtaine d'années : la rédaction d'un texte, non noté, sur n'importe quel sujet, de n'importe quelle longueur (plus d'une demi-page A4, disons). Il était parfois difficile de trouver sur quoi s'exprimer (surtout à une époque où le web n'existait pas !), mais le fait de se forcer à écrire, quasiment sans contraintes, avait quelque chose de plaisant. Ou alors c'est ma mémoire sélective qui me joue des tours...
En 2015, j'ai atteint 18 des 20 buts annuels que je m'étais fixés
Il s'agissait essentiellement de petits projets d'archivage, de ventes/dons d'objets, de buts culturels (lectures, films, etc.), de buts liés à l'écriture (blog et vision du monde), etc. Rien de vraiment notable. Le concept de but annuel me permet surtout de structurer un peu mon année, comme je l'expliquais récemment dans un article sur GTD.
En 2015, j'ai archivé 103 CD-R / DVD-R (-230)
Un but annuel récurrent. J'ai enfin "dématérialisé" et archivé la quasi-totalité de tous mes CD-Rs et DVD-Rs. Pour différentes raisons (échanges d'enregistrements musicaux, backup, archivage, etc.), j'en avais accumulé des centaines (plus de 500 ?) depuis la fin des années '90.
En 2015, j'ai vu 13 concerts (dont 9 dans des festivals) (+1)
Dans ces 13 concerts, j'inclus deux opéras vus à Lausanne (Die Zauberflöte et La Cenerentola). Cela faisait très longtemps que je n'étais pas allé voir un opéra (je me souviens d'une représentation de Carmen de Bizet dans les arènes d'Avenches, probablement dans les années '90). C'était aussi la quinzième fois depuis 1994 que je voyais Marcus Miller, toujours aussi excellent.
En 2015, j'ai suivi 1 cours sur Coursera (-1)
Il s'agit d'un cours, commencé en 2014 : "Introduction to Astronomy", donné par Ronen Plesser, un professeur très enthousiaste, plaisant à écouter et parfois très drôleJ'ai consacré des week-ends presque entiers à me replonger dans des équations de physique. Un cours fascinant, mais particulièrement gourmand en temps. Il y a de nombreux sujets que j'aimerais creuser en 2016 (le deep learning, par exemple), mais je n'ai rien planifié de concret pour l'instant.
En 2015, j'ai fait 71 sessions de crosstrainer (26 heures au total) (+5)
Encore mieux qu'en 2014 et 2013. C'est une activité que je suis content d'arriver à maintenir aussi régulièrement, car faire du sport au saut du lit n'est de loin pas une évidence pour moi. Je me motive en couplant cette activité avec des séries télévisées, telles que Curb Your Enthusiasm (voir plus bas).
En 2015, j'ai reçu (resp. envoyé) 18937 (resp. 3590) emails (+558 / +148)
Je n'ai pas grand-chose à ajouter par rapport aux années précédentes, à part que j'utilise depuis plusieurs mois une petite application très simple sur mon iPhone, QckMail, pour m'envoyer des mails en guise de notes (dans le contexte de mon système GTD).
En 2015, j'ai vu 5 expositions, dont 2 dans des musées à l'étranger (-1)
Un petit coup de coeur : le Haida Gwaii Museum à Skidegate, sur une île relativement peu peuplée du Canada. J'ai plutôt l'habitude de visiter des musées dans des villes, donc dans des lieux densément peuplés. La visite de ce musée a par conséquent été une expérience assez unique !
En 2015, j'ai vu 37 films (dont 20 au cinéma) (-10)
Dont 14 films du top 250 d'IMDbQuelques coups de coeur : Whiplash, Birdman or (The Unexpected Virtue of Ignorance), Inside Out et The Martian. J'ai revu la trilogie originale de Star Wars, qui, il faut bien l'admettre, a un peu mal vieilli. Je suis finalement allé voir Star Wars: Episode VII en janvier 2016.
En 2015, j'ai lu 11 livres (dont 7 de fiction) (+0)
De la fiction, de la vulgarisation scientifique, une biographie, un essai et un livre de programmation. 27 ans après avoir vu la série de la BBC à la télévision, j'ai enfin lu la trilogie des Tripodes de John Christopher, ainsi que sa préquelle (une lecture prenante, quoique plutôt destinée à des adolescents). Malgré quelques difficultés à trouver des versions numériques de ses ouvrages, j'ai également recommencé à lire Milan Kundera.
En 2015, j'ai médité 142 fois (47 heures au total) (-7)
J'ai été à peu près aussi régulier qu'en 2014. En 2016, je vais tenter de méditer en moyenne au moins 5 jours par semaine (tous les jours sauf le week-end).
En 2015, j'ai écouté 4690 morceaux de musique (+895)
Comme c'est également le cas pour mes achats musicaux, il y a très peu de surprises dans mes écoutes musicales (Prince, Keith Jarrett, Miles Davis, etc.). Une découverte mineure toutefois : Don Ellis, un musicien que mon père écoute depuis longtemps et dont mon frère m'a rappelé l'existence l'année passée (avec le morceau "Turkish Bath", très original !).
En 2015, j'ai vendu, donné ou recyclé 56 objets (-15)
Certains très encombrants, comme une station de repassage à l'abandon depuis des années (qui repasse encore ses habits de nos jours ?). Beaucoup de DVDs, comme en 2014, mais également de CDs et de jeux vidéo PC. J'ai également cherché à me débarrasser de nombreux livres, sans succès, leur valeur à la revente étant quasiment nulle. En 2016, j'essaierai de les donner plutôt que de les vendre.
En 2015, j'ai vu 10 pièces de théâtre (+0)
C'est la dernière de l'année, Werther !, de Nicolas Stemann, jouée par un seul comédien, Philippe Hochmair, qui m'a le plus touché. Au départ très conventionnelle (une personne lisant un texte en allemand, assis à une table, avec une traduction en français diffusée sur les écrans), la pièce se transforme peu à peu en performance complètement extravertie, pleine d'émotion (avec un moment de paroxysme complètement décalé à propos de Daniel Brélaz et ses cravates comportant des motifs de chats). C'est ce genre de pièces qui me motive à retourner sans cesse au théâtre, malgré le côté un peu "retraités" de cette activité...
En 2015, j'ai pris 8152 photos (+415)
Dont plus de 4000 photos rien que durant un voyage de 4 semaines en Californie et sur la côte Ouest du Canada. Inutile de dire que je n'ai pas terminé de les trier... Depuis plusieurs années, j'accumule pas mal de versions à double de mes photos (version normale et version HDR). Depuis l'achat de mon iPhone 6s Plus, ce sont maintenant les fichiers MOV (plus de 300 en 2015) des live photos d'Apple qui s'ajoutent encore à tous les fichiers JPEG de mon archive photographique.
En 2015, j'ai fait 6 randonnées (+2)
Dont 5 dans les parcs nationaux canadiens. Mon coup de coeur : une randonnée dans la région de Lake Louise, le sentier Plain of Six Glaciers, avec sa tea house et son impressionnant paysage de glaciers.
En 2015, j'ai eu 3 rhumes (+0)
Suite à plusieurs consultations chez un spécialiste du HUG, j'utilise désormais régulièrement un spray, le Dymista, pour tenter de réduire le nombre et la durée de mes rhumes. Après plusieurs années à 4-6 rhumes, je suis curieux de voir si j'arrive à durablement confirmer cette légère amélioration.
En 2015, j'ai commencé à regarder 5 séries télévisées (-9)
A savoir : Veep (2012), Game of Thrones (2011), Louie (2010), Modern Family (2009) et Curb Your Enthusiasm (1999). Aucune de ces séries n'est particulièrement récente. Nous avons résisté durant des années à Game of Thrones, avant de finalement y céder en septembre 2015. Nous sommes depuis complètement addicts ! Quant à Curb Your Enthusiasm, j'avais essayé de m'y mettre il y a de nombreuses années, sans succès. Après avoir terminé la neuvième et dernière saison de Seinfeld, en juillet dernier, Curb Your Enthusiasm me semble maintenant beaucoup plus facile d'accès. Une sorte de suite logique, en quelque sorte.
En 2015, j'ai publié 1210 tweets (-1133)
Après une nette augmentation en 2014, il s'agit donc d'un retour au niveau de 2013. Je ne me suis toujours pas remis à Facebook (après bientôt deux ans), mais j'avoue que cela me démange un peu...
En 2015, j'ai voté 2 fois
Sur un total de 2 élections fédérales (8 mars 2015 et 14 juin 2015). Pour la quatrième fois depuis 2003, j'ai également participé aux élections fédérales grâce à Smartvote, un outil de recommandation fort utile.
En 2015, j'ai fait 3 voyages/séjours, dont 2 à l'étranger (-1)
Deux magnifiques voyages en Californie et au Canada, durant quatre semaines, mais aussi un week-end prolongé dans la région de Giessbach, puis à Berne, une très jolie ville que je ne connaissais pas, alors qu'elle se trouve à une heure seulement de l'endroit où nous habitons...
En 2015, j'ai été défendu par 5 avocats, de 3 études différentes et me suis rendu 2 fois au tribunal
En 2015, j'ai dû me défendre dans le contexte de deux conflits : celui avec une entreprise générale / un architecte malhonnête, qui dure depuis 2014 (l'article que j'avais déjà annoncé l'année passée devra attendre, mais je suis impatient de le publier), et un conflit ayant démarré en 2007 avec un magasin d'informatique genevois qui a depuis fait faillite.

Thursday, December 31, 2015

L'esprit de Noël

"Les athées peuvent-ils célébrer Noël ?", demandait Hemant Mehta sur son blog Friendly Atheist la semaine passée.

C'est une question intéressante à double titre. D'abord, elle laisse entendre que Noël serait une fête exclusivement chrétienne ou, tout du moins, religieuse, ce qui, on le sait depuis longtemps, n'est pas le cas.

Elle m'interpelle à titre individuel également, car bien qu'agnostique/athée et malgré mon penchant pour un certain militantisme, il ne m'est jamais venu à l'idée de boycotter Noël.

Richard Dawkins lui-même, biologiste, athée militant, auteurs de nombreux livres, admet qu'il apprécie particulièrement cette fête.

Il faut donc croire que, comme conclut Dawkins, "Noël appartient à qui le veut bien" ("Christmas belongs to anyone who wants it"). C'est une conclusion que je trouve élégante et que je partage.

Il y a quelques semaines, un de mes anciens collègues envoyait à huit autres de mes anciens collègues et à moi-même un email dans lequel il mentionnait, non sans une part d'humour, "la venue du Dieu créateur dans une mangeoire", faisant évidemment référence à la conception chrétienne de Noël.

Je l'ai interrogé, dans le plus grand respect de ses croyances et de sa démarche (entendez par là : sans l'attaquer et en prenant toutes les précautions qu'il est possible de prendre dans un email), sur les raisons de ce que je considérais être du prosélytisme de sa part.

Sa réponse m'a confirmé que certains chrétiens pratiquants ressentent le besoin de défendre Noël contre une certaine corruption morale et culturelle, contre ce qu'ils perçoivent comme étant des attaques contre cette fête, en particulier, mais aussi contre la religion, en général. Je peux comprendre son point de vue, mais, bien entendu, le fait que la religion soit en perte de vitesse me réjouit, alors que j'imagine que cela doit plutôt attrister mon ancien collègue.

(Je n'ai pas voulu poursuivre cette discussion par email, ayant déjà eu par le passé l'opportunité de débattre par écrit concernant la religion. Je pense que les échanges oraux, tels que ceux menés par Anthony Magnabosco, qui s'inspire du livre A Manual for Creating Atheists, peuvent être bien plus productifs, bien moins frustrants.)

Je rejoins volontiers mon ancien collègue sur un point : toute la surconsommation liée à la fête de Noël représente bien une certaine dégénérescence de nos sociétés. Cela fait longtemps que je répète aux personnes concernées que je ne désire recevoir aucun cadeau à Noël ou pour mon anniversaire, et qu'en offrir aux enfants, dans une certaine mesure, raisonnable, suffit largement.

Que représente donc la période de Noël pour moi ?
  • Le solstice d'hiver. Le jour le plus court de l'année dans l'hémisphère nord a lieu, généralement, le 21 ou 22 décembre. Ce jour a une signification particulière pour moi, car, depuis que je suis enfant, j'ai toujours eu un intérêt marqué pour l'astronomie, mais aussi, symboliquement, parce que c'est à partir de ce moment que les jours rallongent (passage de l'obscurité à la lumière, etc.).
  • La famille. Noël est l'occasion de passer plus de temps avec nos familles et, en particulier, avec celle de mon frère, qui, habitant aux Etats-Unis, profite souvent des fêtes de fin d'année pour venir en Suisse.
  • L'introspection. Je tiens à jour un journal personnel depuis 1993 et, depuis maintenant plus de dix ans, je rédige, pour moi, un résumé de l'année écoulée, suivant différentes thématiques (instants marquants, vie de couple, famille, relations, travail, voyages, activités culturelles, santé, etc.). Cela me permet, en quelque sorte, de savoir où j'en suis dans ma vie.
  • La planification. Grand amateur de Getting Things Done (GTD), je profite également de ce moment pour faire le point sur mes buts annuels et projets. Cela peut paraître rébarbatif, mais le fait de donner une direction à l'année à venir, de réfléchir à de nouveaux projets, etc. est une activité au contraire plutôt motivante, voire ludique.
Il n'y a donc pour moi rien de religieux dans les fêtes de fin d'année ("les fêtes", car il est difficile de dissocier totalement Noël et Nouvel An, de par leur proximité temporelle). J'irai même plus loin : Noël, c'est la fête religieuse la moins religieuse qui soit ; mais je ne crois pas qu'on puisse m'accuser de légèreté dans mon approche. J'aurais pu parler des décorations de Noël, du sapin, des repas copieux, des biscuits, etc. J'aime tout cela, mais Noël signifie autre chose à mes yeux : quelque chose de plus profond, de plus important.

Tuesday, December 15, 2015

La sensibilité électromagnétique : phénomène réel ou pseudo-science ?

J'ai régulièrement l'occasion de rencontrer des gens défendant une position pseudo-scientifique ou l'autre. La plupart du temps, il s'agit d'homéopathie ou de médecine alternative, mais il m'arrive plus rarement de tomber sur quelqu'un donnant un certain crédit à l'astrologie, voire au dessein intelligent.

Il y a trois ans, je suis tombé pour la première et unique fois sur une personne prétendant être électro-hypersensible, c'est-à-dire souffrant de symptômes supposément causés par certains champs ou certaines ondes électromagnétiques, y compris de faible intensité (voir également l'article en anglais sur Wikipedia). C'était un sujet que je ne connaissais pas, mais ma position par défaut a été (peut-être un peu trop vite) celle du scepticisme, à savoir :
  • Il s'agit probablement d'un effet nocebo. Or, selon mon expérience, tout à fait anecdotique, il est très difficile d'admettre que l'on est victime d'un tel effet. Il est plus facile d'accuser une cause externe.
  • La crainte des ondes n'est pas un phénomène nouveau. Le four à micro-ondes, par exemple, traîne derrière lui une mauvaise réputation depuis des décennies. Cette crainte n'est finalement pas étonnante : en dehors du spectre visible, les ondes électromagnétiques ne sont visibles à l'oeil nu qu'indirectement. Elles ont donc un certain côté mystérieux. De plus, beaucoup de gens n'ont jamais suivi de cours de science/physique et c'est bien connu : on a tendance à craindre ce que l'on ne connaît pas.
  • Les ondes font partie des boucs émissaires modernes. Au même titre que les OGM, le gluten, les vaccins, etc. Faciles à pointer du doigt, ils permettent de ne pas mettre en question d'autres facteurs plus complexes ou subtiles.
  • Les gens aiment bien les théories du complot. Or, il y a évidemment beaucoup d'argent à se faire dans les domaines de la téléphonie mobile et des réseaux sans-fil. Les industries concernées auraient donc tout intérêt à dissimuler d'éventuels dangers causés par les ondes électromagnétiques de faible puissance.
  • Bref, en résumé, on a affaire à de la pseudo-science / mauvaise science, une fois de plus.
Je reconnais toutefois que les ondes électromagnétiques, contrairement à une solution homéopathique, par exemple, peuvent avoir des effets bien réels et donc être dangereuses :
  • Le rayonnement ultraviolet (UV) peut provoquer des coups de soleil.
  • Les rayons X peuvent causer des cancers ou des brûlures.
  • Si les micro-ondes sont surtout connues pour leur capacité à réchauffer la nourriture, on imagine aisément qu'elles peuvent, comme les UV ou les rayons X, entraîner des brûlures. Heureusement, les fours à micro-ondes permettent difficilement ce genre d'accidents.
Tout dépend donc de la puissance dont on parle et de la durée d'exposition.

Mais que disent les études et, surtout, les méta-analyses (si elles existent) ? Car, finalement, il suffirait d'un cas, un seul, d'hyper-sensibilité, bien documenté, pour régler la question une bonne fois pour toute.

Durant mes recherches, je suis rapidement tombé sur une méta-analyse connue et souvent citée, datant de 2005 : "Electromagnetic Hypersensitivity: A Systematic Review of Provocation Studies". Cette méta-analyse couvre 725 participants électro-hypersensibles et conclut :
"The symptoms described by “electromagnetic hypersensitivity” sufferers can be severe and are sometimes disabling. However, it has proved difficult to show under blind conditions that exposure to EMF can trigger these symptoms. This suggests that “electromagnetic hypersensitivity” is unrelated to the presence of EMF, although more research into this phenomenon is required."
Autrement dit, nous avons bien affaire à un effet nocebo, jusqu'à preuve du contraire.

Je suis également rapidement tombé sur le site francophone traitant de l'électro-hypersensibilité : robindestoits.org. Il s'agit d'un site un peu confus, présentant énormément d'informations et de liens, en particulier sur des études démontrant soi-disant les effets néfastes des ondes électromagnétiques de faible intensité. La forme est dérangeante : plutôt qu'un message résumé, clair, c'est un véritable "mur de texte" que le site propose à ses visiteurs.

Mais la forme n'est pas tout. J'ai tout de même retenu un élément intéressant de ce site, à l'époque, c'est la preuve scientifique de l'électro-hypersensibilité : "Electromagnetic hypersensitivity: evidence for a novel neurological syndrome". Il s'agit d'un papier scientifique de 2011, portant sur une personne prétendument électro-hypersensible. La méthode semblant sérieuse (double aveugle), j'ai fini par lire ce papier en entier. La conclusion est troublante :
"EMF hypersensitivity can occur as a bona fide environmentally inducible neurological syndrome."
Serait-on donc en présence de l'exemple unique, mais suffisant, tant recherché ?

Malheureusement, non : les conclusions de ce papier sont incorrectes. Analysés correctement, il se trouve que les résultats de cette étude ne sont pas statistiquement significatifs. Retour à la case départ et à l'hypothèse nulle : l'effet nocebo.

Malgré tout cela, en 2012, ma patience intacte, j'avais encore pris le temps d'écouter une enquête de la RTS datant de 2009 : "Ondes : vous êtes cernés !" (épisode 1 / épisode 2). Deux éléments m'avaient marqué : l'intervention d'un ingénieur de l'EPFZ (Peter Schlegel), ainsi que celle d'un professeur de l'EPFL (Juan Mosig).

Le premier semblait néanmoins peu critique, ne remettant pas en question l'interprétation de ses "clients" (certains électro-hypersensibles), pour lesquels il effectue des bilans à domicile avec des instruments de mesure.

Le second, quant à lui, mentionnait un test mené à l'EPFL sur un sujet, test montrant apparemment qu'un être humain peut détecter un champ électromagnétique, même de faible intensité. Je n'avais alors trouvé aucune publication concernant ce test, ni aucune précision concernant le protocole ou les éventuels symptômes. Lassé par ma recherche, j'en étais resté là...

En 2015, je me suis penché à nouveau sur la question, suite à la diffusion d'une série de cinq épisodes sur le sujet réalisés par l'émission Vacarme de la RTS : "Faut-il craindre les ondes électromagnétiques ?"

A nouveau, je suis assez déçu par la qualité de cette enquête. Au début de celle-ci, il est question d'une ligne à haute tension à Grône, en Valais, et du combat de certains habitants pour faire enterrer cette ligne (pas encore construite, à ma connaissance). On entend l'intervention d'une doctoresse, expliquant les dangers pour la santé d'une telle ligne. Mais, très rapidement, cette doctoresse se discrédite complètement en mentionnant qu'elle s'est spécialisée dans l'homéopathie. Ca ne vole pas haut...

Je peux néanmoins avoir de la sympathie pour ces habitants et me joindrais volontiers à leur combat. Les lignes à haute tension, c'est très moche et, lorsqu'on s'en approche, ça fait du bruit.

Plus tard, l'enquête s'intéresse à des adolescents dans une école qui s'est récemment débarrassée de tous ses réseaux wi-fi, mais les interviews sont pénibles à écouter. Ces jeunes font à peine la différence entre internet, la 3G et le wi-fi. A nouveau : rien de sérieux.

Enfin, et c'est plus intéressant, il est à nouveau question de Juan Mosig, le professeur de l'EPFL qui était déjà intervenu dans l'émission de 2009. Ce dernier rappelle ce fameux test qui a été réalisé à l'EPFL, supposé mettre en évidence l'existence d'une sensibilité aux champs électromagnétiques de faible intensité.

Cette fois-ci, j'ai voulu en avoir le coeur net et l'ai contacté pour avoir plus de précisions concernant ce test mystérieux. Je reproduis ici sa réponse sans la modifier :
"Je n'ai que des vagues souvenirs de cette expérience, qui avait été faite il y a bien longtemps dans notre laboratoire par un collègue maintenant retraité. Mais elle était tout à fait informelle (pas de double aveugle ou de contrôle scientifique significatif), elle n'était pas statistiquement significative (une seule personne, un essai pas répété) et elle n'a pas été documentée."
Je répète : "informelle", "pas de double aveugle", "pas de contrôle scientifique", "pas statistiquement significative", "pas documentée". Décidément, je ne sais pas pourquoi M. Mosig pense qu'il est nécessaire de revenir sans cesse sur ce "test" quand on l'interroge sur le sujet... Bref, retour, une fois encore, à l'hypothèse de l'effet nocebo.

En conclusion :
  • Jusqu'à aujourd'hui, personne n'a encore réussi à mettre en évidence un seul cas d'électro-hypersensibilité !
  • L'effet nocebo est toujours l'effet le plus probable.
  • Dans les cas les plus graves, n'a-t-on pas affaire à des personnes ne supportant plus l'environnement moderne (ordinateurs, villes, pollution sonore, déluge constant d'information, travails ingrats, répétitifs ou vides de sens, etc.) ? Ces personnes ne sont très probablement pas folles, mais je ne pense pas que traiter la piste de l'électro-hypersensibilité sérieusement va les aider. Au contraire : cette approche ne fait que retarder des solutions véritables à leurs problèmes.
  • Comme d'habitude avec ce genre de sujet, on rencontre beaucoup de confusion, beaucoup d'ignorance scientifique. Bref, au risque de me répéter, beaucoup de mauvaise science.
Mise à jour (14 septembre 2022). NutritionFacts.org a publié un excellent résumé des études menées sur le sujet ("EMF Sensitivity Put to the Test"). La conclusion est sans appel : à ce jour, il n'y a toujours pas la moindre preuve scientifique de l'existence de l'électro-sensibilité, malgré 46 études menées sur un total d'un millier de sujets.

Tuesday, November 10, 2015

Getting Things Done (GTD) : mon système actuel

Mon dernier article à propos de Getting Things Done (GTD) date de mars 2008. J'avais alors péniblement terminé de lire le livre du même nom deux mois plus tôt. "Péniblement", parce que j'avais trouvé ce livre un peu long et, surtout, parce que cela faisait déjà des mois que j'avais commencé à implémenter GTD de manière formelle. La motivation pour terminer ce livre n'était donc plus vraiment là.

Comme je l'expliquais dans cet article, GTD m'a tout de suite paru naturel, parce que l'idée de faire des listes n'était pas nouvelle pour moi. Je notais déjà avec soin toutes mes idées de programmes informatiques dans un petit carnet au début des années '90. En 1995, je tenais à jour une to-do list dans un document Word. C'est donc avec une certaine facilité que je me suis mis à appliquer GTD en appliquant strictement la méthode exposée dans le livre.

Comme je le promettais il y a plus de sept ans, voici donc une description de mon système GTD. Durant toutes ces années, celui-ci a eu l'occasion d'évoluer un peu. Je tiens à préciser que je décris ici essentiellement la partie personnelle de mon système, la partie professionnelle reposant sur des outils (p. ex. bug tracking) et des processus (p. ex. réunions d'équipe) plus spécifiques. Dans la pratique, je conserve une séparation stricte entre ces deux domaines (personnel et professionnel).
  • En résumé, j'utilise principalement Gmail, Google Docs et Google Calendar.
  • Je n'ai jamais utilisé d'applications dédiées à GTD, pour plusieurs raisons. D'abord, par pure paresse, parce que ce serait un projet en soi de migrer toutes mes données actuelles vers une nouvelle application. Ensuite, parce que je veux pouvoir facilement backuper mes données. Enfin, parce que, dans ce domaine, je me méfie des outils trop sophistiqués, des gadgets sexy, qui pourraient être le symptôme d'une volonté de procrastination.
  • Ma to-do list principale sur Google Docs contient mes prochaines actions (next actions) classées par contextes, les points sur lesquels je suis en attente (waiting for) et ma liste de projets (projects), avec bien entendu des liens sur les documents relatifs aux projets en question. Dans la mesure du possible, j'inclus des estimations de temps pour mes actions. Si j'ai de la peine à estimer la durée d'une tâche, il y a fort à parier qu'il s'agit plutôt d'un projet. Je note également la date de création de chaque entrée, en particulier pour mes listes de prochaines actions et de points en attente. Cela me permet de voir facilement si quelque chose prend trop de temps à être traité. 
  • J'utilise plusieurs calendriers Google Calendar pour toutes les tâches ayant une date et une heure spécifiques. Je reçois des rappels par email et, pour les tâches importantes (rendez-vous, etc.), sur mon smartphone.
  • Ma boîte de réception GTD (inbox) est naturellement ma boîte de réception Gmail. Chaque email possède une URL unique, ce qui permet de facilement créer des références depuis ma to-do list principale ou d'autres documents Google Docs.
  • La phase de collecte (collect) consiste donc simplement à m'envoyer des mails. Je le fais depuis mes laptops, mais aussi et plus souvent depuis mon smartphone. J'essaie de privilégier le texte, mais je n'hésite pas à m'envoyer des photos et, plus rarement, des enregistrements sonores. J'utilise peu Siri, qui n'est pas encore assez simple et rapide à mon goût. Si je conduis et que je ne suis pas seul, je préfère demander à un passager de m'envoyer un mail.
  • La phase de traitement (process) revient donc à traiter les emails accumulés dans mon inbox Gmail. Depuis le temps, je suis donc devenu un adepte du concept inbox zero. J'essaie autant que possible de conserver mon inbox Gmail vide, en tout cas une fois par jour.
  • J'essaie (ou, plutôt, j'essayais) de conserver tous mes projets et tâches "un jour / peut-être" (someday / maybe) dans un gros document unique sur Google Docs. Lorsque je traite une tâche, j'essaie de privilégier ce document pour éviter de vouloir "tout faire tout de suite", par exemple en créant un nouveau projet ou une nouvelle prochaine action.
  • Enfin, je fais ma revue hebdomadaire (weekly reviewrégulièrement depuis des années. Durant cette revue, je parcoure essentiellement ma to-do list principale et l'état de mes projets. Cela ne me prend presque jamais beaucoup de temps, comme j'utilise mon système GTD quotidiennement et que j'en profite pour mettre à jour ce qui a besoin de l'être dès que possible. De ce point de vue, je ne suis définitivement pas un adepte du browser tab zero. Mes listes sont toujours ouvertes dans mon navigateur.
Mon système GTD souffre toutefois de plusieurs problèmes.
  • Je dois d'abord faire face à l'éternel problème de la procrastination. J'ai beau avoir une vision claire de ce qui me reste à faire, certains projets stagnent. Certaines "prochaines actions" sont sur ma to-do list depuis des mois, voire des années.
  • En huit ans, mon document "un jour / peut-être" est devenu beaucoup trop grand. Il fait en ce moment 32 pages A4, mais en faisait 36 en début d'année. Cela me rebute, à tel point que j'ai cessé de faire des revues régulières de ce document (j'essayais de passer en revue ce document une fois chaque 3-6 mois). Du coup, il est devenu une sorte de cimetière où mes idées moins prioritaires vont mourir...
Je ne veux toutefois pas laisser tomber. Avant GTD, j'avais à plusieurs reprises été déjà complètement dépassé par plusieurs de mes to-do lists, à tel point qu'il m'est arrivé plusieurs fois de les effacer et de repartir de zéro. C'est quelque chose qui m'est arrivé également une fois avec mon inbox personnelle. Un jour, complètement débordé, j'ai archivé des centaines d'emails non traités sans y répondre (et il s'agissait bel et bien d'emails qui attendaient une réponse de ma part).

Ne désirant pas revivre ces situations, j'ai mis en place plusieurs solutions :
  • J'ai décidé d'éclater mon document "un jour / peut-être" en plusieurs sous-listes. Par la même occasion, j'en ai profité pour rendre ces sous-listes publiques : livres à lire, films à regarder, voyages à faire. J'espère pouvoir créer d'autres listes similaires à l'avenir.
  • Cela peut paraître superficiel, mais j'ai changé la mise en page de mon document "un jour / peut-être". C'est le désavantage d'utiliser Google Docs à la place d'une application dédiée, j'imagine. Cela permet une grande liberté au niveau de la mise en page, mais il n'y a du coup pas de moyen de normaliser facilement la présentation des données. J'y ai consacré des heures, mais ce document est devenu plus esthétique et j'ai à nouveau envie de le regarder et, donc, de le passer en revue.
  • Je mets désormais en gras les éléments qui me semblent plus intéressants / prioritaires dans mon document "un jour / peut-être". A nouveau, c'est une fonctionnalité qui existe dans les applications dédiées (priorités / favoris). D'un côté, on atteint donc ici les limites de l'approche Google Docs. D'un autre côté, je ne suis pas sûr d'avoir besoin de plus de deux niveaux de priorité, donc cette manière de faire suffit largement.
  • J'ai ressenti le besoin d'avoir un document d'incubation intermédiaire, avant le stade "un jour / peut-être". J'ai donc créé un nouveau document de brainstorming. C'est un document dans lequel je mets parfois mes idées, avant de les mettre dans "un jour / peut-être", pour pouvoir les préciser, y réfléchir. Très important : je limite ce document strictement en taille (1 page A4 grand maximum). Une fois que j'aurai remis en place mes revues régulières du document "un jour / peut-être", je ne ressentirai peut-être plus le besoin d'avoir ce document.
  • Depuis 2011, j'établis chaque année une liste de buts annuels (une dizaine maximum, en principe). Ces buts doivent être quantifiables et pouvoir être découpés facilement (en douze parties, typiquement). Il y a des buts annuels récurrents (lectures de livres, ventes d'objets, etc.), mais c'est aussi l'occasion d'avancer sur des projets qui ont longtemps stagné.
  • Plus récemment, je me suis mis à établir un planning de la semaine selon un rythme hebdomadaire. Il est souvent recommandé de lister les tâches sur lesquelles on désire travailler durant une journée (par exemple le soir pour le lendemain), mais j'ai trouvé intéressant de faire cet exercice une seule fois par semaine (le dimanche soir, ces derniers temps). La semaine est pour moi une unité de temps facile à gérer. Les activités, sorties, etc. sont en général connues. Il est alors possible de s'assurer que les prochaines actions, les buts annuels, mais aussi certaines tâches que je veux faire régulièrement (articles à lire, vidéos à regarder, etc.) soient distribuées de manière plus équilibrée.
  • Le principe du rituel matinal m'aide aussi à exercer certaines activités plus souvent (méditation et sport).
  • Enfin, et cela paraîtra bizarre à certains, j'imagine, j'ai ressenti le besoin d'avoir une not-to-do list. C'est une liste dans laquelle j'indique ce que j'ai décidé de ne pas faire, avec une date et une justification. Comme il s'agit d'un document Google Docs, ce document est indexé et apparaît dans les résultats d'une recherche. C'est une liste que je peux facilement nourrir avec des éléments de ma liste "un jour / peut-être", par exemple, une fois que j'ai déterminé qu'il s'agit d'idées que je ne désire pas conserver.
En conclusion :
  • Il n'y a pas de miracles : il faut fournir un effort constant pour qu'un système GTD reste efficace et agréable à utiliser. Il est utile de remettre en question son fonctionnement de temps en temps.
  • J'ai remarqué que les habitudes et les automatismes sont importants. Moins j'ai besoin de réfléchir, plus je fais facilement les choses. Cela rejoint l'idée des systèmes de Scott Adams. C'est pourquoi j'exploite autant que possible le mécanisme des buts annuels, du planning hebdomadaire et du rituel matinal, entre autres.
  • Enfin et surtout, il est important de se donner le droit à l'erreur. GTD me semble être de ce point de vue une méthode particulièrement résiliente. Malgré quelques négligences de ma part ces derniers temps, je ne ressens pas le besoin de tout laisser tomber, de tout recommencer. J'ai vraiment l'impression que quelques ajustements suffiront à corriger le tir.

Friday, October 16, 2015

LASIK : 10 ans après

Je me suis fais opérer des yeux, au LASIK, la technique la plus fréquemment employée dans le domaine de la chirurgie de l'oeil au laser, le 11 octobre 2005 à 12h45, après environ une année de réflexion. Sans entrer dans les détails, l'opération en elle-même n'a duré qu'un quart d'heure, mais je suis resté presque quatre heures dans la clinique où elle a eu lieu, à Lausanne, en comptant l'attente avant et après l'opération.

L'intervention n'a pas duré longtemps, donc, mais a été relativement désagréable. Mes yeux ont été anesthésiés localement à l'aide de gouttes. Les pires moments ont ensuite été la cécité temporaire lors de la découpe du capot (microkératome), puis l'odeur de cornée brûlée lors de l'utilisation du laser. Je crois que je n'ai pas besoin d'en dire plus...

Après 30-60 minutes de récupération, je suis rentré chez moi, accompagné, bien entendu. J'avais dû oublier mes lunettes de soleil, car je me souviens que la lumière du jour m'a été particulièrement désagréable (pupilles encore dilatées).

En tout, j'ai pris congé durant trois jours et ai recommencé à travailler le quatrième jour. Durant cette période initiale, la nuit, j'ai dû porter des coques en plastique pour empêcher un contact trop important entre mon oreiller et mes yeux. Comme je dors sur le ventre et non sur le dos, ces coques m'ont empêché de bien dormir. Ces premiers jours ont donc été relativement éprouvants, malgré le retour d'une vision plus ou moins normale dès le premier soir.

Je n'avais pas fait énormément de recherche avant l'opération. Pour le choix du chirurgien, j'ai suivi le conseil de mon ophtalmologue. Je me suis renseigné sur les équipements utilisés (modèles des microkératome et laser). Et, surtout, j'ai passé beaucoup de temps à lire les histoires d'horreurs qui foisonnent sur internet. Il faut dire que le LASIK est une technique très utilisée. Probablement trop. Comme tous les actes chirurgicaux, il y a des risques. Et plus il y a de personnes opérées, plus il y a d'échecs, de complications, d'effets secondaires et, donc, de témoignages effrayants.

Si je devais donner quelques conseils à quelqu'un qui hésiterait aujourd'hui à se faire opérer, je dirais que si, dans le domaine du LASIK, la technologie est presque plus importante que le chirurgien, il ne faut pas négliger l'importance de ce dernier. De nos jours, en 2015, s'il n'existe pas (encore) de TripAdvisor de la médecine, il existe de nombreux forums où il est possible d'obtenir des recommandations de chirurgiens.

Il est également important de vérifier qu'une opération est possible sans risques. Je ne me souviens plus exactement quels éléments doivent être contrôlés, mais je sais qu'il y a des contre-indications au LASIK. Celles-ci ne doivent pas être prises à la légère. J'imagine qu'une partie des opérations ratées sont causées par des chirurgiens plus intéressés par l'argent que par le confort des patients.

Il ne coûte rien de demander une description exacte de l'équipement utilisé par le chirurgien (fabriquant, modèle, année, etc.). Si ces informations sont données facilement par le chirurgien ou la clinique, j'imagine que c'est plutôt bon signe.

Je n'ai pas d'avis tranché sur la question de savoir si c'est une bonne idée de voyager pour se faire opérer dans des pays moins chers. A priori, je répondrais plutôt par la négative (que faire en cas de complications, par exemple ?), mais j'imagine qu'il doit y avoir des cliniques sérieuses un peu partout.

Enfin, si c'était à refaire, je me ferais opérer à nouveau aujourd'hui, sans trop hésiter. En fait, je serais probablement plus motivé à le faire aujourd'hui qu'en 2005, comme il s'agit d'un acte chirurgical qui dépend beaucoup de la technologie employée. J'imagine donc que les équipements utilisés en 2015 sont en moyenne plus perfectionnés et plus sûrs qu'il y a dix ans.

Wednesday, October 7, 2015

Smart democracy

En Suisse, la démocratie directe est à la fois un avantage et un désavantage. Elle est un avantage en ce sens qu'elle donne un pouvoir plus grand au peuple, qui peut ainsi s'exprimer et avoir une influence plus importante sur son avenir. Elle est également un désavantage, car elle permet aux craintes, aux opinions trop vite forgées et aux préjugés d'avoir voix au chapitre, alors que cela serait probablement moins le cas dans une démocratie purement représentative - pour un exemple flagrant de cette problématique, voir l'initiative populaire "Contre l'immigration de masse" du 9 février 2014.

Cela étant dit, même en démocratie directe, le peuple choisit aussi ses représentants. Pour le Parlement suisse, cette élection a lieu une fois chaque quatre ans.

Personnellement, je trouve cet exercice plus difficile que celui des votations, où il s'agit de donner son avis - un "oui" ou un "non", somme toute - concernant des initiatives populaires ou des référendums. En cas de votations, il faut donc se renseigner, discuter avec des gens, lire des articles, écouter ou regarder des émissions de radio/télévision, etc. C'est du travail, mais il est raisonnablement facile d'arriver à une conclusion en examinant les arguments exposés par les différents camps.

Pour l'élection du Conseil national, se renseigner sur tous les candidats est une tâche quasi impossible. Rien que pour le canton de Vaud, il y a plus de 300 candidats. Si l'on vote pour un parti, la tâche est plus facile - pour Vaud, il n'y a alors "plus que" 23 partis parmi lesquels il est possible de faire son choix. Mais pour les gens comme moi, qui n'ont jamais réussi à trouver quel parti leur convient le mieux ou qui pensent que le concept de parti a ses limites, le problème reste presque entier.

Heureusement, depuis 2003, il existe un site permettant de faciliter la découverte de candidats partageant ses opinions politiques : Smartvote. Cette plateforme de recommandation permet de lister les candidats ou les partis par ordre d'affinité politique, en se basant sur un questionnaire.

Dans la pratique, il existe deux versions du questionnaire : un court (30 questions), permettant d'obtenir plus rapidement une recommandation, et un long (75 questions), permettant une recommandation plus précise. Pour ma part et comme les dernières fois, j'ai opté pour le questionnaire le plus long.

Les questions sont regroupés en treize groupes, qui couvrent une bonne partie du spectre des thèmes politiques :
  1. Etat social et famille  
  2. Santé publique   
  3. Formation et recherche  
  4. Migration et intégration  
  5. Société et éthique  
  6. Finances et impôts   
  7. Economie et travail   
  8. Energie   
  9. Environnement et transports 
  10. Institutions  
  11. Justice et sécurité
  12. Relations extérieures
  13. Dépenses de la Confédération
Une fois les réponses données, ce questionnaire correspond alors à une sorte de vision du monde, ciblant bien entendu plus des thématiques politiques que des sujets philosophiques pointus. Loin de se contenter d'aspects superficiels, Smartvote aborde tout de même des questions de société / éthiques, telles que l'adoption par les couples homosexuels ou l'euthanasie active.

Il est possible de visualiser un résumé de ses positions, sous forme de smartspider :


Mais l'une des fonctionnalités que j'apprécie tout particulièrement est le concept de smartmap, qui permet de se positionner sur un axe gauche-droite et conservateur-libéral, en visualisant également la position des candidats :


Cela me permet par exemple de réaliser qu'avec le temps, je me déplace de plus en plus vers la gauche. Il y a huit ans, en 2007, je me trouvais nettement plus proche du centre de l'axe gauche-droite :


Quant aux partis, voici mes recommandations personnalisées :
  1. PS - Jeunesse Socialiste Vaudoise (73.2%)
  2. PS - Parti socialiste vaudois (70.7%)
  3. POP - solidaritéS (69.0%)
  4. Jeunes Vert-e-s Vaudois-e-s (66.3%)  
  5. Les Verts. Mouvement écologiste vaudois (64.9%)
  6. Parti Pirate vaudois (64.2%)
  7. ...

Comme je l'ai dit plus haut, j'ai de la peine à m'identifier à un parti politique, mais ceux qui arrivent en tête de mes recommandations sont globalement les mêmes que les années précédentes. Autant que je me souvienne, depuis 2003, Smartvote a toujours suggéré que j'étais relativement proche du Parti socialiste et des Verts.

Maintenant, que faire de ces recommandations, dans la pratique ?

Il s'agit d'abord de noter que tous les candidats ne participent pas à Smartvote. On parle ici d'une minorité - 11% des candidats au Conseil des Etats -, mais il y a des exceptions notables - Jacques Neirynck, en particulier. Je ne sais pas exactement ce qui motive ces absents, mais c'est pour moi une position éliminatoire.

En effet, je pense que dans une démocratie, il s'agit d'exprimer ses idées par tous les moyens possibles. J'apprécie qu'un politicien utilise un blog ou Twitter, par exemple, pour résumer ses positions, communiquer et débattre. Dans ce contexte, ne pas être présent sur Smartvote, c'est un peu refuser les règles du jeu de la démocratie.

Enfin, j'imagine qu'il n'est pas forcément raisonnable de voter "aveuglément" pour les candidats qui partagent le plus mes idées. Ceux-ci n'ont pas forcément l'expérience ou le profil nécessaires pour mener une carrière politique efficace et défendre au mieux "mes" idées. On en revient finalement au concept de vote utile.

Cette année, je décide malgré tout de suivre strictement les recommandations de Smartvote, partant du principe que mon vote ne sera jamais totalement inutile. On ne sait jamais : il pourrait faire pencher la balance et pousser un jeune candidat à persister plutôt qu'à abandonner son engagement politique.